| Édition du lundi 23 mars 2026 |
Elections municipales
Les premiers enseignements du second tour des municipales
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Le deuxième tour des municipales n'a pas bouleversé les grands équilibres du précédent scrutin : la droite n'a remporté que peu de grandes villes mais confirme son ancrage dans les villes moyennes, où le RN réalise également une percée. À gauche, la stratégie d'alliance entre PS et LFI n'a majoritairement pas convaincu les électeurs, tandis que les écologistes ont perdu plusieurs grandes villes.
Rarement soirée électorale s’est déroulée dans une telle ambiance de « tout le monde a gagné » : au fil de la soirée, les ténors des principales formations politiques se sont succédé pour dire leur satisfaction après la « victoire » : RN, LFI, macronistes, PS et LR ont tous joué cette partition – seuls les écologistes ne pouvant pas se le permettre.
Chacun a en effet des motifs de satisfaction – mais également, ce qui a été nettement moins mis en avant, de lourde déception.
Le RN s’implante dans les villes moyennes
L’un des enjeux de ce scrutin était de savoir si le Rassemblement national allait réussir son implantation locale. Après un premier tour où la quasi-totalité des maires RN a été réélue dès le premier tour, à l’exception de Villers-Cotterêts où la candidate RN a finalement été battue hier, le parti d’extrême droite a échoué à gagner plusieurs des grandes villes qu’il visait mais a, en revanche, gagné de nombreuses villes moyennes.
Au chapitre des grandes villes, seule Nice est tombée dans l’escarcelle de l’extrême droite avec la large victoire d’Éric Ciotti, allié du RN. Alors que le parti espérait gagner hier Marseille, Nîmes et Toulon, il a échoué dans les trois cas, avec néanmoins des scores extrêmement élevés : 40,3 % à Marseille, où le RN a réussi à presque totalement effacer Les Républicains (Martine Vassal a à peine dépassé les 5 %) ; 37,52 % à Nîmes ; et 47,6 % à Toulon. Le résultat à Nîmes et Marseille alimentera certainement le débat à venir sur « l’union des droites », dans la mesure où c’est, à Nîmes du moins, le maintien des Républicains au second tour qui a permis à la gauche de l’emporter.
Mais derrière cet échec dans les grandes villes se cache un autre résultat : le parti de Jordan Bardella l’emporte dans de nombreuses villes moyennes, dont Vierzon, Montargis, Saint-Avold, La Flèche, Liévin, Castres, Adge, Menton, La Seyne-sur-Mer, Tarascon, Carcassonne… Il est trop tôt pour donner le nombre exact de communes gagnées par le RN à l’issue des tours, mais ce chiffre dépassera assurément les 60.
LR prend plusieurs grandes villes à la gauche
Du côté des Républicains, Bruno Retailleau s’est félicité hier soir de l’ancrage du parti dans les villes moyennes et d’avoir pris quelques bastions à la gauche. Déjà au soir du premier tour, Les Républicains revendiquaient d’être en tête dans plus de la moitié des villes de plus de 9 000 habitants. Hier, ils ont de plus ajouté à leur escarcelle des villes qui étaient à gauche depuis des décennies, les plus emblématiques étant Clermont-Ferrand (socialiste depuis plus d’un siècle) et Brest. LR revendique également une part de la victoire de Jean-Luc Moudenc à Toulouse et de Thomas Cazenave à Bordeaux, dans la mesure où le parti soutenait ces candidats. Le parti de Bruno Retailleau a également ravi à la gauche les villes de Besançon, Tulle, et Cherbourg, et confirmé son implantation dans une ex-citadelle de la gauche, Limoges, que celle-ci espérait bien reprendre. .
En revanche, il a échoué à prendre Nantes – ce qui aurait été un coup de tonnerre, mais où son candidat a réalisé un score historiquement haut de presque 48 % –, Lyon et surtout Paris. Dans cette dernière ville, la défaite a été particulièrement sévère pour Rachida Dati, battue avec presque dix points d’écart. À Lyon en revanche, Jean-Michel Aulas n’a été battu que de justesse (49,33 % des suffrages) par Grégory Doucet. Mais même si l’information est assez largement passée sous les radars, la droite a en revanche pris à la gauche la Métropole de Lyon, ce qui va très largement réduire les marges de manœuvre du maire écologiste de la capitale des Gaules.
Malgré ce bilan contrasté, LR peut revendiquer, comme l’a fait son président hier, d’être le parti qui a remporté « le plus grand nombre de voix et d’élus » et qui représente « la principale force politique locale en France ».
LFI victorieuse dans plusieurs grandes villes très populaires
Quant à La France insoumise, elle a ajouté une autre grande ville à Saint-Denis, déjà remportée au premier tour : c’est celle de Roubaix, gagnée hier par David Guiraud avec plus de 53 % des voix, malgré une quadrangulaire. D’autres villes de plus de 50 000 habitants ou approchant ce chiffre ont été remportées par les Insoumis, dont Le Tampon, à la Réunion, Vénissieux (avec seulement 25 voix d’avance), Vaulx-en-Velin, La Courneuve. LFI a également ravi au PS l’un de ses fiefs historiques dans l’Oise, Creil.
« La France insoumise fait une entrée fracassante dans les conseils municipaux », se félicitait hier soir Manuel Bompard. Mais le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a aussi connu des déceptions, notamment à Toulouse où il avait pris la tête d’une coalition avec le PS, et à Lille contre le PS cette fois. Il apparaît clairement que les villes conquises par LFI ont un profil sociologique assez similaire : ce sont des villes très populaires, voire pauvres, où le taux d’immigration est important et où les positions de LFI notamment sur le conflit israélo-palestinien ont semble-t-il été appréciées.
PS : des alliances avec LFI qui ont échoué, mais pas partout
Quant au Parti socialiste, il peut se féliciter d’avoir conforté sa place à la tête des grandes villes : sept des dix plus grandes villes du pays ont été remportées hier par ce parti et, dans certains cas, ses alliés écologistes ou communistes (Paris, Marseille, Lyon, Nantes, Montpellier, Strasbourg et Lille). Les choses sont toutefois un peu plus compliquées, lorsque l’on y regarde de plus près, puisque qu’à Strasbourg par exemple, la candidate Catherine Trautman s’était vue retirer l’investiture du PS après avoir fusionné avec la liste Horizons.
La gauche a également remporté les villes du Mans, de Nancy, de Villeurbanne, d’Amiens, de Rouen et de Rennes.
Mais ce qui ressortira essentiellement de ce deuxième tour, pour la gauche, est le relatif échec des alliances entre le PS et LFI, décidées en catastrophe au lendemain du premier tour. À Toulouse, Clermont-Ferrand, Poitiers, Limoges, Avignon, ces listes d’union ont été battues, parfois assez largement. Il faudra attendre une analyse plus fine des suffrages pour savoir si c’est le résultat d’un refus de l’électorat socialiste de voter pour LFI ou d’une mobilisation massive de la droite pour « barrer la route » aux candidats insoumis – ou les deux.
Les victoires à Lille, Paris, Montpellier et Marseille, où le PS avait refusé toute alliance avec LFI, confortent au PS les tenants d’une ligne de rupture franche avec les Insoumis : ainsi, ce matin, Boris Vallaud déclare : « LFI nous a fait perdre. Il n’y a plus de place pour l’ambiguïté stratégique. » Mais ce n’est qu’une lecture partielle : il faut aussi signaler que dans plusieurs villes où des « accords techniques » avaient été conclus entre le PS et LFI, la victoire a été au rendez-vous, notamment à Nantes, à Lyon, à Tours et Grenoble.
Le relatif échec du camp présidentiel
Les écologistes et les macronistes sont probablement les deux forces politiques qui ont le moins réussi cette séquence électorale.
Les premiers ont perdu plusieurs des grandes villes qu’ils avaient gagnées en 2020, dont Bordeaux, Strasbourg, Poitiers et Besançon. Les seconds ne peuvent revendiquer que quelques grandes villes, la plupart grâce à des candidats du parti d’Édouard Philippe, Horizons, qui prend de plus en plus ses distances avec le chef de l’État : Le Havre, Angers, et Reims sont dans ce cas. À Bordeaux et Annecy, en revanche, ce sont de purs produits du parti Renaissance – Thomas Cazenave et Antoine Armand – qui l’ont emporté, en bénéficiant du soutien des LR.
La défaite cinglante de Rachida Dati à Paris, celle de Christian Estrosi à Nice ou, surtout, de François Bayrou à Pau, apparaissent à l’inverse comme des camouflets pour le parti présidentiel et ses alliés.
Ce deuxième tour, comme Maire info l'a montré vendredi, était marqué par un important éclatement des listes – il y avait plus de triangulaires que de scrutins avec deux listes en lice, et pas moins de 166 quadrangulaires. Cet éclatement rend difficile une analyse globale des résultats, comme on l'a vu : d'une commune à l'autre, la présence de trois, quatre voire cinq listes a abouti à des résultats qui n'auraient pas été les mêmes dans le cadre d'un affrontement plus classique entre deux forces. En conséquence, à un peu plus d'un an de l’élection présidentielle, on ignore quelles seront les conclusions que tireront les états-majors politiques de ces municipales, tant chacun peut être tenté, au vu des particularismes locaux, de tirer la couverture à lui.
À n’en pas douter, à gauche comme à droite, la question des alliances va maintenant se poser de façon plus aigüe que jamais. À droite, les partisans de « l’union des droites » incluant le RN se verront confortés par certains résultats, tandis que les tenants du maintien du front républicain en brandiront d’autres. Idem à gauche, sur la question des alliances avec LFI. Les grandes manœuvres vont commencer – sans que le résultat des municipales permette réellement de trancher la question, comme beaucoup l’espéraient.
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Elections municipales
80 % des membres du Bureau de l'AMF ont été réélus
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80 % des membres du Bureau de l'AMF ont été réélus à l'issue de ce scrutin municipal –  près de la moitié dès le premier tour. Une des figures les plus célèbres et les plus populaires de l'AMF, le maire d'Issoudun André Laignel, a en revanche été battue.Â
Sur les 36 membres du Bureau de l’AMF, 33 se représentaient à la direction de leur commune : seuls Christian Métairie (Arcueil), Bertrand Hauchecorne (Mareau-aux-Prés) et Christelle Pellé (Autainville) avaient fait le choix de ne pas se représenter.
Élus dès le premier tour
Presque la moitié des membres du Bureau (47 %) ont été élus dès dimanche dernier, à commencer par le président de l’association, David Lisnard, réélu dans un fauteuil à la tête de Cannes avec 81 % des suffrages.
Ont également été réélus dès le premier tour : Murielle Fabre (Lampertheim), Joël Balandraud (Évron), Luc Carvounas (Alfortville), Alain Chrétien (Vesoul), Nicolas Daragon (Valence), Mohamed Gnabaly (L’Île-Saint-Denis), Florence Portellli (Taverny), Véronique Pouzadoux (Gannat), Rafika Rezgui (Chilly-Mazarin), Christophe Rouillon (Coulaines), Jean-François Vigier (Bures-sur-Yvette), Dominique Peduzzi (Fresse-sur-Moselle), Erika Bareigts (Saint-Denis – La Réunion), Charlotte Blandiot-Faride (Mitry-Mory), Nathalie Nieson (Bourg-de-Péage), Guillaume Boudy (Suresnes) et Stéphanie Von Euw (Pontoise).
Élus au second tour
Onze membres du bureau, soit un tiers, ont été réélus hier parfois à la suite de triangulaires ou de quadrangulaires très difficiles.
C’est le cas de Frédéric Chéreau à Douai et de Mickaël Delafosse à Montpellier, mais aussi de Guy Geoffroy (Combs-la-Ville), Guillaume Guérin (Limoges) (1), Philippe Laurent (Sceaux), Frédéric Leturque (Arras), Denis Oztorun (Bonneuil-sur-Marne), Thierry Repentin (Chambéry), Joseph Segura (Saint-Laurent-du-Var), Marielle Muret-Baudoin (Noyal-sur-Vilaine) et Karine Traval-Michelet (Colomiers).
Les battus
Enfin, quatre membres sortants du Bureau de l’AMF ont été battus, dont le numéro deux de l’AMF, André Laignel, qui a échoué à obtenir un neuvième mandat des électeurs d’Issoudun. Grand spécialiste des finances locales, président du Comité des finances locales, le premier vice-président délégué de l’AMF, célèbre pour ses saillies acérées contre tous ceux qui ont porté atteinte à l’autonomie financière des communes et intercommunalités, devra donc passer la main.
Ont été également battus Antoine Homé, maire de Wittenheim et trésorier général de l’association (et par ailleurs premier vice-président de l’APVF), Édith Gueugneau (Bourbon-Lancy) et Patrick Molinoz (Vénarey-les-Laumes).
Les statuts de l’AMF prévoient que les membres des instances battus aux élections restent en fonction jusqu’au prochain congrès, où seront élues les nouvelles instances de l’AMF.
(1) Guillaume Guérin constitue un cas un peu particulier : il n'était pas maire de Limoges mais adjoint au maire et président de la métropole. Il a cette fois été élu maire de la ville et prend la succession d'Émile-Roger Lombertie.
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Aménagement numérique du territoire
Centres de données : une proposition de loi pour réguler leur implantation va être débattue au Sénat
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Une proposition de loi visant à encadrer l'implantation des centres de données sur le territoire français va être examinée mercredi en séance publique au Sénat. Alors que localement les tensions sur le foncier, l'eau et l'énergie s'accentuent, ce texte veut réguler le déploiement de ces infrastructures.
C’est un sujet qui divise fortement l’opinion publique, entre nécessité d’assurer l’indépendance et la souveraineté de nos données et coût écologique de l’implantation de centres de données en France.
En mars 2024, la commission de l’intelligence artificielle (IA) suggérait au gouvernement – dans un rapport contenant 25 recommandations – de favoriser l’implantation de centres de données en France. Quelques jours plus tard, en avril 2024, un projet de loi de simplification de la vie économique est déposé au Sénat. L’article 15 de ce texte concerne le développement de ces data centers. Il assouplit notamment le droit de l’urbanisme et de l’environnement pour favoriser leur émergence et étend le périmètre de la procédure de qualification de projets d'intérêt national majeur (PINM) aux centres de données d'envergure.
Le mouvement est lancé et la France – qui compte aujourd’hui plus de 300 centres de données sur son territoire – « suscite actuellement un fort intérêt des investisseurs, avec 52 projets en cours de développement ». Selon une étude menée par EY-Parthenon, la croissance estimée de ces data centers est de 11 % par an sur les dix prochaines années, ce qui porterait le nombre de centres à environ 700 d'ici 2033 sur le territoire national.
La volonté affirmée du gouvernement de développer ces centres de données inquiète localement. Le sénateur socialiste de l'Essonne David Ros estime que si « ces infrastructures sont stratégiques pour la souveraineté numérique et l’intelligence artificielle », « leur déploiement ne peut se faire sans cadre clair. » C’est pourquoi il a déposé au Sénat une proposition de loi pour encadrer l'implantation des centres de données sur le territoire français. Cette dernière va être examinée en séance publique ce 25 mars.
SCoT, redevance sur l’eau et valorisation de la chaleur « fatale »
L’article 1er de la proposition de loi « propose, via le schéma de cohérence territoriale (SCoT), de permettre aux élus locaux de maîtriser et de coordonner pleinement l'implantation des centres de données sur leur territoire et de s'inscrire dans une stratégie concertée qui intègre autant les enjeux d'aménagement et d'attractivité des territoires que les enjeux énergétiques et de consommation d'espace », détaille le sénateur de l’Essonne. Ainsi le texte prévoit que le document d’orientation et d’objectifs (DOO) intégré dans le schéma de cohérence territoriale (SCoT) « peut proposer des orientations stratégiques d’implantation des centres de données prenant en compte les équilibres territoriaux et intégrant les enjeux de transition énergétique, d’attractivité et de consommation d’espace de ces infrastructures ».
Le deuxième article vise à « instaurer une taxation plus juste pour les centres de données par l'instauration d'une redevance sur le prélèvement et la consommation d'eau par les centres de données ainsi que par une imposition en tant qu'infrastructures numériques, afin de garantir un retour financier bénéfique aux collectivités ». Le but : « responsabiliser les entreprises du secteur tout en favorisant l'adoption de solutions de refroidissement plus sobres et innovantes. » Rappelons que, selon l’Ademe, un data center peut consommer jusqu’à 5 millions de litres d’eau par jour, soit l’équivalent des besoins quotidiens en eau d’une ville de 30 000 habitants.
En plus de s’attaquer à la problématique de l’eau, le texte veut fixer dans la loi celle de la chaleur « fatale ». Comme l’explique le sénateur LR Patrick Chaize, désigné rapporteur de la proposition de loi, « les centres de données consomment d’importants volumes d’électricité pour faire fonctionner leurs serveurs et systèmes de refroidissement, ce qui génère une production continue de chaleur dite "fatale" ». L'auteur de la proposition de loi propose, lui, de « conditionner l'installation des centres de données à la présentation d'un projet de réutilisation et de valorisation de la chaleur fatale qu'ils produisent ».
Enfin, David Ros souhaite instaurer « un programme national de recherche et d'innovation » pour renforcer notamment « les synergies entre les centres de données privés, les établissements d'enseignement supérieur, les organismes de recherche et les entreprises innovantes du territoire d'implantation du centre de données ».
Texte rejeté en commission
La première étape du parcours législatif de ce texte a déjà été compliquée. La commission des affaires économiques du Sénat réunie le 25 février a rejeté la proposition de loi, sur proposition du rapporteur du texte Patrick Chaize. La discussion en séance publique portera donc sur le texte initial déposé au Sénat.
Le rapporteur estime que la proposition de loi comporte « soit des mesures déjà satisfaites, soit des dispositions peu opérantes, soit des propositions susceptibles d'envoyer un signal négatif et de nuire à l'attractivité de notre pays, ce qui serait en contradiction avec les efforts déployés par ailleurs pour attirer des centres de données sur notre sol. »
Par exemple, à propos de la disposition qui concerne le schéma de cohérence territoriale (SCoT), Patrick Chaize estime que ce n’est qu’un rappel du fait que « l'implantation de centres de données doit se faire en étroite concertation avec les élus locaux » et que « c'est déjà le cas, sans compter que les élus sont souvent à l'origine de certains projets, notamment au travers de la publication d'appels à manifestation d'intérêt (AMI), dans lesquels ils peuvent préciser leurs exigences, notamment en matière environnementale. »
Le rapporteur appelle prioritairement à « faire aboutir les textes en cours d’adoption ». Il mentionne notamment le projet de loi de simplification de la vie économique dont l’adoption définitive se fait attendre. Une commission mixte paritaire s’est réunie en janvier dernier mais le texte doit désormais être définitivement adopté par le Parlement. Le sénateur de l’Ain rappelle aussi qu’un décret d’application de la loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique devrait être bientôt publié pour conditionner, « à compter du 1er janvier 2027, la possibilité pour les centres de données de bénéficier, au-delà d’une consommation de 1 GWh, d’un tarif réduit de 10 €/MWh de l’accise sur l’électricité à l’atteinte d’objectifs ambitieux en matière de sobriété environnementale, dont la consommation d’électricité et d’eau ».
Un enjeu local fort qui implique les élus
En commission, plusieurs sénateurs ont rappelé l’importance de figer « une stratégie gouvernementale claire en la matière », à l’instar de David Ros qui souhaite avec ce texte « revoir les conditions d'installation et associer les élus à cette démarche, pour définir une vraie souveraineté numérique ». Car la question des data centers inquiète localement. Le sénateur écologiste Yannick Jadot a rappelé en commission que « la priorisation des accès à l'eau et à l'électricité (…) a un poids considérable, notamment à l'échelle locale. Il ne faudrait pas que nos concitoyens soient contraints d'acheter de l'eau en bouteille parce que l'eau potable disponible servirait à refroidir des centres de données hébergeant, par exemple, leurs données médicales. Une telle situation placerait les élus locaux dans une position particulièrement délicate. »
Le sénateur Philippe Grosvalet (RDSE) a également estimé que si cette montée des centres de données sur nos territoires est bienvenue, « il ne faudrait pas manquer, à nouveau, le rendez-vous. » Le sénateur fait un parallèle « avec l'éolien terrestre » : « Cette filière nous a, en partie, échappé et les élus locaux ont subi une certaine pression de la part des investisseurs privés qui ont spéculé sur le foncier, notamment », a-t-il expliqué en commission. « Nous nous trouvons face à un enjeu commun, qui impose de rechercher un juste équilibre entre liberté et régulation », a-t-il ajouté.
D’autres comme le sénateur Christian Redon-Sarrazy estiment qu’une « planification territoriale s'impose ». « Les implantations se concentrent principalement en Île-de-France et dans une ou deux métropoles. De nombreux territoires resteraient à l'écart, au risque d'une concentration importante. Après les porcheries en Bretagne et la pétrochimie dans la vallée du Rhône, nous pourrions connaître une concentration des centres de données, avec, à terme, des effets délétères comparables. Ces perspectives commandent d'anticiper. »
« Faut-il une loi pour engager ou favoriser une dynamique qui fonctionne déjà naturellement ? », a finalement lancé le rapporteur lors de la commission. Si « aucune porte n'est fermée » pour le rapporteur, ce texte ne semble pas être le véhicule adapté pour encadrer le développement des data centers en France. Reste à voir comment se dérouleront les débats au Sénat mercredi prochain…
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Eau et assainissement
Qualité de l'eau : une application pour savoir ce qui sort du robinet
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Le centre d'information sur l'eau (CIEau), créé par les professionnels du secteur, lance une application mobile pour faciliter l'accès des consommateurs aux données de qualité de l'eau potable de leur commune, pour répondre à la demande grandissante d'informations sur le sujet.
L'application EauChezMoi, téléchargeable gratuitement sur les téléphones, depuis dimanche dernier, à l'occasion de la journée mondiale de l'eau, doit permettre de centraliser l'accès à l'ensemble des données publiques disponibles, afin de « renforcer la confiance » des consommateurs, a indiqué vendredi le CIEau, dans un communiqué. Car avec l'émergence dans les préoccupations des associations et des autorités de santé de contaminants comme les « polluants éternels » ou PFAS, les résidus de pesticides et les micropolluants (microplastiques, métaux lourds, résidus de médicaments...), cette confiance s'est érodée.
Contrôle sanitaire et microbiologique
Selon un baromètre réalisé par Kantar pour le CIEau, une large majorité de sondés (78 %) a aujourd'hui confiance en l'eau du robinet, mais cet indice est « en baisse de 7 points depuis 2023 ».
En outre, « près de la moitié des Français déclarent manquer d'information, en particulier sur la qualité de l'eau distribuée », selon ce baromètre.
L'application doit permettre d'accéder facilement aux résultats des contrôles sanitaires réalisés par les agences régionales de santé (ARS), « compilés à partir des données ouvertes de la Direction générale de la santé (DGS) et les ARS », indique le CIEau.
En rentrant le nom de sa commune sur l'application, l'utilisateur peut consulter les résultats du contrôle microbiologique, la « dureté » de l'eau (sa teneur en calcaire), sa teneur en chlore, en fluor, en pesticides, en PFAS et comparer ces données avec les seuils réglementaires.
Si l'eau du robinet est « le produit alimentaire le plus contrôlé en France, avec près de 18 millions d’analyses réalisées chaque année, soit environ 50 000 contrôles par jour, ces informations restent encore difficilement connues du grand public », déclare le CIEau.
Partant de ce constat, les ONG Générations Futures et Data For Good avaient de leur côté mis en ligne en octobre un site proposant une carte interactive des principaux polluants chimiques présents dans l'eau du robinet. Un outil, appelé « Dans Mon Eau » (consultable à l'adresse https://dansmoneau.fr/, également basé sur les données publiques disponibles.
Le Centre d’Information sur l’eau est un centre de ressources créé en 1995 à l’initiative des professionnels qui assurent la gestion des services publics d’eau et d’assainissement en France.
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Emploi
Emploi : le taux de chômage progresse dans la quasi-totalité des régions
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Alors que le taux de chômage a augmenté de 0,6 point en un an sur l'ensemble du pays, seules la Martinique et La Réunion ont réussi à le réduire en 2025, selon l'Insee. Dans ce contexte, Régions de France vient de trouver un accord avec le gouvernement pour amoindrir la baisse des financements de l'État prévue initialement en 2026 au titre de la formation des demandeurs d'emploi.
Sur un an, le taux de chômage en France a progressé dans la quasi-totalité des régions. C’est ce que relève l’Insee, dans une note parue vendredi, dans laquelle l’institut constate qu’au quatrième trimestre 2025, ce taux a augmenté de 0,6 point par rapport à l’année précédente et s’établit désormais à 7,9 % de la population active.
Entre le quatrième trimestre 2024 et le quatrième trimestre 2025, le taux de chômage a ainsi augmenté partout, sauf dans deux régions ultramarines, les territoires ultramarins recensant d’ailleurs à la fois les meilleurs et les moins bons résultats du pays. À noter que Mayotte n'est pas inclus dans l'étude.
En Outre-mer, les hausses et les baisses les plus fortes
Pour sept régions, les hausses sont supérieures à 0,6 point, les plus élevées se situant dans les Hauts-de-France (+0,8 point), en Guadeloupe (+1,5 point) et en Guyane (+2,2 points). À l’opposé, la Martinique et La Réunion ont, elles, réussi à réduire leur taux de chômage, respectivement de 1 % et de 0,5 %. Ce sont les seules du pays.
Reste que, fin 2025, le taux de chômage restait « toujours le plus élevé dans les régions d’Outre-mer avec des taux s’échelonnant de 12,5 % en Martinique à 17,5 % en Guyane », tandis qu’en métropole, seules la Provence-Alpes-Côte d’Azur (8,4 %), l’Occitanie (9,4 %) et les Hauts-de-France (9,5 %) ont vu leur taux de chômage dépasser la moyenne nationale (7,9 %).
À l’inverse, il est le plus faible à l’ouest du pays, en Bretagne (6,4 %) et dans les Pays de la Loire (6,5 %). Dans ces deux régions, les taux de chômage de l’ensemble des départements qui les composent restent d’ailleurs inférieurs à la moyenne nationale, alors que « les situations au sein d’autres régions peuvent être beaucoup plus contrastées ». C’est le cas notamment de l’Île-de-France où le taux de chômage est plus faible à Paris (6,1 %) et dans les Hauts-de-Seine (6,8 %) qu’en Seine-Saint-Denis (10,8 %). « Le contraste est encore plus fort en Occitanie, entre la Lozère, deuxième département au taux de chômage le plus bas (4,8 %) et les Pyrénées-Orientales où il est le plus élevé de France métropolitaine (12,7 %) », expliquent les auteurs de la note.
Au niveau départemental, hormis les territoires ultramarins, seule la Creuse échappe à la hausse de son taux de chômage et reste stable, tandis que ce sont la Haute-Garonne, le Nord et le Vaucluse qui ont subi les plus fortes progressions, à hauteur de 1 %.
L’emploi salarié recule légèrement
En parallèle, le niveau de l’emploi salarié total a reculé de 0,2 % en fin d’année 2025 par rapport à l’année précédente, alors qu’il était « stable entre le quatrième trimestre 2023 et le quatrième trimestre 2024 ». En fin d’année dernière, l’emploi salarié a ainsi reflué dans onze régions par rapport à un an plus tôt.
Les baisses les plus importantes sont recensées en Nouvelle-Aquitaine (- 0,5 %), en Bourgogne-Franche-Comté (- 0,6 %) et la Guadeloupe (- 0,6 %). À l’inverse, l’emploi salarié a progressé en Provence-Alpes-Côte d’Azur (+ 0,2 %), à La Réunion (+ 0,3 %) et en Guyane (+ j1 %).
Au niveau départemental, il baisse « dans six départements sur dix » et recule de « plus de 0,6 % dans vingt départements, tous métropolitains ». C’est dans l’Orne (- 1,7 %), la Charente (- 1,5 %) et le Territoire de Belfort (- 1,4 %) qu’il diminue le plus fortement. À l’opposé, il augmente de 0,2 % à 1,4 % dans 18 départements, « principalement dans le sud et sud-est de la France métropolitaine et dans deux départements ultramarins, La Réunion (+ 0,3 %) et la Guyane (+ 1 %) ».
Formation : une baisse moindre que prévu
Trois semaines après avoir critiqué la baisse importante de la contribution de l’État en 2026 dans le cadre des Pactes régionaux d’investissement dans les compétences (Pric), les régions ont trouvé un accord avec le gouvernement et finalement obtenu 150 millions d’euros supplémentaires.
S’ajoutant aux 377 millions d’euros débloqués initialement par le ministère du Travail et des Solidarités, ce seront donc 527 millions d’euros qui seront alloués par l’État aux régions au titre de la formation des demandeurs d’emploi, selon une information relayée par AEF info et Localtis. En contrepartie, elles devront toutefois octroyer une avance de trésorerie à l’État de 60 millions d’euros pour ces Pric.
Cette réévaluation des engagements de l’État reste, cependant, bien en deçà des quelque 855 millions d’euros contractualisés il y a trois ans. Fin février, Régions de France s’était ainsi indignée de la « décision unilatérale » du gouvernement de réduire de 56 % les crédits du budget 2026 dédiés à la formation des demandeurs d'emploi pour les fixer à 377 millions d’euros. Avant que le gouvernement ne décide de les réévaluer, cette décision risquait d’entraîner la suppression de plus de 60 000 places, estimait l’association.
« Du jamais vu depuis 2019, année de mise en place de ce mécanisme contractuel entre l’État et les régions », dénonçaient les régions. « L’État, qui avait tenu ses engagements jusqu’en 2025, renie donc sa parole. Les régions, dont les recettes reculent en raison d’une loi de finances qui les a particulièrement pénalisées, n’auront absolument pas les moyens de compenser cette perte sur leurs budgets propres », avaient-elles mises en garde.
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Journal Officiel du dimanche 22 mars 2026
Ministère de la Culture
Ministère de la Culture
Journal Officiel du samedi 21 mars 2026
Lois
Ministère de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation
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