Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mardi 12 juillet 2022
Climat

Canicule : le rôle indispensable des maires

La canicule est de retour cette semaine et elle pourrait être durable. À cette occasion, la Première ministre Élisabeth Borne a demandé à l'ensemble des membres du gouvernement d'être pleinement mobilisés et surtout à tous les acteurs sur les territoires d'être prêts à faire face à ce nouvel épisode caniculaire.

Par Lucile Bonnin

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La France va être touchée par un nouvel épisode caniculaire cette semaine avec un pic de température attendu pour ce week-end. Selon Météo France, « on s’attend a minima à une durée de huit à dix jours » . Dès hier, 13 départements ont été placés en alerte jaune : le Morbihan, la Loire-Atlantique, la Vendée, le Gard, l'Ardèche, la Drôme, le Vaucluse, le Tarn, la Haute-Garonne, les Landes, la Gironde, la Charente-Maritime, la Charente. 

Face au retour de la chaleur en France, la Première ministre Elisabeth Borne a adressé une instruction à tous les ministres « pour s’assurer de leur pleine mobilisation. » 

Services de l’État, collectivités territoriales, établissements de santé et médico-sociaux (notamment les établissement d’hébergement pour les personnes âgées dépendantes), entreprises les plus exposées au travail en extérieur, entreprises de transport mais aussi les organisateurs d’évènements sportifs ou culturels notamment en extérieur : le gouvernement insiste sur l’importance, pour tous les acteurs des territoires, de déployer des actions « sur l’ensemble des départements en alerte canicule. » 

Activation du dispositif Orsec

Selon un communiqué de presse de l’Élysée, le gouvernement va veiller à « l’activation du dispositif Orsec « gestion sanitaire des vagues de chaleur »  sur l’ensemble des départements en alerte canicule. 

Pour rappel, au mois de juin de l’année passée, le gouvernement avait publié un Guide d'aide a l'élaboration de la disposition spécifique Orsec gestion sanitaire. Il y est expliqué qu’avec l’activation de ce dispositif, la plupart des mesures d’urgence doivent être mises en œuvre « pour protéger les populations lors de la survenue d’une vague de chaleur »  et « doivent être conduites dans les territoires, au plus près des populations. » 

Concrètement, l’ensemble des acteurs territoriaux (publics, privés ou associatifs) concernés doit être mobilisé sous l’autorité du préfet de département qui coordonne leurs actions. La disposition spécifique « gestion sanitaire des vagues de chaleur »  doit être articulée avec les autres dispositifs de préparation existants, notamment le plan départemental d'alerte et d'urgence au profit des personnes âgées et des personnes en situation de handicap par exemple. 

Le communiqué précise également qu’en plus de l’activation de ce dispositif, des actions de communication seront déployées « pour rappeler les messages de prévention auprès de la population et notamment les personnes fragiles (nourrissons, personnes âgées, personnes en situation de handicap, femmes enceintes) ou des personnes surexposées à la chaleur (personnes sans abri, travailleurs surexposés à la chaleur, sportifs …). » 

Les missions du maire 

La prévention des effets sanitaires des canicules repose donc principalement sur les acteurs locaux, notamment les communes. Dans ce guide qui regroupe les dispositions spécifiques du dispositif Orsec, les missions du maire sont détaillées. Dans l’élaboration de ce plan, le maire joue un grand rôle notamment dans la gestion des mesures à mettre en place. Il doit par exemple « s’assurer du fonctionnement 7 jours sur 7 de son dispositif de réception des alertes en provenance de la préfecture »  ; « localiser les espaces verts, fontaines, points d’eau potable, locaux collectifs et tout autre établissements recevant du public disposant de pièces ou d’espaces climatisés ou rafraichis et pouvant accueillir des personnes vulnérables »  ; « vérifier les modalités de mise en place d’une cellule de veille communale »  ou encore « vérifier l’opérationnalité des dispositions du plan communal de sauvegarde, notamment en ce qui concerne les établissements scolaires… » 

Car il est en effet important de le rappeler, en période de veille saisonnière (du 1er juin au 31 août), le maire a un devoir d’information et de communication (lire Maire info du 13 juin) mais a aussi un devoir de protection des citoyens. Il doit notamment veiller à la mise à disposition d’espaces verts, fontaines, points d’eau potable et de locaux collectifs disposant de pièces climatisées ou rafraichies. 

Les maires sont aussi mobilisés au titre de leur compétence de police générale, qui leur confère une mission de protection de la santé publique et de prévention des risques sanitaires (lire Maire info du 24 juin 2019). À ce titre, ils doivent veiller au bon fonctionnement du réseau d’eau, peuvent reporter ou faire aménager, voire interdire, toute manifestation, notamment sportive, ou grand rassemblement sur leur commune dont ils ont connaissance et ils peuvent exceptionnellement et temporairement aménager les horaires des chantiers, notamment du BTP, sur la voie publique.

Les actions des communes 

Santé publique France a dressé un panorama des pratiques des communes concernant les mesures d’adaptation à la chaleur en ville et la prévention contre la chaleur des scolaires, des sans-abri et des personnes vulnérables (via les registres municipaux de personnes âgées/handicapées volontaires à des fins d’alerte et de protection) sur l’année 2019. Les résultats de cette enquête ont été publiés en juin dernier. 

L’enquête montre, par exemple, que pour la gestion des écoles en période de canicule, « une partie des communes a réalisé des aménagements structurels ou circonstanciels (végétalisation de la cour, isolation, stores…), et une majorité dispose de procédures d’information sur les risques liés à la chaleur et les moyens d’en protéger les enfants (faire boire, mettre à l’ombre…). » 

En ce qui concerne les mesures d’adaptation à la chaleur en ville, les actions des maires oscillent entre mesures ponctuelles (repérage et mise à disposition de lieux frais, arrosage des espaces verts, brumisateurs...) et aménagement urbain (végétalisation, revêtements absorbant peu la chaleur...).

Concernant les registres municipaux de personnes vulnérables permettant en cas de canicule d'appeler les personnes inscrites pour vérifier qu'elles vont bien, les mairies considèrent qu’elles permettent une surveillance socio-sanitaire, l’apport de conseil ou d’assistance, « mais ne ciblent pas les plus vulnérables et manquent de moyens. » 

Enfin l’enquête montre que les mesures mises en place pour les sans-abri sont minces dans ce contexte de canicule. Au niveau communal, « les mesures d’hébergement temporaire l’été ou de mise à disposition d’une cartographie des points d’eau sont peu fréquentes » . Les sans-abri sont davantage pris en charge par des associations mais à l’approche des grandes vacances, les bénévoles se feront de plus en plus rares et les personnes à la rue resteront, elles, à la recherche de fraicheur. Rappelons qu'il y a davantage de morts dans la rue en été qu'au coeur de l'hiver. 

La majorité des communes ayant répondu à cette enquête soulignent néanmoins leur manque de ressources, que ce soit parfois simplement pour passer les appels téléphoniques aux personnes vulnérables pendant les vagues de chaleur, ou de façon assez large pour mettre à l’abri les personnes en cas de besoin (déplacement vers des lieux frais). S’il est évident que les acteurs locaux jouent un rôle déterminant dans la gestion de la canicule, les moyens qui leur sont alloués restent, visiblement, parfois trop faibles. 
 

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