Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du mercredi 22 avril 2026
Crise énergétique

Le gouvernement annonce une probable diminution des dépenses de 6 milliards d'euros supplémentaires dès cette année

Le gouvernement a réuni hier un « comité d'alerte » pour faire le point sur les impacts de la guerre au Moyen-Orient sur les finances publiques. De nouvelles aides pour les automobilistes – relativement modestes – ont également été annoncées. 

Par Franck Lemarc

Plusieurs ministres se sont réunis hier à Bercy avec des parlementaires, représentants d’associations d’élus, partenaires sociaux et représentants des caisses de Sécurité sociale pour faire le point sur la situation, dans un contexte de « choc énergétique »  majeur, avec cette question en ligne de mire : l’objectif prévu de réduction du déficit public sera-t-il tenable en 2026 ?

6 milliards à économiser

Le gouvernement a rappelé que la hausse des prix du carburant ont permis de réaliser environ 170 millions d’euros de recettes supplémentaires (TVA et accise sur les carburants) entre début mars et le 10 avril. Ces recettes supplémentaires sont en forte baisse ces dernières semaines du fait de « la baisse de la consommation de carburant » . Elles s’accompagnent de dépenses nouvelles d’un montant presque équivalent (150 millions d’euros) destinées à aider certains secteurs particulièrement vulnérables : 35 millions d’euros pour les agriculteurs, 5 millions pour les pêcheurs, 50 millions pour les transporteurs et 60 millions d’euros pour le chèque énergie.

Ces recettes et dépenses nouvelles sont, de toute façon, une goutte d’eau par rapport au coût estimé de la crise pour l’État, entre remontée de l’inflation et ralentissement de la croissance économique : ce coût est évalué à 4,4 milliards d’euros pour l’année 2026, dont 3,6 milliards pour la seule augmentation de la charge de la dette. Il faut ajouter à ces sommes « l’intensification de l’engagement des forces armées », qui pourrait coûter environ un milliard d’euros sur l’année. Total : un coût total des conséquences de la guerre en Iran qui « avoisinerait les 6 milliards d’euros ». 

Si ces prévisions se confirment, la tenue des objectifs fixés dans le budget pour 2026 sera impossible sans mesures d’économies. Le gouvernement annonce donc qu’il se « tient prêt »  à « stopper »  6 milliards d’euros de dépenses (4 milliards pour l’État et 2 pour la Sécurité sociale). « Le dérapage est interdit » , a déclaré hier David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics. « Ainsi chaque euro de dépenses en plus ou de recettes en moins à cause de la crise devra être compensé. » 

Mais les ministres se sont soigneusement gardés de donner la moindre indication sur ces dépenses à « stopper » . La seule certitude, à cette heure, est que s’il y a des crédits à supprimer cette année, cela ne touchera pas le budget de la Défense. 

Quant aux collectivités locales, elles ont été invitées à demi-mot par leur ministre de tutelle, Françoise Gatel, à suivre l’exemple de l’État : si la ministre s’est félicitée que les collectivités aient « démontré en 2025 leur sérieux budgétaire »  en contenant la hausse de leurs dépenses aux alentours de 1,1 %, « dans un contexte pourtant inflationniste », elle a également « invité »  les collectivités « à décliner les mesures de précaution qui ont été annoncées sur le champ de la dépense sociale et de l’État ». Une invitation bien vague : on comprend simplement que la ministre appelle les collectivités, elles aussi, à « stopper des dépenses » . Mais combien ? lesquelles ? dans quels délais ? Il est impossible de le savoir pour l’instant.

« Grands rouleurs » 

Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a par ailleurs détaillé hier les nouvelles mesures destinées à soutenir les consommateurs face à la flambée des prix du carburant. Les aides aux secteurs déjà soutenus (agriculteurs, pêcheurs et transporteurs) seront prolongées en mai et étendues notamment aux taxis et aux VTC. Elles sont également augmentées, de 20 à « 30 ou 35 centimes »  par litre pour les pêcheurs ; et elles passeront 15 centimes par litre pour les agriculteurs, soit « un triplement ». Le ministre a annoncé « une négociation spécifique »  avec les taxis et VTC et une aide pour le secteur du bâtiment qui pourrait atteindre 20 centimes par litre. 

Pour les particuliers, le gouvernement va mettre en place un guichet destiné aux « grands rouleurs », c’est-à-dire les travailleurs qui habitent à « plus de 15 km de leur lieu de travail »  ou parcourent « plus de 8 000 km par an ». L’aide serait de 20 centimes par litre de carburant. Elle ne sera cependant destinées qu’aux Français les plus modestes, la barre étant placée assez bas : pour une personne seule, le plafond serait fixé à 17 000 euros de revenus par an, soit à peine 1 400 euros par mois. Les travailleurs percevant davantage que cette somme n’auront, pour l’instant, droit à rien.

La mesure devrait concerner environ 3 millions de personnes, selon les estimations du gouvernement. Il est peu probable qu’elle suffise à calmer la grogne qui monte chez de nombreux automobilistes, confrontés à une hausse des prix qui, de l’aveu des distributeurs eux-mêmes, devrait se prolonger pendant au moins plusieurs mois. 

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