Édition du mercredi 25 mars 2020


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L'épidémie à Mayotte : les maires se sentent « complètement abandonnés » dans le drame qui se joue

 

S’il est un sujet qui ne fait pas la une de l’actualité, c’est la situation épidémique dans les Outre-mer. Et pourtant, le virus du covid-19 y sévit aussi, dans des conditions bien plus difficiles et dangereuses encore qu’en métropole. La situation est particulièrement inquiétante à Mayotte, où le président de l’association départementale, Saïd Omar Oili, lance ce matin dans Maire info un véritable appel au secours. 
 
La situation dans les Outre-mer
Le virus est apparu pour la première fois outre-mer le 1er mars, avec de premiers cas détectés à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy ; le 4 mars, il gagne la Guyane, puis la Martinique le 5. Le 11 mars, c’est au tour de La Réunion et de la Polynésie française d’annoncer leurs premiers cas détectés, avant la Guadeloupe, le 12 mars, Mayotte le 14 et la Nouvelle-Calédonie le 18. Seuls Saint-Pierre-et-Miquelon et Wallis-et-Futuna sont, à ce jour, épargnés. 
Hier, il y avait 323 cas détectés sur l’ensemble des Outre-mer, dont 94 à La Réunion et 73 à la Guadeloupe, les territoires actuellement les plus touchés. Deux décès sont pour l’instant à déplorer.
 
Mayotte : l’épidémie accélérée par la pauvreté
Sur l’île de Mayotte (270 000 habitants), l’épidémie est arrivée tard mais elle progresse vite : déjà 35 cas dix jours après l’apparition du virus. Dans ce département français dont on oublie trop souvent qu’il est la région la plus pauvre de toute l’Union européenne, les personnels de santé comme les élus sont extrêmement inquiets de l’évolution de la situation. Dans une tribune d’un collectif de médecins, on peut lire ces mots : « Un drame est en train de s’écrire sous nos yeux. Nous savons, sans doute aucun, que notre île se réveillera dans l’incrédulité, la stupeur et les larmes. » Le député de Mayotte Mansour Kamardine rappelait, lundi, que l’île ne compte en tout et pour tout que 16 lits de réanimation – et 411 lits d’hospitalisation, soit 1,6 lits pour 1000 habitants contre 6 pour 1000 en métropole. 
Mais c’est l’extrême pauvreté d’une grande partie de la population qui pose le plus de problème, explique le président des maires de Mayotte, Saïd Omar Oili. « Nous avons 84 % de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. Beaucoup n’ont pas de travail, et leur seul moyen de subsistance, c’est de sortir pour aller glaner quelques fruits dans les champs. Si on leur interdit… ils ne mangent pas. »
Imposer le confinement à ces populations est tout simplement impossible, selon le maire de Dzaoudzi-Labattoir. « Il y a des bidonvilles partout ici, et les gens qui y vivent n’ont ni eau ni électricité. Quand il faut aller chercher de l’eau à un kilomètre, il ne faut pas espérer que les gens respectent le confinement. Quand nous disons aux gens de ne pas sortir, ils nous disent non. Et c’est pour eux une question de survie. »
C’est bien le problème de l’eau qui est essentiel dans cette crise : « On dit aux gens de se laver les mains. Mais dans les quartiers les plus pauvres, quand on a un peu d’eau, c’est pour boire ou pour cuire des aliments, par pour se laver les mains. »
Certains maires, explique Saïd Omar Oili, ont pris des arrêtés de couvre-feu. « Mais ils savent parfaitement qu’ils ne seront pas respectés. Que faire ? ». Dans les bidonvilles, les personnes « vivent entassées les unes sur les autres, et les ambulances ne peuvent même accéder. Alors oui, ce que nous craignons, ce sont tout simplement des milliers de morts. »
 
« Cri d’alarme et cri d’alerte »
Dans cette situation, les maires de Mayotte se sentent « totalement désemparés et complètement abandonnés ». Avec un sentiment d’incompréhension vis-à-vis de l’État. « Lorsque l’épidémie a commencé en métropole, nous avons demandé que les accès à l’île soient fermés, raconte le maire, afin de nous protéger. À ce que les personnes revenant de l’étranger ou de la métropole soient au moins systématiquement contrôlées à l’aéroport et isolées si besoin. Rien de tout cela n’a été accepté. Cela a été balayé d’un revers de la main. On ne nous donne pas de matériel. On nous dit de faire respecter les consignes. Mais on ne nous dit pas comment. Ici, c’est le sauve-qui-peut. »
Amer, Saïd Omar Oili constate que l’État a envoyé « un bateau militaire sanitaire au large de la Corse, monté un hôpital militaire en Alsace. Et pour nous, il n’y a rien ? Nous n’avons que peu de médecins, et plusieurs sont déjà malades. Alors je lance un cri d’alarme et un cri d’alerte. Pour ne pas que nous restions complétement abandonnés. » 

Franck Lemarc

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