Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du mardi 7 mars 2017
Interview

Jean-Patrick Gille : « Notre société a trop tendance à avoir l'image d'une jeunesse qui pose problème »

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© C. Petit Tesson
A la veille de la deuxième Semaine nationale des missions locales (du 9 au 17 mars), le président de l'Union nationale des missions locales, le député d’Indre-et-Loire, Jean-Patrick Gille, appelle les élus locaux à s'investir dans leurs missions locales, dédiées à l'accueil et l'accompagnement des 16/25 ans. Les missions locales et leurs 6 000 lieux d'accueil suivent près d'1,5 million de jeunes, dont 500 000 nouveaux chaque année.

Les missions locales organisent leur deuxième Semaine nationale. De qui cherchent-elles à se faire connaître ?
L'enjeu de cette semaine est de mieux faire connaître et reconnaître le travail des missions locales de leurs partenaires. Les missions locales sont pilotées par les élus locaux sur un bassin de vie et d'emploi. Ils ont plus qu'un droit de regard sur les missions locales pour mener avec elles une politique d'emploi locale. Je le rappelle car certains l'ont peut-être un peu oublié ou tout du moins perdu de vue.

Vous avez choisi comme thème de cette 2e édition, les relations avec le monde économique. Ce sont aussi des relations à consolider ?
Ce sont des relations qui n'ont cessé de se renforcer. Le tournant date de 2005 et du CIVIS (contrat d'insertion dans la vie sociale). Ce dispositif nous a poussés à élargir notre action d'accueil, d'orientation et d'accompagnement du jeune non plus seulement vers l'emploi mais aussi dans l'emploi, donc dans l'entreprise. Nous avons développé ces capacités d'intermédiation avec les emplois d'avenir et maintenant la garantie jeunes. C'est un savoir-faire que nous devons mettre en avant.

Qui sont les jeunes qui fréquentent aujourd'hui les 445 missions locales ?
Notre cœur de cible reste les jeunes les plus en difficulté mais notre public est bien plus vaste. Nous avons une vraie connaissance de la jeunesse. Notre société a trop tendance à avoir l'image d'une jeunesse qui pose problème alors que les jeunes sont notre richesse et que nous devrions nous intéresser à eux comme une chance.

Depuis cette année, les missions locales mettent en place un nouveau parcours contractualisé d'accompagnement vers l'emploi et l'autonomie, dit PACEA. Que change-t-il ?
Ce PACEA est un signe de reconnaissance de l’État qui a accepté de faire confiance aux conseillers des missions locales pour laisser chacun définir l'accompagnement adapté à chaque jeune. Il n'y a plus de profilage ou de case imposée. Le jeune contractualise un accompagnement avec la mission locale mais c'est elle seule qui détermine l'ampleur et l'intensité de cet accompagnement.

Cela se traduit par plus de moyens ?
Un peu plus que ce qu'on avait depuis longtemps. Globalement, les missions locales ont vu leurs moyens doubler ces cinq dernières années. Cela tient beaucoup à l'effet de la Garantie jeunes qui prend en charge une nouvelle forme d'accompagnement, collectif, de 4 à 6 semaines, avant de se poursuivre sur un accompagnement plus individualisé.

Que sait-on de l'impact des emplois d'avenir sur la vie des jeunes ?
Ce dispositif nous a aidés à sortir des jeunes de la précarité, les stabiliser dans l'emploi le temps du contrat, leur donner accès à une formation. Cela fait 25 ans que je m’occupe d’insertion et j'en ai vu des dispositifs, celui-là est, à mon sens, un dispositif qui a fonctionné. Mais il est vrai, et c’est d'autant plus dommage, que l'on dispose de peu de retours sur ses résultats.

Comment mieux s'attaquer aux freins à l'insertion professionnelle ?
Pendant longtemps, notre logique de travail a consisté à d'abord lever les freins qui empêchent les jeunes de travailler, comme le manque de permis de conduire. Depuis dix ans, nous sommes davantage sur la stratégie du « work first »  (travail d'abord), autrement dit mettre les jeunes en situation de travail le plus vite possible, quitte à ce que cette mise en situation soit momentanée et très encadrée. C'est seulement à partir de là que l'on réussit à lever les autres freins. C'est pour cela que nous avons besoin des entreprises. Les élus peuvent là aussi nous aider en faisant passer ce message aux entreprises : « Jouez le jeu avec les missions locales ».
Propos recueillis par Emmanuelle Stroesser


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