Maire-info
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Édition du mardi 27 juin 2023
Précarité

La Fondation Abbé-Pierre appelle les pouvoirs publics à se mobiliser contre « la précarité énergétique d'été »

La Fondation Abbé-Pierre a publié hier un rapport sur « la précarité énergétique d'été », que l'association qualifie de « nouvelle forme de mal-logement ». Au-delà du constat, elle fait également le point sur les solutions, dont beaucoup dépendent des maires. 

Par Franck Lemarc

« En été, les passoires énergétiques se transforment en véritables bouilloires. »  Les logements impossibles à chauffer correctement en hiver sont les mêmes qui, en période de canicule, deviennent invivables du fait de la chaleur. Le rapport de la FAP (Fondation Abbé-Pierre) est émaillé de témoignages de personnes dont les logements atteignent jusqu’à 46 ° C pendant les pics de canicule, ce qui y rend tout simplement la vie impossible. Pourtant, « la précarité énergétique est encore largement associée au ressenti du froid dans son logement, et trop peu à l’inhabitabilité liée aux pics de chaleur ». 

Un problème social

Cette question est avant tout un problème social : ce sont les locataires modestes qui souffrent le plus de la chaleur, en particulier dans les quartiers politique de la ville. Pendant la canicule de 2003, qui a fait environ 15 000 morts, la surmortalité a été la plus forte dans les quartiers pauvres. Ce que l’on appelle les ICU (îlots de chaleur urbains), zones où les pics de chaleur sont exacerbés, se trouvent dans les zones les plus bétonnées et les moins végétalisées – ce qui correspond en général à la définition des cités. Les tours d’habitation des années 1970 ne comportent en général même pas de volets, et l’isolation thermique y est inexistante. 

Les ménages pauvres, en plus d’habiter dans des logements mal isolés et situés dans des ICU, ont, de surcroît, plus de mal que les ménages aisés à se déplacer temporairement vers des lieux plus frais. 

Haro sur la climatisation

Le rapport indique que les vagues de chaleur de ces dernières années – qui vont continuer de se multiplier – ont provoqué « la prolifération des climatisations » : le pourcentage de ménages équipés est passée de 14 % à 25 % en seulement quatre ans. Cette solution est d’abord contre-productive, puisqu’elle provoque une forte émission de chaleur vers l’extérieur des bâtiments et contribue donc à chauffer l’air encore un peu plus, et des pics de consommation électrique peu compatibles avec la « sobriété »  aujourd’hui de mise. De plus, elle est « injuste socialement », poursuit la FAP : « Être équipé d’un climatiseur est très marqué socialement, les appareils performants sont coûteux et réservés aux populations les plus aisées, inaccessibles pour les ménages modestes ». 

Quant à l’installation de pompes à chaleur réversibles, elle peut s’avérer « une fausse bonne idée », si le logement est mal isolé, car elle conduit à une explosion de la consommation électrique. La Fondation rappelle au passage que l’installation d’une pompe à chaleur est soumise à autorisation d’urbanisme si elle « apporte des modifications visibles de l’extérieur », mais que cette obligation est rarement remplie par les propriétaires, « alors qu’elle pourrait permettre aux collectivités de contrôler la prolifération de ces appareils ». 

Diverses solutions 

La Fondation liste un certain nombre de « solutions », en regrettant en premier lieu que la protection contre la chaleur ne soit que très peu prise en compte dans les aides à la rénovation énergétique, qui concerne essentiellement la lutte contre le froid. 

Pourtant, la lutte contre la « précarité énergétique d’été »  passe d’abord par la rénovation thermique : augmentation de l’inertie des bâtiments par l’isolation du toit et des murs, installation de protections solaires, installation de panneaux solaires sur le toit (qui absorbent les rayonnements) ou de toitures végétalisées… Le simple fait d’utiliser certaines couleurs ou certains enduits peut faire baisser la température intérieure de plusieurs degrés. 

Pour ce qui concerne plus directement les communes, la FAP indique qu’il est possible d’agir sur la température des logements en luttant contre les îlots de chaleur. La « végétalisation des cours intérieures et de leurs abords »  et la plantation d’arbres aux abords des bâtiments peuvent avoir des effets spectaculaires grâce au phénomène dit « d’évapotranspiration » : l’eau captée par les racines est rejetée par les feuilles sous forme de vapeur d’eau. Selon une étude citée dans le rapport, la différence de température « entre une zone 100 % urbanisée et 100 % arborée »  peut atteindre 10 ° C !

Il est aussi possible de multiplier la présence de l’eau, de « débitumer au profit de matériaux moins chauds », quitte à « réintroduire de la pleine terre ». Rappelons, par exemple, que le fait de débitumer les cours d’école est éligible aux aides du Fonds vert. 

Propositions

La Fondation livre enfin un certain nombre de préconisations : subventions à l’installation de protections solaires, revalorisation des aides aux copropriétés qui créent des îlots de fraîcheur… La FAP souhaite qu’un travail soit engagé avec les Architectes des bâtiments de France « pour faciliter les modifications du bâti ayant pour but d’améliorer l’habitabilité thermique des logements en été ». Elle propose le lancement « d’un grand plan d’urgence sur trois ans, associant collectivités, État, bailleurs sociaux, afin de proposer des protections solaires à tous les logements, en lien avec France Renov et les dispositifs de repérage et d’accompagnement existants. Conduire une campagne de communication (sur le modèle de celle menée par le gouvernement sur la sobriété énergétique) incitant à l’installation de protections scolaires et sensibilisant aux effets néfastes de la climatisation ». 

Plus largement, la Fondation appelle à « repenser les villes »  pour lutter contre les ICU, par exemple en intégrant « des critères d’adaptation dans les programmes urbains (NPNRU, Action cœur de ville…) », en intégrant aux documents d’urbanisme « des mesures sur les coefficients minimaux de pleine terre, de végétalisation et de réalisation de trames vertes et bleues », ou en soutenant le financement de programmes de végétalisation et de désimperméabilisation. 

Enfin, la Fondation demande que ne soient pas oubliés les sans-abris, car « sans logement, la chaleur est encore plus dure à supporter ». Elle rappelle que, contrairement aux idées reçues, les sans-abris ne meurent pas dans la rue qu’en hiver. Elle cite des initiatives qui sont mises en place par certaines communes et qui pourraient être généralisées : « maraudes d’été, bains-douches gratuits et extension de leurs horaires ouvertures comme à Paris, distributions d’eau, ouverture de places d’hébergement d’urgence, ouverture des parcs la nuit ou des lieux publics climatisés pendant la journée, répartition de fontaines à eau sur le territoire… ». 

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