Des maires « écœurés et révoltés »  se sont exprimés hier sur les parvis de nombreuses mairies aux côtés de leurs équipes municipales et de citoyens venus exprimer leur soutien. 

Dès dimanche, l'Association des maires de France et des présidents d’intercommunalités a appelé les maires et conseils municipaux à « se rassembler »  devant les mairies lundi à partir de midi, en signe de protestation après les violents événements du samedi 17 octobre (lire Maire info d’hier).

De toutes parts, les élus rassemblés ont exprimé leur solidarité avec leurs homolgues, mais aussi les commerçants et les agents municipaux après ces épisodes de pillages et de destructions. Plusieurs maires ont aussi exprimé leur colère contre l’État. 

Un rendez-vous suivi dans les communes urbaines 

Limoges, Marseille, Paris, Lille, Nantes, Lyon, Toulouse… Les communes qui ont été le plus significativement touchées par des débordements violents en marge des manifestations ont été nombreuses à organiser hier des rassemblements. 

Beaucoup avaient encore en tête l’image de la mairie de Limoges, ravagée ce week-end par les flammes. Dès le lendemain du drame, un rassemblement et une marche symbolique ont été organisés dans la ville en présence du maire Guillaume Guérin accompagné de 19 maires de la Métropole et de David Lisnard, président de l’AMF. 

À Paris, le maire Emmanuel Grégoire a donné rendez-vous à 12 h hier aux élus et citoyens devant toutes les mairies d’arrondissement et l’Hôtel de Ville « pour affirmer ensemble notre refus de la violence ».

À Lille, « les élus, les agents de la ville de Lille et les Lillois étaient réunis [à] midi pour rappeler leur attachement à l’Hôtel de Ville et au service public ainsi que leur soutien aux commerçants qui ont été ciblés par les pillages ce week-end. »  Dans la ville de Lyon, neuf rassemblements ont été programmés ce lundi 19 octobre à 12 h devant les mairies de chaque arrondissement. Dans la cour de la mairie de Bordeaux, un rassemblement républicain a été organisé avec le maire Thomas Cazenave et la préfète Sophie Brocas de Gironde, dont le logement de fonction a été vandalisé. 

À Marseille, la préfecture a interdit tout rassemblement et toute manifestation dans la commune de 12 h à 20 h. Une cérémonie dans l’hôtel de ville a eu lieu et Nicolas Isnard, président de la Métropole et maire de Salon, et les maires de la métropole, ont remis au maire Benoît Payan un buste de Marianne pour remplacer celui qui avait été vandalisé lors de l'incursion dans la mairie, samedi.

Dans les villes moyennes, les élus locaux et les citoyens se sont aussi largement mobilisés. Des rassemblements ont eu lieu à Perpignan, Cherbourg, Vannes, Reims, Vesoul, Jurançon, Nîmes, Saint-Nazaire, Bergerac, Arcachon, Lorient, Quimper, Metz ou encore Poitiers. 

Les plus petites communes aussi mobilisées 

L’élan ne s’est pas arrêté à la frontière des grandes villes. Un mouvement de solidarité envers les communes touchées le 17 octobre dernier s’est exprimé dans des territoires plus ruraux. Le message n’en était pas moins politique et les maires des petites communes ont rappelé leur attachement à la démocratie et au respect des institutions et des élus locaux. 

« On n'a pas cette violence chez nous, dans nos communes, mais on la ressent quand même parce qu'on est très attachés au bien-être de nos habitants, a témoigné au micro d’Ici Picardie Anne-Marie Dorion, maire de Neufmoulin (360 habitants). Voir autant de commerces saccagés, c'est vraiment triste. » 

La proximité avec les communes particulièrement touchées par ces ravages a joué dans la mobilisation. La municipalité d’Aixe-sur-Vienne, commune proche de Limoges, a par exemple indiqué sur son site en reprenant les termes de l’association des Maires de la Haute-Vienne que « ce geste est essentiel pour témoigner notre soutien aux élus et aux agents municipaux de Limoges, mais aussi pour réaffirmer collectivement notre attachement à nos mairies, maisons communes de tous les citoyens, et à nos institutions ». Autre exemple de soutien dirigé en première intention vers Limoges : des rassemblements nombreux ont été organisés en Dordogne comme à Eymet, La Force, ou encore Bassillac-et-Auberoche. 

«  Il faut que les élus se serrent les coudes   »

— Sandrine Gauthier-Pacoud, présidente de l'Association des maires du Jura

Mais des communes plus éloignées des grandes villes ciblées le week-end dernier se sont aussi mobilisées. C’est le cas de la commune de Savigné, situé à 60 km de Poitiers, où 40 personnes étaient devant la mairie pour « exprimer [leur] solidarité envers les communes touchées par les violences et les dégradations ». Les maires des départements où les manifestations n’ont donné lieu à aucun débordement ont répondu largement à l’appel de l’AMF. C’est le cas dans le Jura : « Il faut que les élus se serrent les coudes et que les élus du Jura se montrent solidaires avec les départements où la violence a été importante, parce que demain ça pourrait arriver chez nous », explique dans les colonnes du Progrès Sandrine Gauthier-Pacoud, présidente de l’Association des maires du Jura. 

Sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux, de nombreuses photos des élus et citoyens regroupés devant les mairies ont été publiées. Même si ces rassemblements ont été de taille modeste dans certaines communes, regroupant parfois trois ou quatre élus, la diversité des municipalités mobilisées lundi montre que le rejet des attaques contre les mairies est large et dépasse les clivages partisans. 

Une mobilisation solidaire sur fond de crise politique

L’AMF estime que les « événements du 17 octobre ont marqué l’échec de la doctrine d’emploi des forces de l’ordre et montré l’insuffisance criante de leurs moyens d’intervention ». Elle souhaite aussi « que le travail des services de renseignement soit pleinement exploité, afin de prévenir les infil.trations de cortèges par des individus dangereux, et de procéder aux interpellations en amont de la manifestation ». 

Le maire de Marseille Benoît Payan dénonce « l’incapacité de l’État »  tout comme Grégory Doucet, maire de Lyon, qui accuse les responsables du maintien de l’ordre d’avoir « échoué »  suivi par le maire de Paris qui réclame une « réponse politique à la crise »  (lire article ci-contre).

En pleine crise politique, certains rassemblements ont, sans surprise, été perturbés. C’est le cas à Poitiers où la presse locale rapporte qu’un groupe de manifestants a lancé des slogans perturbant la prise de parole du maire Anthony Brottier. À Avignon, le rassemblement organisé à l’intérieur de l’hôtel de ville a été perturbé et des manifestants sont entrés pendant le discours du maire Olivier Galzi. Selon Ici Loire Océan, à Nantes le rassemblement a surtout mis en lumière les divisions politiques locales entre la majorité et l’opposition. 

Ces rassemblements ont donné lieu à d’autres scènes plus positives. Les journalistes de Radio France raconte que sur la place du Capitole, à Toulouse, le discours du maire a aussi été brièvement interrompu par de jeunes manifestants. Mais certains participants au rassemblement « ont décidé d'aller voir ces étudiants pour entamer un dialogue ».

Si ces rassemblements solidaires ont rencontré un franc succès permettant de condamner unanimement les violences, ils ont parfois également été le révélateur de la crise politique et sociale que traverse actuellement le pays.