Édition du mardi 11 juillet 2017


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Fermetures de réacteurs nucléaires : plus de questions que de réponses

Jusqu’à maintenant, la question du nucléaire avait été évitée par le nouveau gouvernement : le Premier ministre ne l’avait pas évoquée dans son discours de politique générale du 4 juillet, et Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, guère plus lors de la présentation de son Plan climat, jeudi dernier (lire Maire info du 7 juillet). Mais hier, Nicolas Hulot a lancé un chiffre – et pas des moindres : il envisage de fermer « peut-être jusqu’à 17 réacteurs nucléaires » d’ici 2025.
Cette annonce est en ligne avec les observations de la Cour des comptes qui, il y a 18 mois, estimait qu’il faudrait fermer « 17 à 20 réacteurs » pour atteindre les objectifs fixés par la loi de transition énergétique – c’est-à-dire la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 %.
Il n’empêche que la marche est haute, très haute. Il y a aujourd’hui 19 centrales nucléaires en France, ce qui représente 58 réacteurs. Le ministre envisage apparemment d’en fermer un tiers en huit ans. Or l’expérience de Fessenheim a pour l’instant prouvé qu’il n’était pas si simple de fermer ne serait-ce qu’une seule centrale, pourtant vieillissante.
Le premier problème qui se posera sera celui de l’emploi – le ministre l’a d’ailleurs lui-même reconnu. Rappelons que la filiale nucléaire représente, en France, quelque 450 000 emplois. C’est la raison pour laquelle les élus locaux, on l’a vu à Fessenheim, sont souvent extrêmement inquiets devant les projets de fermeture des centrales. À Fessenheim, par exemple, la centrale nucléaire génère presque 2000 emplois, selon une étude de l’Insee de 2014, entre les agents EDF, les sous-traitants et les emplois « induits par la consommation de ces familles ». Selon la même étude, 15 communes seraient directement impactées par la fermeture de la centrale, au premier rang desquelles Fessenheim, où 35 % des habitants dépendent de celle-ci !
On imagine donc le casse-tête social que pourrait amener la fermeture, en si peu de temps, de 17 réacteurs. Certes, le gouvernement table sur une sorte de système de vases communicants avec les emplois créés par le développement des énergies renouvelables. Mais il est peu probable que celles-ci créent autant d’emplois au niveau local… et a fortiori à l’endroit même où les centrales auront fermé.
Autre difficulté : par quoi va-t-on remplacer les réacteurs ? 17 réacteurs en moins, cela représente une puissance de 15 GW soit, aujourd’hui, presque la totalité de ce qui est produit par toute la filière éolienne et solaire installée (11 GW pour l’éolien et 6 GW pour le solaire, selon le Panorama de l’électricité renouvelable 2016 publié par RTE). En toute logique, il faudrait donc doubler en huit ans la capacité de production éolienne et solaire pour « compenser » la fermeture de ces 17 réacteurs. Et encore : alors qu’une centrale nucléaire produit de l’électricité de façon régulière, le principal inconvénient de l’éolien, notamment, est son caractère intermittent. Dans le Panorama de RTE, un chiffre interroge : au troisième trimestre 2016, particulièrement peu venteux, les éoliennes installées en France n’ont fonctionné qu’à 15 % de leur capacité ! Nicolas Hulot ayant, lors de la présentation du Plan climat, annoncé l’arrêt des centrales thermiques à charbon à partir de 2022, et la fin de l’extraction des hydrocarbures par la France, les choses s’annoncent pour le moins compliquées.
Dernière contradiction : comment concilier fermeture des réacteurs et augmentation des besoins en électricité ? Rappelons que Nicolas Hulot a également annoncé, pour 2040, la fin de la vente en France des véhicules à moteur thermique, appelés à être remplacés par des véhicules électriques. Cela va entraîner mécaniquement une augmentation considérable de la demande en électricité. Comment la produire de façon « propre », c’est-à-dire sans émettre de gaz à effet de serre, tout en se privant tout ou partie du nucléaire qui, justement… ne produit pas de gaz à effet de serre ?
C’est l’une des nombreuses questions que le gouvernement va devoir s’atteler à résoudre.
F.L.
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