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Édition du jeudi 16 avril 2026
Commerce

La disparition progressive des relais colis dans les commerces de proximité inquiète dans les zones rurales

En 2025, l'entreprise Mondial Relay, l'un des leaders de la livraison de colis, a annoncé la fermeture de 3 500 points relais sur 11 000. La disparition de ce système bénéfique à l'économie locale rurale inquiète, alors que les consignes automatiques (lockers) se développent fortement en dehors des centres-villes.

Par Lucile Bonnin

L’affaire commence en mars 2025 lorsque Mondial Relay, l’un des principaux distributeurs de colis en France, a annoncé vouloir rompre des partenariats avec certaines boutiques « points relais ». Cette décision a été prise, selon le communiqué de l’entreprise, dans un contexte « d‘évolution du marché de la livraison de colis et des habitudes des consommateurs », afin de « rationaliser »  son parc de points de livraison chez les commerçants.

Ce n’est que plus loin dans le communiqué que l’entreprise clarifie ses intentions : « Le but est de mettre uniquement des lockers [consignes automatiques] à l’avenir, que le client ait des lockers 24h/24 pendant une durée limitée, comme ça, il peut aller récupérer son colis quand il veut ».

Au total, 3 500 contrats liant Mondial Relay à des commerçants locaux sont en train d’être progressivement résiliés dans les territoires. Une décision qui n’a pas fait réagir uniquement les commerçants concernés, puisque certains parlementaires ont alerté le gouvernement sur cette problématique qui pourrait peser lourd dans les territoires ruraux.

Un malus pour les commerçants et pour les centres-villes 

C’est notamment le sénateur de la Haute-Vienne, Christian Redon-Sarrazy, qui a interpellé le gouvernement à l’occasion d’une question écrite en juillet dernier.  Pour le sénateur, la disparition des relais colis chez les commerçants et leur remplacement par des consignes automatiques présente un double problème. 

D’un côté, cette décision prive les commerçants « d’une rémunération importante pouvant atteindre 1 000 euros par mois ». De l’autre, la fin des relais colis met à mal un système qui « contribue à faire connaître et à soutenir [une] activité commerciale »  locale. Selon Mondial Relay, le trafic d’une boutique point relais peut augmenter de plus de 50 %.

Selon le sénateur, certains commerces ont même été contraints de « chercher une activité à mi-temps, voire [de] fermer définitivement leur commerce. » « Dans les zones rurales, où il est déjà difficile de maintenir les commerces de proximité, le système actuel est bénéfique pour le tissu économique local et la vie rurale », estime le sénateur. 

C’est finalement dix mois plus tard que le gouvernement a répondu à l’interpellation du sénateur. Le ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, Serge Papin, reconnaît cette semaine que « l’activité de point relais représente une source intéressante de complément de chiffre d’affaires (CA), directe et indirecte : en créant un flux piétons dans les magasins pouvant [constituer un] levier d’acquisition de clientèle ; et en garantissant des revenus complémentaires non négligeables pour des petits commerces multiservices ».

Le ministre reconnaît « qu’il est probable que dans ces zones sous dotées, où les modèles économiques se trouvent particulièrement fragiles, le remplacement des points relais par des casiers automatisés puisse nuire à l’équilibre économique des petits commerces locaux »  même s’il relativise « le rôle compensateur endossé par l’activité de point relais »  qui n’est pas, selon lui, « systématique ». 

Le mouvement des « lockers » 

La mise en place de casiers automatiques ou lockers est le modèle d’avenir sur lequel les entreprises de livraisons vont miser. Mondial Relay par exemple compte désormais plus de 9 000 lockers, un chiffre qui a été multiplié par trois depuis 2023.

Le ministre Serge Papin estime que « certaines formes de casiers automatisés pourraient garantir a minima un certain flux s’ils sont positionnés à l’intérieur du commerce ou devant ce dernier ». Une réponse partielle puisqu’elle omet plusieurs éléments déterminants. 

En réalité, dans les zones rurales, les entreprises placent les lockers où il y a le plus de passage régulier. On les retrouve alors d’abord près des supermarchés et des grands commerces alimentaires, dans les zones commerciales notamment car elles sont facilement accessibles en voiture grâce aux parkings. Les stations-service sont aussi un point stratégique dans les communes rurales. Les centres-villes sont ainsi loin d’être la seule et première option pour l’installation de ces lockers. De plus, dans un centre-ville où seulement une ou deux boutiques subsistent, il n’est pas rentable pour l’entreprise d’en installer un à cet endroit-là. 

Le ministre rappelle que « l’État ne saurait contraindre un acteur économique privé tel que Mondial Relay de maintenir un point minimum de points de contact »  mais qu’il « détient cependant un réel levier d’action via la mission de service public "aménagement du territoire" assurée par la Poste »  qui « assure un maillage territorial avec 17 000 points de contact présents sur l’ensemble du territoire y compris en zone rurale » . Là encore, la réponse est loin d’être satisfaisante. Les points de La Poste ne proposent pas toujours les mêmes services que des distributeurs comme Mondial Relay et beaucoup de points de contact en ruralité sont en réalité des agences communales ou des relais chez des commerçants. La réponse du ministre traduit davantage une logique de compensation minimale qu’une véritable politique d’égalité territoriale d’accès aux services. 

Sur la question de la dévitalisation des centres-villes, le gouvernement rappelle « le soutien de l’État au maintien et à la diversification des commerces en zones rurale »  qui se traduit notamment par « un dispositif de subvention lancé en 2023 prévoyant de financer les frais de diversification de l’activité » . Ce fonds de soutien au commerce rural est doté depuis 2023 de 16 millions d’euros.

Si cette problématique des points relais peut paraître anecdotique, elle apparaît comme un énième caillou dans la chaussure pour atteindre l’objectif de revitalisation des centres-bourgs porté par le gouvernement. Sans régulation ou stratégie globale en concertation avec les élus, le développement des lockers pourrait participer à la désertification des centres dans les zones rurales. 

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