Édition du mardi 29 janvier 2019


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80 km/h : le débat continue sur fond de baisse de la mortalité routière

Ce sont des chiffres qui ont, forcément, un petit goût de victoire pour le Premier ministre : le nombre de morts sur les routes est tombé à un plus bas niveau historique l’an dernier, avec 3 259 décès (le précédent record datait de 2013 avec 3 268 victimes). Le Premier ministre n’a pas manqué de relier ce chiffre satisfaisant à la diminution de la vitesse à 80 km/h – mesure qu’il porte personnellement depuis le début.
Tous les chiffres sont à la baisse dans le communiqué publié hier par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) : avec 3 259 décès sur les routes (–5,5 % par rapport à 2017), « on n'a jamais eu aussi peu de morts sur les routes françaises », s’est réjoui hier Édouard Philippe. Rappelons, pour mémoire, que le nombre de morts sur les routes était proche de 17 000 en 1973. Sur un an, le nombre d’accidents corporels (55 800) a diminué de 4,8 % ; et les accidents ont été globalement moins graves, puisque le nombre de blessés hospitalisés a baissé de presque 25 %. « Tous les usagers de la route » ont profité de cette baisse (automobilistes, chauffeurs routiers, motards, cyclistes et, dans une moindre mesure, piétons).
Le communiqué de l’ONISR se veut très clair : le passage à 80 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central a sauvé « 116 vies en six mois ». Une affirmation qui ne manquera pas d’alimenter les débats, car il ne peut y avoir de preuve absolue que c’est bien la limitation de la vitesse qui a « épargné des vies » : seule certitude, il y a bien eu 116 morts en moins « sur le réseau concerné par la baisse à 80 km/h de la vitesse maximale autorisée ». Un autre chiffre objectif est celui de la baisse réelle de la vitesse sur le réseau concerné : elle a été de 3,9 km/h « dès le 1er juillet ». Enfin, l’ONISR note qu’un effet redouté de la réforme ne s’est pas produit : il s’agit de « l’effet de peloton » (accumulation de voitures derrière des poids lourds). Selon les observations de terrain faite par l’ONISR, les inter-distances entre poids-lourds et voitures sont restées « inchangées ».

« Souplesse »
Depuis hier, plusieurs élus se sont élevés contre l’interprétation faite par le gouvernement de ces bons chiffres, comme François Sauvadet en Côte-d’Or ou Jean-Paul Dufrègne dans l’Allier. Un certain nombre de commentateurs estiment qu’il est hâtif de lier ces chiffres à la réforme des 80 km/h – expliquant par exemple que la flambée des prix des carburants pourrait être à l’origine de la diminution de la mortalité, les automobilistes roulant moins vite pour économiser de l’essence. C’est par exemple la version de Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes. Sur un terrain plus humoristique, plusieurs défenseurs de la mesure ont rappelé hier à Pierre Chasseray, sur les réseaux sociaux, qu’il s’était engagé à démissionner si le nombre de morts sur les routes en 2018 tombait sous celui de 2013.
Reste que depuis deux semaines et le début du Grand débat national, le gouvernement semble s’ouvrir à l’idée – depuis des mois défendue par les associations d’élus – d’une certaine « souplesse » dans l’application d’une mesure qui a fortement braqué les Français. Plutôt qu’une mesure unilatérale appliquée sur l’ensemble du territoire, beaucoup d’élus auraient préféré des décisions prises localement, après concertation entre les maires, les usagers de la route, les élus départementaux et les préfets. Lorsque le décret sur les 80 km/h était passé devant le Cnen, les élus de l’AMF avaient d’ailleurs défendu cette solution, estimant qu’« il pourrait être proposé une adaptation locale par le préfet, et donc un maintien des 90 km/h sur certaines voies ou portions de voie, au regard de l’accidentologie constatée ».
Apparemment d’accord avec le président de la République, Édouard Philippe a jugé à son tour hier qu’il était « légitime » de discuter du sujet.
Plusieurs présidents de département se sont exprimés hier dans ce sens, comme celui du département de Seine-et-Marne, Patrick Septiers, qui estimait dans la presse que certaines portions de routes du département, « entretenues et sécurisées », devraient pouvoir revenir aux 90 km/h.
Dominique Bussereau, président de l’Assemblée des départements de France, a déclaré hier que les départements « étaient prêts à prendre leurs responsabilités » s’il fallait adapter la vitesse « au cas par cas ». Il a regretté « un manque de concertation préalable » lorsque le gouvernement a pris cette décision, ce qui a nui à la « compréhension » de la mesure.
F.L.

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