Édition du mercredi 25 avril 2018


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Les règles à connaître pour rebaptiser une rue du nom d'une personne

Dès le lendemain de l’attentat de Trèbes du 23 mars et de la mort du colonel Arnaud Beltrame, plusieurs communes ont fait part de leur intention de baptiser une voie ou un lieu public du nom du gendarme. Depuis, ce sont plus d’une quarantaine de collectivités (communes ou départements) qui ont fait de même. Ces décisions ayant parfois fait naître des polémiques, c’est l’occasion de revenir sur les droits et devoirs des maires en la matière.
Quelques généralités d’abord. Aucun article de loi ne régit la dénomination des voies et lieux publics. Pour ces derniers – crèches, écoles, salles polyvalentes, etc. – elle n’est d’ailleurs nullement obligatoire. De même, dans les communes de moins de 2000 habitants, il n’est pas obligatoire de nommer les voies – même si c'est, naturellement, fortement recommandé. Dans les communes de plus de 2000 habitants, ce n’est pas la loi mais un décret du 19 décembre 1994 qui impose, de fait, de nommer les voies : ce décret impose en effet aux maires de transmettre aux services fiscaux « la liste alphabétique des voies publiques et privées ».
Les usages, en la matière, ne sont donc pas à chercher dans le Code général des collectivités territoriales ni dans un aucun autre Code, mais sont uniquement définis par la jurisprudence.
La dénomination d’une voie ou d’un bâtiment public relève de la compétence du conseil municipal – du moins tant que ceux-ci appartiennent à la commune. La dénomination d’une voie ou d’un lieu public doit donc obligatoirement faire l’objet d’une délibération. En revanche, le maire garde un droit de regard : le Conseil d’État a jugé, le 19 juin 1974, que « le maire tient de ses pouvoirs généraux de police le droit de contrôler les dénominations de toutes les voies et d’interdire celles qui seraient contraires à l’ordre public et aux bonnes mœurs ». Le juge administratif a également un pouvoir de contrôle sur les dénominations. En règle générale, le nom choisi ne doit pas « porter atteinte à l’image de la commune », ni « heurter la sensibilité des personnes » et ne doit pas être de nature à provoquer un trouble à l’ordre public.
Si la dénomination d’un lieu public doit « respecter le principe de neutralité du service public », écrivaient les services du ministère de l’Intérieur en 2016, il n’existe pour autant pas d’obligation absolue de respect du principe de laïcité : la décision de la Ville de Paris, par exemple, de rebaptiser le parvis de Notre-Dame du nom de Jean-Paul II n’a pas été cassée par la justice, malgré l’opposition d’une bonne partie des élus parisiens.
Faut-il obtenir l’autorisation de la famille ou des ayants-droits d’une personne pour donner son nom à une voie ? La question a ressurgi la semaine dernière à propos d’Arnaud Beltrame. En effet, une information parue dans un journal interne de la gendarmerie a alimenté bon nombre de spéculations : selon ce journal, la famille d’Arnaud Beltrame se serait opposée à ce que le nom du gendarme soit donné à des lieux publics dans les communes gérées par le Front national. (Depuis, une partie de la famille a toutefois démenti cette affirmation).
Suite à cette publication, il a été largement relayé que les communes devaient obligatoirement obtenir l’accord de la famille avant de prendre une telle décision. C’est faux. La question a été très précisément posée en 2015 au ministère de l’Intérieur par la sénatrice de l’Eure-et-Loir Chantal Deseyne : la sénatrice souhaitait savoir si la dénomination d’une rue ou place publique « doit faire l’objet d’une demande d’autorisation auprès d’éventuels héritiers ». Réponse claire du ministère de l'Intérieur, en date du 11 août 2016 : « Aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation d'une consultation ou d'une demande d'autorisation à un éventuel héritier ou descendant d'une personnalité dont le nom va être utilisé pour dénommer un lieu public. »
Deux collectivités – le département des Alpes-Maritimes et la région Auvergne-Rhône-Alpes – ont également décidé de baptiser l’un un collège, à Pégomas, et l’autre un lycée, à Meyzieu, du nom du colonel Beltrame. À Pégomas, un collectif de parents a fait connaître son opposition à cette décision. Sans remettre une seconde en cause « l’héroïsme » du geste du gendarme, ces parents craignent que ce nom fasse du collège « une cible » potentielle « à des attaques criminelles ». Ils estiment par ailleurs que « ce choix est angoissant, symbolique de la mort d’un homme dans un contexte de menace terroriste. Les enfants de 10 à 14 ans ont le droit d’étudier et de grandir sans ce poids permanent sur les épaules. »
Pour éviter ce type de polémique, nombre de collectivités choisissent la concertation, et consultent la population d’une façon ou d’une autre en amont de la décision. Même si rien, légalement, n’y oblige les élus, cette attitude semble de bon sens, notamment dans tous les cas qui peuvent prêter à débats.
F.L.

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