Édition du jeudi 12 novembre 2015


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Électromobilité : décidément, ça ne décolle pas

Ni la publication de la loi de transition énergétique ni les annonces du gouvernement en matière de bonus à l’achat n’ont fondamentalement changé la donne : les ventes de voitures électriques en France ne décollent pas de façon sensible, pas plus que l’installation des bornes de recharges, dont le nombre reste infinitésimal par rapport aux objectifs du gouvernement.
De deux choses l’une : ou le gouvernement a vu trop grand, et il va falloir changer les objectifs ; ou les objectifs sont maintenus… et il va falloir changer de braquet. La publication des chiffres de l’Avere (1), hier, montre un décalage impressionnant entre les objectifs de l’État et les chiffres réels. « 10 161 points de recharge » sont installés en France à ce jour, souligne l’association, qui se réjouit du passage du « seuil symbolique des 10 000 points ». On en oublierait presque que la loi de transition énergétique a fixé, à l’horizon 2030, l’objectif de … 7 millions de points de recharge.
L’Avere a annoncé hier que « 1 561 » points de recharge supplémentaires ont été implantés en un an. Si ce rythme devait se maintenir, il faudrait donc… 688 années pour atteindre l’objectif fixé par le gouvernement. En calculant en sens inverse, les résultats ne sont guère plus encourageants : puisqu’il reste 15 ans pour installer 6,9 millions de points de charge, il va falloir en implanter 466 000 par an pour tenir l’engagement, soit tenir un rythme 45 fois supérieur à celui d’aujourd’hui.
Pour l’instant, ce n’est pas vraiment la direction que prennent les choses. Avec optimisme, l’Avere table sur 28 000 installations d’ici 2017, c’est-à-dire en deux ans, « grâce aux investissements de l’État, des collectivités territoriales et du secteur privé ». Dont la moitié (16 000) serait du seul fait du groupe Bolloré, qui propose des services d’autopartage de voitures électriques dans les grandes métropoles. D’ailleurs, aujourd’hui déjà, si l’on se réfère aux chiffres de l’Avere, près de la moitié des points de charge existants sont à Paris et en petite couronne (4709), autour du système Autolib de Bolloré.
On ne peut donc pas sérieusement parler de décollage en matière d’installation des bornes de recharge, pas plus qu’en matière de ventes de voitures électriques d’ailleurs. C’est l’éternelle question de l’œuf et de la poule : qui se développera en premier ? Sans bornes en nombre suffisant, les consommateurs n’achèteront pas de voitures électriques ; sans marché important de véhicules électriques, les investisseurs hésitent à dépenser des milliards pour installer des bornes. Et en matière de ventes de voitures, malgré des chiffres en augmentation sur les deux premiers semestres de 2015, on reste à des niveaux extrêmement bas : en octobre 2015, selon l’Avere toujours, 2 177 immatriculations de véhicules électriques ont été enregistrées, toutes marques confondues. À titre de comparaison, c’est moins que ce que produit en deux jours une seule usine d’un seul groupe automobile – celle de PSA-Poissy, qui ne fabrique que des véhicules thermiques.
Comme quoi, écrire des lois ne suffit pas… Sans une initiative réellement forte de l’État – financière, cela va sans dire – le développement du véhicule électrique semble bien mal engagé.
Franck Lemarc


(1) Association nationale pour le développement de la mobilité électrique.
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