Édition du mardi 2 juin 2026

Finances locales
Dilico : les montants des ponctions et des reversements désormais connus 
Ce sont 178 régions, départements et EPCI qui sont appelés à contribuer à la réduction du déficit public en 2026, les communes ayant été exonérées du Dilico cette année. Un peu plus de 1 900 d'entre elles vont cependant percevoir un reversement, après leur contribution à ce dispositif d'épargne forcée en 2025.

Elle était attendue depuis un certain temps déjà. La liste des collectivités concernées en 2026 par le très décrié « dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales des collectivités » (Dilico) vient d’être publiée par l’État. C’est plus d’un mois et demi plus tard qu’en 2025 (l’an passé, elle avait été divulguée début avril), alors même que les montants de DGF ont été publiés il y a deux mois et que les communes et EPCI devaient voter leur budget avant la fin du mois d’avril.

Reversement pour 1 924 communes

La « bonne nouvelle » d’abord. Chaque commune, intercommunalité, département et région ayant subi, en 2025, un prélèvement au titre du premier Dilico (appelé « Dilico 1 ») peut donc désormais découvrir, comme cela était prévu, les montants qui vont lui être reversés sur le site dédié de la Direction générale des collectivités locales (DGCL). 

Pour rappel, les prélèvements subis par quelque 2 100 collectivités en 2025 vont désormais être reversés par tiers, de 2026 à 2028, à ces collectivités contributrices… après, toutefois, une ponction de 10 % de cette somme afin d’abonder la péréquation. Au total, ce sont donc environ 300 millions d’euros qui vont être prochainement restitués à 1 924 communes, 171 intercommunalités, la moitié des départements et 12 régions.

Dans le détail, ce sont un peu plus de 75 millions d’euros qui vont être reversés cette année aux communes, après le prélèvement de 250 millions d’euros qu’elles avaient subi en 2025. En moyenne, la restitution s’élève à un peu moins de 39 000 euros par commune, Paris touchant sans surprise près du tiers de cette somme (24 millions d’euros) tandis que Châtillon-lès-Sons, dans l’Aisne, et ses quelque 83 habitants se voient attribuer le montant le plus faible, avec 301 euros.

Du côté des mauvaises nouvelles, il y a les nouveaux prélèvements votés dans le budget 2026 et dont l’objectif est toujours de ralentir les dépenses des collectivités. Ce dispositif créé l’an passé avait notamment été qualifié à l’époque d’« erreur stratégique et financière » par l’AMF, celle-ci estimant qu’il allait « aggraver en réalité le déficit de l’État ». « Les projets locaux, déjà largement engagés, nécessiteront le recours à l’emprunt pour compenser les pertes de ressources, ce qui dégradera les comptes publics », assurait l’association.

Cette année, il y a toutefois une différence de taille : les communes ne seront pas ponctionnées au titre du Dilico puisqu’elles en ont été entièrement exonérées grâce à l’intervention des sénateurs. Contrairement à l’an passé, où même de très petites communes avaient dû contribuer au redressement des finances publiques.

141 intercommunalités prélevées

D’un montant total de 740 millions d’euros, la contribution des collectivités en 2026 est ainsi répartie entre les régions (350 millions d’euros), les intercommunalités (250 millions d’euros) et les départements (140 millions d’euros). Par rapport à l’année dernière, la contribution totale des départements a été revue à la baisse et celle des régions à la hausse.

Au total, ce sont donc 178 collectivités et groupements de communes qui sont appelés à contribuer à la réduction du déficit public via ce qui a été nommé le « Dilico 2 » (version 2026 du dispositif). Pour l’essentiel, des intercommunalités puisque 141 EPCI sont ciblés. 

On peut notamment citer le cas emblématique de la métropole d’Aix-Marseille qui va devoir renoncer à 22 millions d’euros, comme l’an passé, alors que la structure de près de 2 millions d'habitants a été mise sous tutelle et impute son déficit budgétaire à une baisse des dotations de l'État.  

S’ils vont aussi se voir restituer quelque 75 millions au titre du Dilico 2025, les EPCI paient globalement un lourd tribut cette année. Le Premier ministre a d’ailleurs reconnu que les dispositions budgétaires adoptées pour 2026 concernant les intercommunalités étaient « dures », celui-ci prônant « une méthode complètement différente pour le budget de l'année prochaine ». « L'effort imposé aux intercommunalités [s’avère] supérieur à la moitié de l'ensemble des ponctions sur les collectivités, soit plus du double de leur part dans les dépenses locales », avaient pourtant prévenu en début d’année Intercommunalités de France et France urbaine, dans une lettre ouverte adressée à Sébastien Lecornu. 

Régions et départements

Du côté des 12 régions situées dans l’Hexagone (la Corse et les Outre-mer n’étant pas concernées), elles vont devoir elles aussi se soumettre une nouvelle fois à la deuxième édition du Dilico, l’Île-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes étant sans surprise les plus ponctionnées avec un prélèvement respectif d’environ 66 et 44 millions d’euros. À titre de comparaison, elles recevront respectivement près de 16 et 10,5 millions d’euros dans le cadre du « Dilico 1 » (version 2025), en attendant les deux autres attributions prévues en 2027 et 2028. En tout, les régions se verront réaffecter autour de 84 millions d’euros.

Du côté des départements, ils seront 25 cette année à devoir également s’y plier. Si Paris, une partie des départements franciliens et la collectivité européenne d’Alsace sont les plus impactés (entre 12 et 19 millions d'euros), c’est l’Indre qui sera le moins touché avec à peine plus de 70 000 euros de ponction. En parallèle, on peut noter que la cinquantaine de départements qui avaient été prélevés l’an passé vont recevoir des reversements au titre du « Dilico 1 » pour environ 65 millions d’euros : Paris percevra ainsi plus de 6 millions d’euros, quand les Hautes-Alpes auront droit à tout juste 15 000 euros.

On peut, par ailleurs, rappeler qu’un décret publié au début du mois a défini précisément les recettes réelles de fonctionnement des EPCI et des départements utilisées pour la répartition de ce dispositif d’épargne forcée. Pour rappel, le budget pour 2026 prévoit que ces ressources soient celles de l’année 2023 pour 2026. Soit les mêmes que l’an passé pour la première version du Dilico. 

Dans ce document, l'exécutif a également précisé plusieurs autres mesures qui concernent les collectivités pour l'année 2026, notamment la « prime régalienne » attribuée aux maires, la dotation particulière, mais aussi les critères de versement du FCTVA.

Consulter les montants du Dilico pour 2026.




Ecole
Lutte contre les violences en milieu scolaire : une proposition de loi adoptée à l'Assemblée nationale
Les députés ont adopté hier soir à l'unanimité la proposition de loi visant à protéger les enfants et à lutter contre les violences en milieu scolaire portée par la députée macroniste Violette Spillebout. Liste noire, contrôle d'honorabilité, information des responsables d'accueils de loisirs : plusieurs mesures introduites par amendements concernent directement les collectivités.

Après le scandale Bétharram et le choc des révélations mises au jour notamment par une commission parlementaire sur les violences en milieu scolaire menée il y a un an par les députés Paul Vannier (LFI) et Violette Spillebout (Ensemble pour la République), un texte a finalement été adopté hier au Palais Bourbon pour « protéger les enfants et lutter contre les violences en milieu scolaire ». 

Le rapport de la commission d’enquête pointait alors des violences « largement occultées » « dans tous les types d'établissements scolaires » avec face à elles un « État défaillant » pour les contrôler, les prévenir et les traiter. Pour rendre effectives les principales recommandations émises dans ce rapport, la députée Violette Spillebout a déposé en avril dernier une proposition de loi. Le texte a été adopté par les 187 députés présents hier lors de la séance publique. 

Comme le souligne l'AFP, les députés ne disposaient que de peu de temps pour examiner le texte, le groupe de Gabriel Attal ayant refusé de soutenir une proposition de loi cosignée avec un député insoumis. Ce soutien aurait pourtant permis son inscription dans le cadre du temps transpartisan, offrant ainsi un temps d'examen plus long.

Au total, 32 amendements ont été adoptés dont plusieurs concernent directement les collectivités, notamment le recrutement des personnels dans les écoles, les services périscolaires et les accueils de loisirs.

Des mesures symboliques et préventives fortes 

L’article 1er de la proposition de loi prévoit la « reconnaissance par la Nation de la gravité des violences commises sur des enfants en milieu scolaire et périscolaire » et celle de la responsabilité de l’État. Un amendement adopté et présenté par le gouvernement clarifie cependant les choses : « La responsabilité première des violences commises sur des mineurs incombe à leurs auteurs » et « il appartient ensuite aux établissements scolaires de prévenir ces violences, sous le contrôle de la puissance publique, qui doit s'assurer que des mesures concrètes sont bien mises en place ». Ce même article prévoit la création d’une journée nationale consacrée à ce sujet, le 19 novembre. 

Le texte vise aussi à renforcer globalement les obligations des établissements scolaires et les contrôles de l'État. L’article 4 propose par exemple un renforcement de la formation des personnels et la sensibilisation des élèves sur le sujet des violences. La prévention des violences deviendrait obligatoire, notamment dans le privé sous contrat, avec des obligations de formation et des contrôles renforcés.

Enfin, alors que plusieurs associations réclamaient un dispositif d’indemnisation dédié aux victimes de violences scolaires, les députés ont retenu la position du gouvernement avec l’adoption d’un amendement qui acte la non-création immédiate d'un fonds, mais une étude préalable sur sa faisabilité.

Contrôle d’honorabilité et liste noire

Un amendement gouvernemental très important pour les collectivités a été adopté hier. Si l’article 5 du texte posait déjà un principe de contrôle de l’honorabilité et la possibilité d’écarter certains intervenants via des fichiers et vérifications administratives, l’amendement gouvernemental permet d’écarter une personne même sans condamnation ni sanction, dès lors qu’il existe des « raisons très sérieuses de penser » qu’elle présente un risque pour les mineurs.

De même, avec l’adoption de cet amendement, il est proposé de créer une liste noire des personnes révoquées empêchant tout retour dans l’Éducation nationale, aussi bien dans le secteur public que privé. Avec cet amendement, le texte prévoit aussi la création d'une mesure administrative permettant d'écarter préventivement une personne jugée dangereuse pour les mineurs, même sans condamnation définitive. Le gouvernement veut mettre fin au cloisonnement entre l'Éducation nationale, le sport et l'animation en actant le fait qu’une exclusion dans un champ (Éducation nationale, jeunesse, sport) vaut interdiction dans les autres.

Un sous-amendement a été adopté afin de fixer une fréquence minimale de contrôle d'honorabilité tous les trois ans au lieu de la formule plus vague « à intervalles réguliers » dans le scolaire et le périscolaire. Un autre sous-amendement prévoit que lorsqu'un intervenant périscolaire fait l'objet d'un signalement dans les fichiers judiciaires concernés, l'information devra être transmise non seulement au chef d'établissement mais aussi au responsable de la structure d'accueil collectif de mineurs.

Enfin à l’article 6 – qui prévoit l’amélioration du suivi des sanctions disciplinaires pour violences, avec une meilleure information des parents, du rectorat et du préfet – un amendement a été introduit « pour s'assurer que les informations transmises comprennent les sanctions prononcées à l'encontre de l'ensemble des membres du personnel exerçant dans le périscolaire, qu'ils aient ou pas la qualité d'agents publics. » Après l’adoption d’un autre amendement, le texte propose aussi l’allongement de 10 à 20 ans du délai prévu avant qu'un agent sanctionné pour des violences sur des enfants puisse demander l'effacement de certaines sanctions disciplinaires de son dossier. 

Rappelons que le gouvernement a présenté la semaine dernière un projet de loi relatif à la protection des enfants (lire Maire info du 28 mai) qui vise notamment à empêcher toute personne ayant des antécédents ou comportements incompatibles avec la protection des mineurs d'exercer au sein des établissements scolaires et périscolaires. L’important amendement proposé par le gouvernement et adopté hier s'inscrit dans la continuité de ce projet de loi et reprend des mesures identiques comme la fameuse « liste noire ». 

De son côté, la commission Education de l’AMF, réunie le 29 mai dernier, a rappelé que l’association plaide depuis de nombreuses années pour que les communes disposent des bonnes informations concernant le traitement des violences faites aux enfants sur les différents temps d’accueil collectif (contrôle de l’honorabilité, gestion des signalements, mesures conservatoires, information des familles…). Les quatre projets de textes concomitants aux contours proches (projet de loi relatif à la protection de l’enfance, projet de loi confortant la lutte contre le séparatisme et l’entrisme, proposition de loi de la députée Violette Spillebout, proposition de loi du sénateur Hervé Maurey) mériteraient toutefois d’être articulés.

Sujet sensible de l’enseignement privé sous contrat 

Le texte a été adopté hier à l’unanimité par les députés mais au prix de certains compromis. Des garde-fous ont été inscrits dans le texte pour s’assurer que l’enseignement privé sous contrat soit davantage contrôlé par l’État (article 7) avec des contrôles plus stricts, des sanctions mieux encadrées, des conditions de fermeture clarifiées et une meilleure transparence des contrats, mais aussi la création à l’article 8 d’un conseil académique de l’enseignement privé afin de mieux associer les acteurs de l’éducation et améliorer la transparence et le suivi des décisions. 

Cependant, alors que le texte initial prévoyait une obligation pour les ministres du culte de signaler les violences sur mineurs, même dans le cadre d'informations apprises en confession, la Droite républicaine et le Rassemblement national ont fait bloc. « Cela remet en cause le secret de la confession du culte catholique », peut-on lire dans l’exposé des motifs de l’amendement de suppression finalement adopté. Pour mémoire, d’après la Cour des comptes, environ 96 % des élèves du privé sous contrat sont dans l’enseignement catholique.

Afin de trouver un compromis, les députés de la gauche se sont abstenus sur ce point à l’instar du député LFI Paul Vannier, co-auteur de la proposition de loi, qui a expliqué à l’AFP « avoir accepté à ces conditions-là de s’abstenir pour permettre l’application de dispositions utiles dès la rentrée prochaine ». Mais ce « compromis » n’est-il pas plutôt un « sacrifice » ? Dans une interview accordée à LCP quelques heures avant l’examen du texte, Violette Spillebout défendait pourtant avec ferveur l’importance de cette mesure : « Nous ne voulons pas lever le secret de la confession, nous voulons que les ministres du culte entrent dans le droit commun pour ce qui est de la dénonciation de crimes commis sur des mineurs, a expliqué la députée macroniste. « Ce sont les règles laïques de la République française », « certes, il y a un secret dans le cadre religieux, mais nous estimons que dans le cas de crimes sur mineurs, il faut pouvoir dénoncer ».

Le texte devrait désormais être examiné au Sénat prochainement puisque le gouvernement a engagé une procédure accélérée. Il apparaît cependant peu probable que les sénateurs, majoritairement à droite, réintroduisent cette obligation pour les ministres du culte. 




Délinquance
Stratégie nationale de prévention de la délinquance : le ministre de l'Intérieur souligne « le rôle central » des maires
Le ministère de l'Intérieur vient de publier dans son Bulletin officiel une circulaire « relative à la mise en œuvre de la stratégie nationale de prévention de la délinquance ». Adressé aux préfets, ce texte décline les orientations annoncées fin avril par le ministère et insiste sur « le rôle pivot du maire ». 

La nouvelle Stratégie nationale de prévention de la délinquance (SNPD) pour la période 2026-2030 a été présentée fin avril (lire Maire info du 28 avril). Elle a été élaborée pour répondre, notamment, au phénomène de progression de la violence, en particulier liée au narcotrafic, et à la nécessité de protéger les mineurs face à celle-ci. Une cinquantaine de mesures a été présentée, orientées autour de trois axes : mieux adapter la réponse aux nouvelles formes de délinquance ; garantir un continuum de prévention de l'enfance à l'âge adulte et mieux coordonner et mieux outiller la politique de prévention. 

Phénomènes « nouveaux »

Au même moment, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a signé une circulaire aux préfets pour leur présenter cette nouvelle stratégie et ses implications opérationnelles. La circulaire, bien que datant d’un mois, vient seulement d’être publiée au Bulletin officiel du ministère de l’Intérieur.

Le ministre insiste, une nouvelle fois, sur le caractère « collectif » de la prévention contre la délinquance, qui implique « l’État, les collectivités, le monde associatif et les familles ». L’actualisation de la précédente SNPD, poursuit le ministre, a été faite après « des concertations locales » impliquant chacun de ces acteurs, afin d’appréhender « des faits nouveaux ou ayant pris de l’ampleur ces dernières années : « Phénomènes de cyber-délinquance, rajeunissement des publics concernés, recours aux armes blanches, développement des trafics de stupéfiants ». 

Il est exigé des préfets qu’ils « veillent à la mise en œuvre opérationnelle » de cette stratégie et qu’ils la diffusent largement notamment auprès des élus, en insistant sur deux points : « la territorialisation des actions », qui doivent être « adaptées aux spécificités locales et aux besoins des territoires » ; et « la souplesse et la flexibilité laissée aux acteurs locaux, confortant ainsi le rôle des maires comme acteurs centraux de la prévention ». 

« Déclinaison territoriale »

Les préfets sont appelés à s’appuyer sur « un diagnostic territorial partagé de la délinquance » et à identifier « des priorités départementales » après avoir réuni le CDPD (Conseil départemental de prévention de la délinquance). Au-delà des spécificités locales, les préfets devront mettre l’accent sur les évolutions récentes des phénomènes de délinquance, en particulier « l’entrée précoce » des mineurs dans le narcotrafic, la prévention du port des armes blanches en milieu scolaire, la prévention des violences numériques et de la haine en ligne, les violences sexistes et sexuelles…

La circulaire insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de « s’appuyer pleinement sur les maires » et les CL(i)SPD (Conseils locaux et intercommunaux de sécurité et de prévention de la délinquance). Il est demandé d’encourager les maires à « désigner des coordonnateurs dédiés » et à mettre en place « des groupes de travail territoriaux ou thématiques ».

Le ministre demande également de faire connaître aux maires la nouvelle Académie numérique de la prévention. Il s’agit d’une plateforme en ligne qui devrait être accessible à partir de ce mois de juin (c’est la mesure n° 48 de la nouvelle SNPD). Concrètement, ce site « vise à créer une culture commune entre les différents acteurs » et à remplir, peut-on lire dans un dossier de presse du ministère, « un triple objectif » : informer les acteurs de la prévention via un centre de ressources en ligne, synthétisant les politiques publiques, les acteurs, les structures, valorisant les outils et les bonnes pratiques… Deuxièmement, le site offrira des actions de formation en ligne (webinaires, supports…) ; et troisièmement, il permettra de développer la recherche et l’évaluation afin de « mieux appréhender les phénomènes nouveaux ».

On peut supposer que dès l’ouverture de cette « académie numérique », le ministère communiquera pour la faire connaître.

Crédits en baisse

Les maires ne pourront que se féliciter de la volonté ministérielle de les associer en amont dans la politique de prévention de la délinquance… mais la circulaire, en revanche, ne dit pas un mot de la question des moyens. Comme l’avait souligné France urbaine fin avril, les intentions du gouvernement ne semblent pas assorties de moyens à la hauteur, puisque le FIPD (Fonds interministériel de prévention de la délinquance) voit ses crédits fondre comme neige au soleil : alors qu’il était d’un peu plus de 62 millions d’euros en 2024, il passe en 2026 – restrictions budgétaires oblige – à 46 millions d’euros, soit 25 % de baisse en deux ans. Ces coupes dans les crédits « fragilisent les projets portés par les acteurs locaux », soulignait France urbaine, qui demandait que la nouvelle stratégie soit assortie « de moyens à la hauteur, inscrits dans la durée afin de soutenir les actions structurantes ». 




Développement économique
Choose France : l'arbre qui cache la forêt ?
La 9e édition du sommet Choose France s'est tenue hier à Versailles et a été, selon les mots du chef de l'État, celle de tous les records, avec 93 milliards d'euros d'investissements promis. Mais il n'est pas sûr que ces investissements suffisent à tarir l'hémorragie d'emplois industriels.

C’est un Emmanuel Macron particulièrement satisfait qui a présidé, au château de Versailles, la 9e – et dernière de son mandat – édition du sommet Choose France, où sont officialisées, chaque année, les annonces d’investissements étrangers dans l’économie française. Ce sommet n’est évidemment que la partie émergée de l’iceberg : pendant toute l’année, des discussions préparatoires ont lieu, souvent pilotées au plus haut sommet de l’État, pour aboutir aux annonces faites à Versailles. 

« Environnement favorable aux entreprises »

Et il est clair que d’année en année, ce sommet donne des résultats de plus en plus spectaculaires : la première édition, en 2018, avait permis 11 annonces représentant 2,1 milliards d’euros d’investissements étrangers, la deuxième, 10 annonces et 607 millions. Hier, ce sont 71 annonces et 93 milliards d’euros d’investissements qui ont été officialisés, soit des sommes cent fois supérieures à celles de 2019. 

Pour Emmanuel Macron, ce sommet et son succès est une tribune, lui permettant de démontrer que les réformes « business friendly » menées depuis son arrivée au pouvoir ont porté leurs fruits : réforme du Code du travail, des retraites, de la fiscalité des entreprises, simplification, dématérialisation… Dans son discours d’ouverture (prononcé en grande partie en anglais), hier, il a fait la part belle aux réformes de ses gouvernements successifs pour expliquer le succès de cette nouvelle édition, qui ramènera à elle seule plus d’investissements que les huit précédentes. Une façon, pour le chef de l’État, de marquer la fin de son mandat par un succès. Ces investissements « sont le fruit des réformes, de la constance, d’un écosystème qu’on a su bâtir. (…) Nous avons su construire un environnement favorable aux entreprises, (avec) des réformes sur la réglementation du travail, (…) la fiscalité sur les plus-values », s’est félicité le chef de l’État. Et d’ajouter : « Auparavant, on me parlait du manque de flexibilité, etc. (Cette année,) personne n’a évoqué la réglementation du droit du travail en France. »

Par ailleurs, Emmanuel Macron a évoqué son action pour « simplifier », « réduire ce qui est trop complexe dans notre réglementation actuelle », « rationaliser », « accélérer les projets ». Il a – évidemment – évoqué « la stratégie Notre-Dame » : « Nous sommes parvenus à restaurer et à rouvrir Notre-Dame en cinq ans. C'est ce que nous faisons également dans les projets industriels. » 

IA et centres de données

Parmi les projets d’investissement annoncés hier, beaucoup concernent l’intelligence artificielle (IA) et les centres de données (data centers). On comprend mieux, au vu de ces annonces, l’empressement du gouvernement à avoir fait adopter, cette année, plusieurs textes législatifs sur ces sujets : l’adoption de ces mesures était très probablement une condition pour que certains investisseurs étrangers confirment leurs projets. Possibilité élargie de faire des projets de data centers des projets « d’intérêt national majeur », assouplissement des procédures d’autorisation, dérogations aux règles du ZAN et de protection de l’environnement, suppression d’une partie du débat public… Toutes ces mesures ont en effet nettement assoupli la réglementation et simplifié les procédures – quitte à provoquer une forte inquiétude du côté des défenseurs de l’environnement. 

Résultat : la part des investissements sur l’IA et les data centers explose dans cette édition de Choose France, avec notamment un projet majeur porté par le groupe bancaire japonais SoftBank, qui pourrait s’élever in fine à 75 milliards d’euros, avec trois centres de données géants qui devraient voir le jour dans les Hauts-de-France (900 emplois). La création de plusieurs centres de calcul pour l’IA a été annoncée hier, issus des entreprises Brookfield (Canada), MGX (Émirats arabes unis), Nebius (Pays-Bas). D’autres géants de l’informatique, comme Oracle, SAP, HPE, vont investir plusieurs centaines de millions d’euros pour créer des « hubs stratégiques » et autres « centres d’innovation en IA ». 

Ces projets représentent, en investissement, la majeure partie des sommes annoncées hier. Mais il faut noter que l’on ne peut pas réellement parler, dans ce cas, de projets « industriels » : les emplois créés, en dehors de la période de construction, sont la plupart du temps « hautement qualifiés ». 

Les projets purement industriels sont plus modestes, à quelques exceptions près : les emplois créés, en général, se comptent en dizaines (40 emplois pour Braun Medical (médicaments), une trentaine pour Symrise (parfums), « 15 à 18 » pour Terramar (protéines animales transformées). Une exception de taille avec les projets de l’américain Ecolab, qui produit « du fer vert » et des panneaux photovoltaïques, et dont les projets, selon le dossier de presse du gouvernement, devraient permettre la création d’« environ 2 500 emplois qualifiés ». 

On notera toutefois que la majorité des projets listés dans le dossier de presse ne mentionne pas de nombre d’emplois créés. Beaucoup d’entre eux sont, en réalité, des investissements supplémentaires dans des infrastructures déjà existantes, qui ne créeront pas d’emplois supplémentaires. 

Le chiffre global annoncé par le gouvernement est de 15 600 emplois créés pour cette édition de Choose France. Mais sans que l’on puisse savoir si ce chiffre ne concerne que les emplois pérennes, une fois les entreprises créées, ou inclut les emplois liés à la construction des sites.

D’autres secteurs en pleine débâcle

Mais même s’il s’agit bien de 15 600 emplois pérennes, ce qui est toujours bon à prendre, il faut comparer ce chiffre aux sombres prévisions des syndicats qui estiment, à ce jour, que plus de 550 plans de suppression d’emplois ou de fermetures d’usines sont en cours, et qu’ils pourraient priver de leur emploi jusqu’à 300 000 travailleurs. 

C’est le premier revers de la médaille « Choose France » : les annonces un peu triomphalistes du chef de l’État ne parviennent pas à cacher que, au-delà des projets de data centers ultramodernes et de « centres d’innovation en IA », il y a en France de nombreux secteurs industriels en danger : automobile, métallurgie, textile, agroalimentaire, papeterie, verrerie, sont autant de secteurs qui représentent encore des centaines de milliers d’emplois industriels dans le pays et sont aujourd’hui menacés de disparaître. Stellantis va fermer son usine de Douvrin, dans le Nord, et sans doute celle de Poissy, dans les Yvelines, entraînant avec elles la fin de nombreuses usines d’équipementiers (Lear, MCSynchro, Forvia…), qui travaillent exclusivement pour elles. La seule fermeture de l’usine de Poissy entraînerait sans doute plus de destructions d’emplois que l’ensemble des annonces « Choose France » 2026 prévoit d’en créer. 

Et Stellantis n’est évidemment pas la seule entreprise à envisager des fermetures d’usines : ces derniers mois, des groupes comme Michelin, Arc international, Schneider Electric, Brandt, Nestlé, Teissère, et bien d’autres, ont annoncé de lourdes restructurations. 

Plusieurs des entreprises qui ont annoncé hier leur intention d’ouvrir des sites en France prévoient de le faire sur des friches industrielles laissées par des usines fermées. Mais les chiffres sont sans appel : les effectifs ne seront pas les mêmes. Un exemple parmi bien d’autres : l’exploitant de « Cloud IA » Nebius va ouvrir un centre de données sur l’ancienne friche industrielle du fabricant de pneus Bridgestone, fermé en 2020. « À terme, le site générera environ 120 emplois », annonce le gouvernement. L’usine Bridgestone en employait 824. 

Sans compter que, on l’a dit, la plupart des projets annoncés créeront des emplois « hautement qualifiés », ce qui laisse intact le problème de la reconversion de dizaines de milliers d’ouvriers qui se sentent, très probablement, peu concernés par la création de « hubs stratégiques » sur l’intelligence artificielle. 

Questions environnementales

Enfin, il faut noter les inquiétudes des défenseurs de l’environnement face à la création des méga-centres de données qui, apparemment, vont se développer un peu partout sur le territoire. Dans ces structures, la question de la ressource en eau – dont elles sont extrêmement consommatrices – va être un sujet majeur, tout comme celle du partage de l’eau avec d’autres usages, en particulier agricole. Agriculteurs et défenseurs de l’environnement s’inquiètent également de la production de chaleur produite par ces centres de données, qui est susceptible de modifier les conditions agro-climatiques dans leur périmètre et de profondément modifier la biodiversité. 

Si les annonces faites hier sont autant de bonnes nouvelles, elles ont aussi, indiscutablement, leur revers, et seront loin de suffire à résoudre le problème de la désindustrialisation du pays. Le sourire affiché par le chef de l’État, hier, illustrait peut-être plus que jamais le décalage entre la « start-up nation » chère au cœur du président et le pays réel. 




Transports
Contrat SNCF Réseau et État : « augmentation massive » des investissements ferroviaires d'ici 2033
Le projet de contrat de performance 2024-2033 entre l'Etat et SNCF Réseau prévoit une « augmentation massive » des investissements dans les infrastructures ferroviaires vieillissantes, a indiqué le ministère des Transports lundi.

Le texte, qui a mis plusieurs années à être élaboré, est mis en consultation à partir de lundi auprès des entreprises de transport ferroviaire et des autorités organisatrices de transport. Il sera ensuite transmis au parlement « en vue d'une signature à l'automne », a indiqué le cabinet du ministère lundi.

Comme prévu depuis la conférence de consensus Ambition France Transports réunie par le gouvernement en 2025, le texte prévoit d'augmenter de 50 % les investissements annuels en faveur de la régénération et de la modernisation du réseau ferroviaire.

Il prévoit d'ajouter 1,5 milliard d'euros chaque année aux 3 milliards actuels, à compter de 2028 pour réparer les voies, les caténaires, moderniser la signalisation ferroviaire et ainsi stopper le vieillissement des infrastructures.

Le but est d'adapter les infrastructures aux dégâts causés par le changement climatique – glissements de terrain lors d'inondations, élongations de caténaires lors de canicules –, et de moderniser la signalisation pour permettre le passage de plus de trains.

Les prévisions officielles tablent sur une augmentation du trafic ferroviaire de 25 % entre 2024 et 2033 en France, ce qui équivaut à faire circuler près de 800 000 TGV, TER et trains de fret supplémentaires en 2033 par rapport à 2024.

Déjà depuis 2019, le trafic grande vitesse a augmenté de 20 % et celui des TER de 40 %.

Un effort « sans précédent »

Sur le milliard et demi, 500 millions proviendront du « fonds de concours », c'est-à-dire directement des bénéfices réalisés par la SNCF elle-même. Pour le milliard restant, le contrat prévoit plusieurs pistes, les certificats d'économie d'énergie (CEE), des fonds européens, et l'appel à des investisseurs privés, notamment pour l'installation des nouveaux systèmes de signalisation ferroviaire européens ERTMS.

Après 2032, le financement des travaux sur le réseau ferroviaire viendra aussi des redevances autoroutières, comme le prévoit la loi-cadre sur les transports déjà adoptée par le Sénat, que le ministère des Transports aimerait faire voter à l'Assemblée avant l'été. L'effort est « sans précédent », souligne le ministère, d'autant que l'Etat « a décidé d'indexer le montant » du budget sur l'inflation. C'est-à-dire que l'effort de rénovation des voies « ne va pas s'étioler dans le temps ».

A titre d'exemple, le contrat prévoit de « rénover 1 000 kilomètres de voies chaque année contre 750 kilomètres actuellement », d'augmenter de 25 % la régénération des caténaires, à 330 kilomètres par an au lieu de 250 kilomètres actuellement. Fait nouveau, le contrat prévoit aussi beaucoup plus d'indicateurs de performance et de suivi de la part de SNCF Réseau que le précédent, 44 contre 33 auparavant dont les résultats seront publiés sur le site de SNCF Réseau. SNCF Réseau doit notamment s'engager à faire réduire sa dette tout en poursuivant les travaux, en échange du financement de l'Etat.

Sur les deux lignes Intercités (non TGV) sinistrées que sont Paris-Orleans-Limoges-Toulouse et Paris-Clermont, où l'Etat a investi « plus d'un milliard d'euros » sur le contrat de plan 2018-27, la « poursuite de l'effort » est prévue, a indiqué le ministère, mais d'intensité moindre.

Pour la seule ligne Paris-Clermont, le ministre des Transports, en déplacement à Clermont Ferrand récemment, a pris l'engagement « de nouveaux investissements à hauteur de 450 millions d'euros » pour régénérer le réseau entre 2028 et 2031, selon le communiqué du ministère diffusé le 22 mai.






Journal Officiel du mardi 2 juin 2026

Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
Arrêté du 20 mai 2026 modifiant l'arrêté du 9 août 2024 fixant les mesures financières relatives à la fièvre catarrhale ovine
Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
Arrêté du 22 mai 2026 qualifiant le niveau de risque en matière d'influenza aviaire hautement pathogène

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