Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du jeudi 14 septembre 2006
Patrimoine

Restauration du patrimoine: les professionnels dénoncent l'arrêt de quelque 300 chantiers sur 1.000

«Depuis quatre ans, suite à la décision par Jean-Jacques Aillagon de supprimer les reports des crédits non consommés, les budgets effectifs, c'est-à-dire les sommes dépensées réellement pour les restaurations de monuments historiques par l'Etat ont fortement chuté, passant de plus de 500 millions d'euros en 2002 à 200 millions en 2006», dénoncent les entreprises des monuments historiques. A quelques jours des journées du Patrimoine (16 et 17 septembre), ces professionnels regroupés au sein du Groupement français des entreprises de restauration de monuments historiques (GMH), indiquent qu’en 2006, 300 chantiers de restauration sont ou vont être interrompus, sur un total d'environ 1.000, soit 30%. Ils soulignent que même l'arrêt d'un chantier a un coût, qu'ils estiment à 10% de la dotation, ce qui signifie que pour une région moyenne, comme la Bourgogne, cinq millions de crédits supprimés ont abouti à un coût de 500.000 euros. Pour eux, les conséquences sont multiples. Outre celles directes sur les monuments ainsi mis en péril (20% des bâtiments inscrits ou classés), les impacts humains sont sérieux: faillites, licenciements (700 emplois supprimés en 2005) et pertes de savoir-faire qui ruinent les efforts de formation. L'Etat a créé ces dernières années de nombreuses écoles et il a la responsabilité de ces jeunes très qualifiés qui ne peuvent plus trouver de débouchés. Ainsi, les propriétaires, qu'ils soient privés ou collectivités territoriales, «perdent confiance» dans l'Etat «qui ne s'engage plus sur le long terme, faute de moyens et parce que le récent transfert de la maîtrise d'ouvrage aux propriétaires diminue ses responsabilités.» Ce désengagement effectif, lié à la décentralisation, est «aggravé par la diminution des subventions européennes due à l'élargissement communautaire.» Le patrimoine, comme l'ont rappelé les intervenants, demande une action sur le long terme. On ne peut se contenter de mesures conjoncturelles. Il est nécessaire de créer un flux financier continu, et d'éviter les à coup. Pour entretenir a minima le patrimoine français, il faudrait selon eux 350 millions d'euros annuels, en permanence, valorisés régulièrement selon le coût de la construction. Dans cette hypothèse, trois à quatre ans seraient nécessaires pour mener à bien les programmes déjà engagés, sans pouvoir en lancer de nouveau. Et pour réellement mettre à niveau le patrimoine français de manière optimale, dit encore le groupement, l'Etat devrait lui consacrer 1 milliard par an

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