Édition du lundi 9 juillet 2018


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Au fil des arbitrages, le Plan vélo semble se réduire comme une peau de chagrin

Que va-t-il rester du Plan vélo dans la future loi d’orientation sur les mobilités ? Après une période marquée par un certain optimisme, les associations et les élus qui militent pour le développement du vélo comme mode de transport quotidien sont extrêmement inquiets, et ont l’impression qu’au fil des semaines, les ambitions gouvernementales en la matière fondent comme neige au soleil. C’est notamment ce que craint Pierre Serne, conseiller régional en Île-de-France, membre du conseil d’administration du Gart et président du Club des villes et territoires cyclables.
« À l’heure qu’il est, il n’y a plus de Plan vélo. » L’inquiétude de Pierre Serne, interrogé par Maire info le 5 juillet sur l’avenir du Plan vélo, est palpable. Pourtant, tout avait bien commencé : entre le rapport du député LaREM Matthieu Orphelin préconisant la généralisation de l’indemnité kilométrique vélo (lire Maire info du 20 décembre 2017) et le rapport du Conseil d’orientation des infrastructures préconisant de mettre enfin des moyens dans les infrastructures dédiées au vélo, en février dernier, la petite reine semblait avoir le vent en poupe. En avril encore, plus de 200 parlementaires de toutes tendances politiques signaient ensemble une tribune dans le Journal du dimanche pour réclamer « un grand plan vélo ». Les élus du Club des villes et territoires cyclables – un réseau d’élus favorables au vélo regroupant quelque 1500 collectivités adhérentes – ont travaillé très en amont avec les services du ministère des Transports pour élaborer la partie vélo de la loi d’orientation sur les mobilités, avec au moins trois objectifs : généraliser et rendre obligatoire l’indemnité kilométrique vélo (IKV), c’est-à-dire obliger les employeurs à indemniser leurs salariés qui viennent au travail à vélo ; rétablir le bonus à l’achat de vélo à assistance électrique (VAE), supprimée par le gouvernement dans le budget 2018 (lire Maire info du 29 septembre 2017) ; et obtenir la mise en œuvre d’un vaste plan de financement des infrastructures vélo (pistes cyclables en ville comme en milieu rural, « autoroutes vélo » pour relier les bassins de vie, aménagements dans les gares…).
Alors que la publication de la loi d’orientation est reportée de mois en mois – on parle aujourd’hui d’une présentation en Conseil des ministres à l’automne, pour une discussion au Parlement en 2019 – les élus du Club des villes et territoires cyclables voient leurs espoirs s’envoler au fil des réunions interministérielles et des arbitrages. « On a compris très vite qu’on aurait pas le bonus sur l’achat de VAE, explique Pierre Serne, et qu’on devrait se concentrer sur autre chose. Les réunions interministérielles ne se sont déjà pas bien passées, mais les arbitrages de Matignon ont été encore pire : quand Bercy discutait au moins des montants, Matignon ne validait même pas le principe ! »
Sur l’appui aux collectivités territoriales pour la construction d’infrastructures vélo, le Club des élus et territoires cyclables demandait « 200 millions d’euros par an », poursuit l’élu francilien. De fil en aiguille, « on en est maintenant à 350 millions… sur sept ans », soit 50 millions d’euros par an.
Même déception sur l’IKV. Cette mesure instaurée par la loi pour la transition énergétique et la croissance verte, dont toutes les études montrent qu’elle a un effet réel sur l’usage du vélo, ne cesse d’être rabotée au fil des années : d’obligatoire, elle est devenue facultative, et son montant a été largement plafonné afin de ne pas pénaliser les entreprises. Un décret instaurant l’IKV dans toute la fonction publique est toujours en attente de publication. « Mais au printemps, explique Pierre Serne, nous avons pensé que nous allions vers une amélioration, avec la publication du rapport du député Orphelin », celui-ci faisant partie de la majorité. Là encore, les espoirs ont été douchés : loin de la généralisation espérée, Pierre Serne n’est « même plus sûr aujourd’hui que l’IKV facultative sera encore dans le budget pour 2019 ».
Y compris sur les mesures qui ne coûtent rien au budget de la nation, les choses semblent au point mort. Deux mesures, en particulier, sont depuis longtemps attendues par les élus favorables au vélo : la transformation du Code de la route en Code de la route et de la rue, et l’apprentissage du vélo dès l’école. Sur le Code de la rue, « le ministère de l’Intérieur a tout bloqué », déplore Pierre Serne. « Et sur l’apprentissage du vélo à l’école, on s’est retrouvé face à un ministère de l’Éducation nationale qui s’est montré outré que l’on se mêle de pédagogie ! ». Pourtant, le plan « savoir rouler » avait été annoncé par le Premier ministre lui-même.
Pourquoi ces blocages ? Il y a, évidemment, la question budgétaire, avec les services de Bercy qui traquent toute augmentation de la dépense publique. Mais l’instauration d’un Code de la rue « ne mettrait pas vraiment en péril les finances publiques », fulmine Pierre Serne. Pour lui, il s’agit davantage d’un problème politique : confronté à l’impopularité de la réduction de la vitesse à 80 km/h, « le gouvernement se dit qu’il ne faut rien faire qui risque d’énerver un peu plus les automobilistes. Parce qu’ils se disent encore que si on fait quelque chose pour le vélo, c’est forcément vécu comme contre la voiture. » Pour l’élu francilien, cette approche est une erreur, car aujourd’hui « le vélo est devenu, au contraire, un sujet consensuel ».
Les derniers arbitrages sont encore attendus, mais Pierre Serne parle déjà d’un « énorme gâchis ». « Le pire, c’est que pour une fois on y a cru. C’est la première fois que nous travaillions aussi bien avec un ministre [Élisabeth Borne]. Alors, quand tout est défait, on est au-delà de la déception. »
Franck Lemarc


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