Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du jeudi 31 octobre 2019
Numérique

Numérique : près de quatre Français sur dix ne maîtrisent pas une des compétences de base

« La lutte contre l’illectronisme devient un enjeu de politique publique comparable à la lutte contre l’illettrisme ». Chiffres à l’appui, l’Insee confirme, dans sa dernière étude publiée hier, le gouffre qui s’est creusé entre, d’un côté, les Français les plus connectés, souvent les plus diplômés, et, de l'autre, ceux touchés par le manque d’équipement comme par le manque de compétences numériques. Non-équipement et non-usage allant le plus souvent de pair.
Ainsi, 15 % de la population n’a pas utilisé Internet au cours de l’année dont 64 % des 75 ans ou plus. « Le non-usage d’Internet reste socialement très clivé en 2019 : par exemple, 64 % des 75 ans ou plus et 41 % des personnes sans diplôme ne se sont pas connectées au cours de l’année », note-t-on du côté de l’Insee.
Bien que le niveau global de compétences numériques en France soit « semblable »  à la moyenne européenne, « en 2019, 38 % des usagers manquent d’au moins une compétence numérique de base et 2 % sont dépourvus de toute compétence », ajoute l’institut. L’illectronisme - contraction des termes illettrisme et électronique – concerne 17 % de la population. Malgré leur appétence pour les outils numériques et les réseaux sociaux, les jeunes de 15 à 29 ans n’échappent pas au phénomène. Si seulement 3 % d’entre eux sont rangés dans la catégorie « illectronisme », près d’un sur cinq ne maîtrise pas au moins une capacité numérique de base (information, communication, logiciel ou résolution de problème). Sur l'ensemble de la population, « le défaut de compétence le plus répandu concerne l’usage de logiciel (35 %) devant la recherche d’information (11 %), la résolution de problèmes (8 %) et la communication (7 %) ».
Plus inquiétant encore, une personne sur quatre (24 %) ne sait pas s’informer et une sur cinq (21 %) est incapable de communiquer via Internet. « Parmi les usagers d’Internet, 33 % n’ont ainsi pas été en mesure de se renseigner sur des produits et services et 49 % de rechercher des informations administratives », révèle l'étude.
De la même façon, « alors que communiquer via Internet paraît quasi-incontournable dans le monde professionnel et personnel », 14 % des usagers d’Internet n’ont ni envoyé ni lu de courriels et 54 % n’ont pas communiqué via les réseaux sociaux.

Quelles réponses à la fracture numérique ? 
Cette fracture numérique pose la question de l’égalité des citoyens face aux services publics (lire Maire info du 26 février). D’ici 2022, rappelons-le, « 100 % des démarches administratives pourront être effectuées depuis Internet - sauf première délivrance des documents d’identité officiels ». Pour accompagner les Français les plus éloignés du numérique, l’État, via la mission Société numérique, met en œuvre, depuis septembre 2018, son plan national pour un numérique inclusif. Qui comprend notamment l’expérimentation de l’outil France Connect Aidants, qui permet à un professionnel habilité de « faire des démarches en ligne à la place d’une personne ne parvenant pas à les faire seule ». Mais aussi la distribution, par des aidants et agents des administrations, de Pass numériques (carnets de plusieurs chèques) qui donnent accès, aux personnes en difficulté avec le numérique, à des services d’accompagnement numérique.
En 2019, l’État a, par ailleurs, sollicité, via un appel à projets, les collectivités pour qu’elles participent au financement des Pass numériques. Quarante-huit d’entre elles ont été sélectionnées, parmi lesquelles 22 EPCI et métropoles et six syndicats mixtes. Avec ce dispositif notamment, le gouvernement a pour ambition de former 1,5 million de Français au numérique chaque année (lire Maire info du 20 septembre 2018).
Pour faciliter la relation entre l’usager et le service public et répondre au Défenseur des droits qui s’inquiétait en 2018 d’une « dématérialisation trop rapide »  (lire Maire info du 27 septembre 2018), l’État mise aussi sur la multiplication des tiers-lieux (lire Maire info du 18 juin) et la labellisation de 2 000 Maisons France Services, appelées à remplacer les Maisons de service au public dans chaque canton, d’ici 2022 (300 seront labélisées en 2020) (lire Maire info du 4 juillet).

Ludovic Galtier

Accéder à l’étude de l’Insee.

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