Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du mercredi 8 avril 2026
Éducation

Baisse des effectifs scolaires : une « vague sismique » qui va nécessiter des adaptations, pour le ministre Édouard Geffray

Le ministère de l'Éducation nationale a rendu publique ce matin une étude sur l'évolution des effectifs scolaires, prévoyant une diminution de plus de 15 % à horizon dix ans dans le premier degré. Le ministre Édouard Geffray a fait le point, hier, sur les adaptations qu'il va falloir envisager. 

Par Franck Lemarc

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[Article modifié à 15 h 45]

« Une vague sismique. »  C’est par cette expression que le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, qualifie la diminution attendue des effectifs scolaires dans les dix ans à venir, documentée dans une étude de la Depp, le service de statistiques du ministère. 

Propagation

Dans cette étude d’une cinquantaine de pages publiée hier, les services du ministère étudient trois scénarios (haut, bas et intermédiaire) sur l’évolution des effectifs dans le premier et le second degré à horizon 2035. 

Quel que soit le scénario, une chose est certaine : les effectifs vont fortement diminuer. Le taux de fécondité diminue d’année en année et, rappelons-le, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, il y a eu l’an dernier en France plus de décès que de naissances. En s’appuyant sur les données actuelles de la démographie, puis sur des projections, il est possible d’anticiper ce que seront les effectifs scolaires dans les années à venir – l’évolution se faisant de façon décalée pour chaque niveau, la baisse ou la hausse démographique se propageant comme une marée : les enfants nés cette année (2026) entreront en maternelle en 2029 (N+3), en élémentaire en 2032 (N+6) et au collège en 2037 (N+11). 

Logiquement, donc, l’accélération de la baisse de la natalité actuellement constatée ne se répercute pas encore pleinement sur les collèges et les lycées ni a fortiori sur l’enseignement supérieur. 

Presque 1,7 million d’élèves en moins

Pour mesurer l’ampleur de la diminution, il faut rappeler qu’en 2014, il y avait eu environ 820 000 naissances en France. En 2025, un peu moins de 650 000. Logiquement, le préélémentaire et l’élémentaire sont les premiers niveaux touchés par cette baisse : sur la seule période 2026-2028, il est attendu une diminution de 218 200 élèves dans le préélémentaire et 157 000 dans le premier degré. 

Puis cette diminution se « décalera »  vers le second degré, où sur les trois années 2026 à 2028 il est attendu une perte de 146 400 élèves. 

À partir de 2029, le rythme de baisse dans le préélémentaire devrait ralentir, puis aller vers une stabilisation à partir de 2032-2033. Mais, « propagation »  oblige, c’est en revanche sur cette période que la baisse sera la plus marquée dans l’élémentaire d’abord puis dans le second degré. Entre 2029 et 2033, le ministère attend un recul des effectifs dans le premier degré de 509 100 élèves. 

À partir de 2034, ce seront les collèges qui seront les principaux « porteurs »  de la baisse des effectifs, avec environ 100 000 élèves de moins chaque année. Au bout du processus, en 2035, il devrait y avoir 744 000 collégiens de moins qu’en 2025. 

Au total, entre 2025 et 2035, le gouvernement s’attend à une baisse de 15,2 % des effectifs dans le premier degré (qui passerait de 6,15 millions d’élèves à 5,21 millions), et de 13,2 % dans le second degré (passant de 5,6 à 4,8 millions d’élèves). 

Il y aurait donc, tous niveaux confondus, 1,68 million d’élèves en moins en 2035.

Plus de 20 % de baisse dans certaines académies

Cette forte baisse ne sera pas marquée de la même façon dans tous les territoires. Certaines académies vont connaître une diminution beaucoup plus forte que d’autres, parce qu’à la baisse du nombre de naissance s’ajoutent des déplacements géographiques. L’exemple le plus frappant est celui de Paris, déserté par un nombre toujours croissant de familles du fait du niveau des prix du logement. L’académie de Paris devrait perdre presque 30 % de ses effectifs scolaires dans les 10 prochaines années ! Trois autres académies devraient connaître des baisses supérieures à 20 % : la Martinique, Nancy-Metz et Lille. À l’inverse, ce devrait être les académies de Nantes, Nice et Toulouse qui devraient connaître les baisses les plus « contenues »  (entre - 11 et - 12 %). 

Seules les académies de la Guyane et de Mayotte verront leurs effectifs croître dans les dix années à venir. 

Il est à noter que ces projections de la Depp ne s’appuient que sur des calculs basés sur le taux de fécondité. Ils ne prennent pas en compte un facteur qui, en théorie, est susceptible d’évoluer dans les années à venir : l’immigration. Face à la baisse de la natalité, certains experts estiment qu’il pourrait être nécessaire à l’économie du pays de recourir de façon beaucoup plus importante qu’aujourd’hui à la main-d’œuvre immigrée – comme l’a fait l’Allemagne ces dernières années –, ce qui serait susceptible d’atténuer, au moins un peu, la baisse des effectifs. Sans compter la possible évolution à la hausse du nombre de réfugiés qui pourrait survenir, dans cette période marquée par le retour des guerres.

L’accord du maire

Reste à savoir quelle sera la politique du ministère de l’Éducation nationale pour faire face à cette hémorragie du nombre d’élèves. Le ministre Édouard Geffray en donne les premiers contours dans une interview publiée ce matin par Le Parisien. 

Première indication, un peu rassurante : il est « hors de question »  d’appliquer le même taux de diminution au nombre d’enseignants, ce qui reviendrait à supprimer 100 000 postes d’ici 2035. Néanmoins, il faut « prendre conscience du caractère absolument sismique de la vague qui arrive » , affirme le ministre, et « s’interroger sur l’aménagement du territoire au niveau des écoles » . En particulier sur « le maillage » , notamment dans les zones très denses : vu le maillage des écoles à Paris, la baisse à venir de 30 % des élèves « imposera de s’adapter ». 

Le gouvernement exclut aussi de maintenir le nombre de postes et de classes qui permettrait de réduire le nombre d’élèves par classe, ce qui ne paraîtrait pourtant pas absurde dans bon nombre d’écoles de banlieue, notamment.

Il se profile donc probablment de nombreuses fermetures d’écoles dans les années à venir. On a même pu se demander si le ministre était prêt à rompre la promesse faite en 2019 par Jean-Michel Blanquer et Emmanuel Macron, selon laquelle « plus aucune école ne serait fermée sans l’accord du maire » . En effet, dans son interview, Édouard Geffray déclare : « Notre contrat social est fondé sur le fait que l'école est proche du territoire. Ce principe-là, j'y crois, c'est pour ça que l’année prochaine encore, on ne fermera aucune école sans accord du maire. Mais il est évident que compte tenu de ces chiffres, ce principe a vocation à se conjuguer différemment. »  La construction de cette phrase a laissé penser – pas seulement à Maire info – que le ministre souhaitait en finir avec l'accord du maire. Mais le cabinet du ministre nous a par la suite assuré qu'il s'agit d'une « mésinterprétation », et que la formule « ce principe a vocation à s'appliquer différemment »  s'applique uniquement au principe selon lequel « l'école est proche du territoire ». Tout en reconnaissant une formulation ambigüe, l'entourage du ministre dément donc « formellement »  toute volonté de rompre la promesse de 2019. Dont acte. [Ce paragraphe a été modifié le 8 avril après-midi, après éclaircissements du cabinet ministériel.]

Une bonne occasion d’en savoir plus sur les intentions gouvernentales sera la réunion du Comité ministériel des élus locaux, qui regroupe les huit principales associations d’élus et que le ministre promet de consulter avant de prendre des décisions. Ce Comité, qui s’est réuni en janvier, pourrait se retrouver à nouveau au cours du printemps. 

L’AMF tiendra cet après-midi une visioconférence avec les présidents des associations départementales des maires afin de faire le point sur la préparation de la prochaine rentrée scolaire, et le niveau de concertation engagée avec les maires dans le cadre du protocole d’accord signé le 8 avril 2025 entre l’association et l’Education nationale. Pour mémoire, cet accord vise à mettre en place une relation étroite et stratégique entre les Dasen et les maires dans le contexte de la baisse durable des effectifs scolaires afin d’anticiper collectivement les mesures de carte scolaire.

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