Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 4 janvier 2021
Coronavirus

Épidémie : une tendance « à la hausse » et des interrogations sur la stratégie vaccinale 

Alors que l'épidémie n'a aucunement reculé pendant la période des fêtes, la France prend un retard considérable par rapport aux autres pays dans le domaine de la vaccination. Le gouvernement promet d'accélérer la cadence et pourrait associer les communes à cette nouvelle phase.
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© Pixabay

Alors que le gouvernement espérait parvenir à un nombre de contaminations quotidiennes de 5 000 par jour le 15 décembre, les chiffres restent bien supérieurs : hier encore, ce sont près de 12 500 cas qui ont été comptabilisés par Santé publique France, et le pays a dépassé hier les 65 000 décès dus au covid-19. Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a reconnu hier « une tendance très préoccupante », avec « une augmentation progressive [des cas] depuis début décembre »  et « une incidence de nouveau en hausse après un plateau assez long ». Et ce, alors que les éventuelles conséquences des réunions et des fêtes lors de Noël et du Jour de l’an ne se feront pas sentir avant cette semaine. 

Échéances probablement compromises

Dans ces conditions, la seule mesure décidée pour l’instant a été d’avancer l’heure du couvre-feu à 18 heures dans 15 départements de l’est du pays, ainsi que dans les Hautes-Alpes et les Alpes-Maritimes. Cette décision n’a pas nécessité la parution d’un nouveau décret, puisque la réglementation autorise déjà les préfets, en fonction des circonstances locales, à durcir les mesures de couvre-feu. 
On ignore à cette heure si le gouvernement va prendre, dans les jours à venir, de nouvelles mesures, générales ou locales. Mais il semble évident que la « troisième phase »  du déconfinement, qui devait intervenir courant janvier, semble compromise : s’il paraît difficilement imaginable que les lieux culturels puissent rouvrir le 7 janvier, comme le gouvernement l’a un moment envisagé, même la réouverture des restaurants le 20 janvier semble aujourd’hui « peu probable », de l’aveu du ministre des PME, Alain Griset. 
Contrairement à la demande de nombreux professionnels de la santé, le gouvernement a choisi de ne pas différer la rentrée scolaire, et le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a affirmé hier que « le maximum (serait) fait pour que soit tenue »  l’échéance du 20 janvier, date à laquelle 100 % des lycéens sont censés reprendre les cours en présentiel. Le ministre estime qu’un durcissement du protocole sanitaire dans les établissements scolaires pourrait être envisagé dans certains départements, en fonction des chiffres à venir, même si cela n’est « pas envisagé »  à court terme. 
Tous les regards sont maintenant tournés vers les nouveaux « variants »  du virus, détectés principalement en Grande-Bretagne et en Afrique du sud, manifestement beaucoup plus contagieux et qui, dans ces pays, ont fait exploser le nombre de contaminations ces dernières semaines. Cette évolution inquiète, forcément, les autorités sanitaires, qui ont tenté, en fermant quelques jours les frontières, d’empêcher ces nouvelles souches de se propager en France. 

Vaccins : la France à la traîne

C’est dans ce contexte qu’a commencé, en France comme ailleurs, la campagne de vaccination. Comme ailleurs… mais pas au même rythme qu’ailleurs. Selon les chiffres des autorités sanitaires internationales, 12,3 millions de doses de vaccins avaient déjà été administrées dans le monde au 3 janvier dont… 516 en France. Alors que la Chine et les États-Unis ont déjà vacciné plus de 4 millions de personnes, la Grande-Bretagne près d’un million, ou encore Israël 1,1 million (sur 9 millions d’habitants !), la France apparaît très en retard, ce qui soulève de nombreuses critiques tant du milieu médical que de personnalités politiques et d’élus locaux. Axel Kahn, président de la Ligue nationale contre le cancer et autorité scientifique incontestée, a lancé ce week-end un véritable cri d’alarme sur twitter : « La stratégie vaccinale DOIT être adaptée à l’urgence de la situation ! ». L’Académie de médecine, dès jeudi dernier, écrivait en termes très diplomatiques que « le premier bilan [de la campagne vaccinale] est difficile à défendre ». Plus offensif, le président de la région Grand est, Jean Rottner, a carrément parlé ce matin, sur France 2, de « scandale d’État ». 
Le gouvernement défend, en réponse, une stratégie appuyée sur « la pédagogie et l’explication », notamment pour répondre à la méfiance importante d’une partie de la population – plus importante qu’ailleurs – vis-à-vis du vaccin. Reste que cette stratégie est de plus en plus floue, et marquée par de constants revirements : les textes publiés avant les fêtes par les autorités sanitaires ne sont déjà plus d’actualité. Exemple parmi d’autres : alors que le gouvernement avait, dans un premier temps, annoncé que lors de la première phase, seuls les soignants dans les Ehpad de plus de 65 ans ou présentant des risques de comorbidités seraient vaccinés, il a ensuite décidé que ceux de plus de 50 ans pourraient l’être dès mi-janvier, avant de changer encore de cap et d’annoncer, pour ces derniers, la date du 4 janvier. 
Autre revirement : en présentant sa « stratégie vaccinale », mi-décembre, le gouvernement avait clairement rejeté l’idée de mettre en place des grands centres de vaccination (les « vaccinodromes » ), au profit d’une hyperdécentralisation, dans les établissements de santé eux-mêmes et chez les médecins généralistes. Mais voilà que le 31 décembre, une note « urgente »  de la direction générale de la santé insistait sur la nécessité de « l’élargissement de l’offre de lieux de vaccination », annonçant que « des concertations vont s’engager (…) en présence des préfets et des directeurs de CPAM, associant notamment les représentants des établissements (...) des ordres et des collectivités territoriales ». 

Quel rôle pour les collectivités ?

Se dirige-t-on vers une réponse positive à la demande constante des associations d’élus d’être « le QG opérationnel »  la campagne de vaccination ? Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, a en tout cas annoncé hier, dans Le Parisien, une « accélération »  de la campagne avec, « dès début février », la mise en place de centres de vaccination « dans des lieux en grande proximité dans nos communes ». 
C’est la solution que défendent de nombreux élus, comme Mathieu Klein, le maire de Nancy, qui a réclamé une fois encore ce matin que les collectivités locales soient davantage impliquées : « Si la confiance est là entre l'État et les collectivités locales, nous saurons organiser une campagne de vaccination massive, c'est la seule solution pour s'en sortir enfin, a-t-il déclaré sur RTL. La confiance entre l'État et les collectivités locales est la clé pour sortir de la crise sanitaire. » 
Dans plusieurs communes, des maires ont déjà sélectionné des lieux pouvant accueillir des centres de vaccination. C’est le cas par exemple au Raincy, en Seine-Saint-Denis, où le maire Jean-Michel Genestier a sélectionné un gymnase qui pourrait « en 72 heures, dès que nous aurons le ‘’go’’ du gouvernement, devenir opérationnel », et pourrait permettre « 200 à 300 vaccinations par jour ». 
Jean Rottner, le président de la région Grand est, va plus loin en demandant « officiellement que les collectivités locales puissent être à l’origine de commandes de vaccins ». 
Une chose est sûre : à l’heure où l’épidémie semble de nouveau en phase d’accélération et où la question d’un troisième confinement est déjà sur toutes les lèvres, le gouvernement va devoir trouver les moyens de drastiquement accélérer la campagne de vaccination.

Franck Lemarc

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