Le monde associatif toujours touché par de graves difficultés financières
Par Lucile Bonnin
Ces dernières années, les associations n’ont pas été épargnées par les crises politiques et économiques. Avec la montée de la pauvreté – selon l’Insee près de 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté monétaire en 2023 – les associations ont notamment dû faire face à un afflux des demandes d’aides, qu’elles soient matérielles ou humaines.
Au total, 1,6 million d’associations sont actives en France en 2025 avec plus de 74 000 nouvelles associations créées entre juillet 2024 et juin 2025. Le monde associatif peine à trouver des bénévoles et des fonds nécessaires pour assurer la continuité de leurs activités. Pourtant, cette dynamique est indispensable notamment « dans des territoires qui manquent parfois de lieux, de lien social, d’évènements locaux, de cohésion de territoire » , comme le rappelait le maire de Chenevelles, Cyril Cibert, dans un rapport d’information sur la vie associative dans la ruralité (lire Maire info du 6 septembre 2024).
Dordogne, Finistère, Puy-de-Dôme, Sarthe, Rhône, Seine-Saint-Denis, Drôme : aussi bien dans les territoires ruraux qu’urbain les parlementaires – à l’occasion de questions écrites – alertent le gouvernement sur la situation très préoccupante des associations.
« Une crise d’une gravité sans précédent »
Le député Pierre-Yves Cadalen (LFI, Finistère) plante le décor : « Après plusieurs années de fragilité due à la hausse des charges de fonctionnement » et à la « demande croissante des bénéficiaires » , toutes les associations « se trouvent aujourd’hui en grande difficulté ».
L’enjeu pour les communes, à quelques jours des élections municipales, est de taille puisque les associations y ont « un rôle unique », « dans le sport, dans la culture, auprès des personnes âgées ou en situation de handicap, pour l’accès aux soins ou aux droits, pour la solidarité et l’éducation populaire » , souligne le député Julien Brugerolles (PCF, Puy-de-Dôme).
Les parlementaires alertent tous « sur la situation financière catastrophique dans laquelle se trouvent actuellement les associations » menant à « à une crise d’une gravité sans précédent, conséquence d’un faisceau de difficultés qui les fragilisent durablement ».
« Les coupes sectorielles et la baisse des budgets des collectivités territoriales, le décalage dans le versement des subventions, aggravé par l’instabilité politique, l’impact de l’inflation et l’augmentation continue des charges nécessaires au fonctionnement des associations, la baisse constante des financements publics » obligent « certaines associations à réduire leur masse salariale (22 %) ou à fonctionner avec une trésorerie insuffisante (29 % disposent de moins de trois mois de trésorerie) », résume le sénateur Daniel Salmon (Écologistes, Ille-et-Vilaine).
Selon le sénateur de l’Isère, « un quart des associations envisagent d’arrêter leurs activités tandis qu’un tiers d’entre elles l’ont déjà fait faute de moyens suffisants pour continuer » . Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, 16 000 personnes travaillant dans le secteur associatif ont déjà été licenciées en 2025.
Dans ce contexte déjà fragile, la réduction drastique de plusieurs budgets prévue dans la loi de finances pour 2026 n’est pas un bon signal envoyé aux associations (lire Maire info du 21 octobre). Un budget de 3,6 milliards d’euros pour l’aide publique au développement (APD) est par exemple acté soit une réduction de 800 millions d’euros par rapport à 2025. Cette baisse des financements publics a commencé il y a deux années avec en février 2024 une coupe de 742 millions d'euros dans le budget de l’APD, soit 13 % du budget voté par les parlementaires pour l'année 2024.
Taxe Coluche et réforme du soutien de la formation
Dans sa réponse aux parlementaires, la ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative Marina Ferrari assure que les moyens du ministère dédiés à la vie associative sont stabilisés en 2026 : 48 millions d’euros pour le Fonds de développement de la vie associative (FDVA), 37 millions d'euros pour le Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire (Fonjep), et 7 millions pour le réseau Guid’Asso.
La ministre estime aussi que les différents programmes ministériels contribuent au financement du secteur associatif, « à hauteur de 9,5 milliards d’euros » comme en témoigne le « jaune » annexé au projet de loi de finances détaillant l’effort de l’État en faveur des associations. Cette contribution s’élevait en 2024 à 10,6 milliards d’euros. La baisse est donc considérable avec plus d’un milliard d’euros en moins en l'espace de deux ans. Ces économies risquent d’avoir un impact sur l’emploi des associations concernées et leurs publics bénéficiaires.
Face à la baisse des subventions publiques, les associations doivent, pour survivre, diversifier leurs sources de financement. La loi de finances 2026 prévoit que le dispositif dit « Coluche » passe de 1 000 euros à 2 000 euros « le plafond de versements ouvrant droit au taux majoré de 75 % de la réduction d’impôt au titre des dons effectués par les particuliers en faveur d’organismes d’intérêt général sans but lucratif qui accompagnent, fournissent des repas, dispensent des soins médicaux et favorisent le relogement des personnes en difficulté et des victimes de violences domestiques. »
Autres points positifs rappelés par la ministre : « la réforme du soutien de la formation des dirigeants bénévoles Certif’Asso » entrée en application en septembre dernier et l’ouverture jusqu’au 9 mars prochain de la campagne 2026 du Fonds pour le développement de la vie associative (FDVA).
La ministre annonce enfin qu’un « comité interministériel à la vie associative se réunira désormais chaque semestre pour faire notamment le point sur les avancées des travaux en matière de financement » .
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