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Édition du jeudi 5 février 2026
Agriculture

Dermatose nodulaire contagieuse : une crise qui révèle les fragilités du dispositif sanitaire et économique français

Un premier bilan de l'épidémie de dermatose nodulaire contagieuse a été réalisé par le Sénat. Les conclusions publiées hier mettent en avant des « dégâts importants » pour les élevages bovins français et le coût élevé de cette crise pour l'État, qui a engagé en quelques mois pas moins de 64 millions d'euros.

Par Lucile Bonnin

La commission des affaires économiques du Sénat a présenté hier un rapport issu d’une mission d’information flash sur les enseignements pouvant être tirés de la gestion de la crise sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). 

C’est en juin 2025 que la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a fait son retour en France dans le département de la Savoie. Très rapidement, l’épidémie avait gagné la Haute-Savoie, l’Ain, le Rhône, le Jura, jusqu’à ce qu’au final la maladie se répande à « 117 foyers dans 11 départements », selon le bilan des sénateurs. Rapidement le gouvernement a mis en place une stratégie d’abattage pour lutter contre DNC, ce qui a largement été dénoncé par les agriculteurs. 

Selon le Sénat, cette crise – qui n’est d’ailleurs pas terminée car la situation reste évolutive – a mis en lumière « un dialogue de plus en plus difficile entre une partie du monde agricole et les pouvoirs publics » . Les élus ont mis en avant dans leur rapport quelques trous dans la raquette dans le protocole mis en place par l’État. 

Des satisfactions et des manquements 

Tout n’est pas à jeter dans la stratégie qui a pu être mise en place face à cette crise de grande ampleur. Le rapport du Sénat salue par exemple « un protocole sanitaire validé par la science »  et un dispositif indemnitaire prévu par l’État « plutôt satisfaisant »  bien que le gouvernement ait tardé « à élargir le champ de l’indemnisation ». « C’est chose faite avec l’annonce, le 19 décembre 2025, d’un fonds de soutien à destination des exploitations non-foyers de la DNC les plus impactées » , rappellent les auteurs du rapport. 

Cependant, les sénateurs estiment que « la communication gouvernementale et préfectorale sur le bien-fondé de la stratégie sanitaire a parfois été insuffisante ou inadaptée, ouvrant alors la brèche à une prolifération des fausses informations » . C’est notamment par ce biais que ce sont cristallisées les tensions.

Autre point noir mis en avant : « la diffusion de la DNC est en partie liée à des mouvements illicites de bovins » . Les sénateurs fustigent des failles dans les contrôles et, dans certains cas, une absence de respect des restrictions de mouvements qui s’appliquent dans les zones réglementées et vaccinales.

Les sénateurs ont enfin évacué la stratégie de vaccination des 16,4 millions d’animaux du cheptel souhaitée par certains syndicats et qui pourrait prendre jusqu’à une année et coûterait 345,8 millions d’euros. « Elle n’est ni souhaitable, ni envisageable à court terme » , a déclaré hier la rapporteure Martine Berthet.

Un coût estimé à 64 millions d’euros pour l’État 

A ce jour, le Sénat estime le coût de cette épidémie à 64 millions d’euros dont 42 millions d’euros concernent les dépenses liées aux mesures mises en œuvre par l’Etat entre juillet et décembre 2025 pour lutter contre la DNC, et dont 22 millions d’euros correspondent au fonds d’urgence à destination des exploitations fragilisées par les restrictions de déplacement. 

La facture est salée pour l’État mais aussi pour la filière. « Si les estimations sont toujours en cours, le bulletin des « tendances lait viande »  publié par l’Institut de l’élevage (Idele) en novembre 2025 constate que cette décision a « perturbé les marchés »  et entraîné des « tensions persistantes sur l’offre », en particulier en ce qui concerne les veaux laitiers » , peut-on lire dans l’Essentiel du rapport.

Quoiqu’il en soit, pour les sénateurs, « l’apparition de la DNC a révélé les fragilités de la dépendance économique de la France aux exportations dans un contexte de crise sanitaire où des restrictions de mouvements doivent être imposées pour protéger le cheptel français et européen. Les rapporteurs alertent par conséquent sur la nécessité de renforcer la filière d’engraissement française pour limiter la dépendance économique de la France aux exportations.

Anticiper la revaccination pour le printemps 

Pour les sénateurs, l’urgence est d’anticiper la question de la revaccination des zones vaccinales au printemps, certains animaux risquant de se retrouver sans protection vaccinale à l’été 2026.

Les rapporteurs considèrent que l’adaptation de la stratégie vaccinale doit être débattue au sein du CNOPSAV, aussi appelé Parlement du sanitaire, « en prenant en compte l’opinion des acteurs locaux impactés par la crise » . Il est cependant nécessaire d’anticiper dès maintenant « le déploiement de ces opérations pour ne pas être pris de court en s’assurant que le stock de vaccins disponibles est suffisant ».

Plus largement, le Sénat insiste sur la nécessité de « soutenir la recherche pour combler la connaissance lacunaire de la maladie » « dans un contexte de multiplication des épizooties liées au changement climatique et à l’accroissement des échanges ».

Consulter l'Essentiel du rapport. 

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