Maire-info
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Édition du lundi 15 janvier 2018
Petite enfance

Une étude relativise l'intérêt de la scolarisation des enfants de moins de 3 ans sauf à en améliorer les conditions...

Alors que le ministre de l'Éducation nationale a annoncé la semaine dernière que se tiendront en mars des Assises de la maternelle, quelques heures plus tard, France stratégie mettait en ligne une étude de l'un de ses chercheurs, Arthur Heim, sur la scolarisation précoce des enfants. Il s'agit donc des enfants qui ont entre deux et trois ans et intègrent déjà l'école maternelle. La France est le seul pays avec la Belgique à proposer cette préscolarisation rappelle l'étude qui cherchait à savoir si cette préscolarisation est vraiment bénéfique aux enfants pour leur parcours scolaire ?
Il s'avère que la question est difficile à trancher. Globalement, les résultats ne penchent pas en faveur de la scolarisation dès 2 ans. En tout cas ses effets seraient peu significatifs, voire parfois, contreproductifs. Tout dépend des critères qui servent à sélectionner le panel des enfants ainsi que les éléments qui sont pris en compte, ou pas, pour pondérer certains résultats comme les caractéristiques familiales. L'auteur de l'étude prend donc la précaution d'apporter toutes les nuances et mises en garde quant à des conclusions hâtives, au regard aussi d'autres études sur les autres modes de garde « si l'enfant n'avait pas été à l'école ». Sa conclusion générale relève d'ailleurs de l'art de l'équilibre : « Le présent travail ne prône certainement pas de rejeter en bloc l’accueil des élèves à 2 ans. Il invite plutôt à penser les actions à mener et les spécificités à prendre en compte pour que l’expérience à l’école soit plus enrichissante que ses alternatives, si, du moins, on a fait le choix de poursuivre une politique d’accueil des jeunes enfants ».
Cette étude porte sur une génération née en 1995-1996 et depuis, les conditions de la scolarisation précoce ont changé, de même que les priorités (aujourd'hui plutôt tournées vers l'éducation prioritaire). Comme il est rappelé, « la scolarisation à 2 ans est aujourd’hui l’un des outils mis en avant pour lutter en amont contre les difficultés scolaires et les inégalités de réussite liées à l’origine sociale des élèves. En ce sens, elle s’intègre pleinement dans la démarche de l’investissement social ». Sous le précédent quinquennat, les ministères en avaient fait une priorité, inscrite dans la loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République (2013). Mais les ambitions n'ont pas suffi à faire bouger les chiffres. La préscolarisation des enfants de 2 à 3 ans a même reculé lors de la dernière rentrée scolaire. Elle avait atteint 35 % au début des années 2000, elle a ensuite baissé sous le quinquennat Sarkozy. Elle reste aux environs de 12 % depuis (11,7 % en septembre 2017, et 19,3 % en REP).
Pour France Stratégie, si ces résultats « ne réussissent pas à asseoir le bien-fondé de la préscolarisation précoce », ils « ne doivent pas pour autant conduire à le remettre en cause. Mais ils doivent alerter sur la nécessité de penser les conditions d’accueil des tout-petits à l’école maternelle pour que l’expérience scolaire profite à ces derniers ». Cela conforte le constat mitigé d'un précédent rapport, de l'inspection générale de l'Education nationale, publié cet été, sur la scolarisation précoce, qui mettait en avant des pistes d'amélioration pour notamment lisser les disparités territoriales. De quoi nourrir les futurs débats des Assises de la maternelle.
E.S.
Télécharger l’étude.

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