Édition du mercredi 27 mai 2015


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Rapport Duron : pas de « démembrement » des trains Intercités, mais des restructurations « douloureuses »

Philippe Duron, député du Calvados et président de la Commission sur l'avenir des trains d'équilibre des territoires (TET ou Intercités), a remis son rapport hier au secrétaire d’État chargé des Transports. Ce rapport, s’il prône des solutions moins radicales de ce à quoi l’on pouvait s’attendre (lire Maire info du 21 mai) souligne l’état délétère du réseau Intercités et propose des restructurations sévères.
Pour Philippe Duron, les usagers des TET ont deux sentiments contradictoires pour leurs trains : « l’attachement et l’exaspération » – attachement pour des lignes qui leur sont indispensables, exaspération devant les retards et problèmes techniques. Il faut selon lui « agir vite et regarder loin », avec notamment la poursuite d’une politique de renouvellement d’un matériel roulant dont la moyenne d’âge est de 40 ans – ce qui est forcément coûteux, de l’ordre de « 3,5 à 4 milliards d’euros », alors que, pour Philippe Duron, le déficit des lignes TET pourrait atteindre les 500 millions d’euros par an en 2025.
C’est pour résoudre cette équation compliquée que le rapport de la commission propose de « redimensionner » le réseau. Si l’on n’en est pas au « démembrement » complet que craignaient les élus locaux la semaine dernière, Philippe Duron désigne plusieurs lignes qu’il conseille tout simplement de fermer, estimant qu’elles n’ont plus de justification : Toulouse-Cerbère, Bordeaux-Toulouse, Quimper-Nantes, Marseille-Nice, Saint-Quentin-Cambrai, Caen-Le Mans-Tours… Ces lignes, estime le rapporteur, doublonnent avec le TGV ou le TER et sont devenues inutiles. Plusieurs liaisons par train de nuit (Paris-Handaye, Paris-Savoie…) sont également vouées à être supprimées.
Sur d’autres liaisons enfin, le rapport prône des « ajustements », c’est-à-dire ou bien une diminution du nombre d’allers-retours (Paris-Rouen-le Havre, Saint-Quentin-Maubeuge…), ou bien un renforcement de l’offre (Paris-Clermont-Ferrand, Paris-Orléans-Tours, Nantes-Lyon, Paris-Caen, Bordeaux-Marseille…)  ou le remplacement du train par le car.
Le rapport préconise également un transfert aux régions de certaines lignes, avec un transfert direct de la propriété du matériel roulant ; et de mener des « expérimentations » afin de se préparer à l’ouverture à la concurrence des lignes TET, prévue en 2019. On peut donc s’attendre à ce que certaines lignes, soigneusement choisies, soient ouvertes à la concurrence dans un délai relativement court.
Ce rapport a déjà provoqué nombre de réactions. Parmi elles, on notera celle de Caroline Cayeux, maire de Beauvais et présidente de Villes de France, qui réitère sa demande que toute restructuration du réseau de TET fasse l’objet d’un débat parlementaire et ne soit pas tranchée « uniquement par la SNCF et Bercy ». Elle dénonce la proposition de suppression de « nombreuses transversales ferroviaires » qu’elle impute à une « idéologie du tout TGV », « logique où est privilégié un modèle ferroviaire fait de métropoles, avec un polycentrisme parisien ». Villes de France demande également qu’avant tout transfert de matériel et de lignes aux régions, un « audit indépendant » soit organisé pour « évaluer objectivement le montant de la compensation qui sera due aux régions par l’État en cas de substitution ». L'Etat est en effet à ce jour l'autorité organisatrice des TET. La commission Duron propose de revoir les conditions de gouvernance à cet effet.
C’était également le point de vue de l’Association des régions de France la semaine dernière – qui, curieusement, n’a pas réagi officiellement à cette heure aux conclusions du rapport Duron.
Quant au gouvernement, il s’est exprimé par la voix du secrétaire d’État chargé des Transports, Alain Vidalies, qui a salué un rapport qualifié de « socle solide » sur lequel s’appuyer pour construire « les TET de demain ». Le secrétaire d’État semble partager l’essentiel des conclusions de Philippe Duron. Il a annoncé que les « premières décisions » seraient prises dès le mois de juin et qu’un préfet coordonnateur serait nommé « rapidement » pour se consacrer à ce dossier. Le gouvernement attendra ensuite l’élection des nouveaux exécutifs régionaux, en décembre, pour poursuivre les discussions avec les régions et livrer ses arbitrages « mi-2016 ».
F.L.

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