| Édition du lundi 2 mars 2026 |
Élections
Municipales : très peu de communes sans liste et forte augmentation du nombre de femmes candidates
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Après la clôture de la période de dépôt des candidatures aux élections municipales, il apparaît que le nombre de communes sans candidats est finalement plus faible, au premier tour, qu'en 2020, malgré le changement de mode de scrutin dans les communes de moins de 1 000 habitants.
La vague de communes sans candidats redoutée par certains avec la mise en application de la réforme du mode de scrutin dans les communes de moins de 1 000 habitants n’a pas eu lieu. C’est le premier enseignement, très positif, que l’on peut tirer de l’analyse du fichier des candidatures déposées pour les élections municipales.
Pour le scrutin des 15 et 22 mars, 68 communes se retrouvent sans candidats sur les 34 875 communes que compte le pays, soit 0,19 %. C’est nettement moins qu’en 2020 (106 communes sans candidat) et presque exactement autant qu’en 2014 (64).
Nombre de candidats en diminution
[Article rectifié le 2 mars sur une erreur sur le nombre total de candidats.] C’est ce week-end que le ministère de l’Intérieur a publié, sur le site de données publiques data.gouv.fr, un très volumineux fichier compilant la totalité des candidats présents sur les listes qui devaient être déposées avant le jeudi 26 février à 18 heures.
Maire info a procédé à l’analyse de ce fichier, et elle est riche d’enseignements.
Il y a cette année autour de 900 000 candidats aux élections municipales, en incluant les quelque 7 400 candidats aux conseils d'arrondissements de Paris, Lyon et Marseille, soit un chiffre stable par rapport à 2020 et inférieur à celui de 2014 (926 068 candidats). Hors Paris, Lyon, Marseille et la Polynésie Française, on compte environ 887 800 candidats.
68 communes sans candidats
Néanmoins, il apparaît que dans la quasi-totalité des communes (99,81 %), des listes ont bien été constituées.
Les 68 communes qui n’ont pas de candidats sont relativement harmonieusement réparties sur le territoire métropolitain, mais il faut noter que plus de la moitié des départements ne comportent aucune commune sans candidats. 43 départements comprennent au moins une commune sans candidat, mais rarement plus. Cinq départements ont deux communes sans candidats (Allier, Isère, Jura, Puy-de-Dôme et Sarthe) ; trois départements ont trois communes sans candidats (Côtes-d’Armor, Creuse et Hautes-Pyrénées). Il y a enfin 4 communes sans candidats dans la Haute-Marne et la Loire, et 5 communes sans candidats dans le Doubs et la Haute-Saône.
La presque totalité des communes sans candidats comptent moins de 1 000 habitants, à une exception près, celle de Fréland, de le Haut-Rhin (1 288 habitants).
Dans ces 68 communes, les choses ne vont pas se passer comme lors des élections précédentes, où des candidats pouvaient se déclarer après le premier tour. Désormais, c’est impossible : les opérations électorales des 15 et 22 mars y ont été annulées et le préfet les a placées sous la tutelle d’une délégation spéciale de trois membres chargés d’expédier les affaires courantes, en attendant l’organisation de nouvelles élections sous trois mois.
Guy Geoffroy se réjouit de ce nombre très faible de communes sans candidats : « C’est la démonstration indiscutable, éclatante, de l’hypothèse que nous avions faite que l’obligation de parité ne serait pas un handicap insurmontable dans les petites communes ! Cette hypothèse est désormais totalement validée par les faits. »
Parité en progrès, mais bien plus d'hommes en tête de liste
L’analyse du fichier du ministère permet aussi de découvrir des éléments intéressants sur la parité.
À première vue, on pourrait se dire que l’extension de l’obligation de constituer des listes paritaires dans toutes les communes aurait dû conduire à un nombre presque strictement égal d’hommes et de femmes parmi les candidats. Mais ce n’est pas le cas – même si le nombre de femmes candidats a mécaniquement augmenté.
Revenons aux élections précédentes : en 2020, sur la totalité des candidats, il y avait environ 55 % d’hommes et 45 % de femmes. Ce chiffre était tiré vers le bas par les plus petites communes, où la parité n’était pas obligatoire : dans celles-ci, le ratio tombait à 62 % de candidats hommes pour 38 % de candidates femmes.
Désormais, avec la parité obligatoire dans toutes les communes, le ratio progresse largement et se rapproche de la parité : sur la totalité des candidats, il y a aujourd’hui 51,32 % d’hommes et 48,67 % de femmes. Soit, en chiffres absolus, environ 455 700 hommes et 432 000 femmes.
D’où une interrogation : il reste tout de même une différence notable de quelque 23 600 entre le nombre d’hommes et de femmes, au bénéfice des hommes.
Pourquoi ? la réponse est évidente : parce que dans la très grande majorité des communes, ce sont des hommes qui sont tête de liste. Le nombre de candidats étant presque toujours impair, une liste dont le premier nom est un homme comptera toujours un homme de plus que le nombre de femmes.
Le fichier du ministère de l’Intérieur comportant les numéros d’ordre, on peut calculer le nombre de listes qui ont placé un homme ou une femme en tête : sur les presque 50 000 listes qui ont été déposées, 37 633 sont conduites par un homme et seulement 12 265 par une femme, soit un ratio de 75 %-25 %.
Les trois quarts des listes restent donc conduites par des hommes, ce qui laisse à penser que le 22 mars, à l’issue de ce scrutin, il pourrait y avoir autour de 25 % de femmes maires. Ce serait un progrès par rapport à aujourd’hui, où ce chiffre est de 19,8 %. Mais on resterait, en la matière, loin de la parité.
« La parité est un long chemin, commente ce matin Guy Geoffroy. Il va falloir, en effet, avancer désormais sur les têtes de liste, mais on y arrivera. La nouvelle loi sur la parité va mécaniquement augmenter le nombre de femmes dans les assemblées municipales, qui constitueront un vivier de futures maires aux prochaines élections municipales. »
Reste aussi la question des intercommunalités : il est probable que le nombre beaucoup plus important de maires hommes qui sortira des élections de 2026 ne conduira pas à faire réellement augmenter la parité dans les conseils communautaires. « Peut-être que c’est là la prochaine étape qui est devant nous, s’interroge Guy Geoffroy. Faudra-t-il, à terme, là aussi une obligation ? Pourquoi pas ? »
Une seule liste dans les deux tiers des communes
Le fichier du ministère apporte enfin deux autres enseignements intéressants.
Premièrement, il apparaît que dans environ 23 700 communes – soit 68 % d’entre elles –, il n’y aura qu’une seule liste à se présenter aux suffrages des électeurs. Autrement dit, là encore, la nouvelle loi sur le mode de scrutin dans les communes de moins de 1 000 habitants n’aura pas provoqué la « conflictualisation » massive que certaines redoutaient : dans les deux tiers des communes, les candidats ont su constituer une liste autour d’un projet, sans opposition.
Il reste donc environ 11 200 communes dans lesquelles se présentent deux listes ou plus. Les deux communes qui détiennent le record du nombre de listes sont Montpellier et Strasbourg, qui ne comptent pas moins de 13 listes concurrentes.
Enfin, sur un terrain plus politique, notons que sur les quelque 890 000 candidats qui se présentent, 574 400 appartiennent à une liste sans étiquette politique – soit presque 65 %.
En ne considérant que la couleur politique du candidat qui conduit la liste, on constate que l’extrême droite (nuances « extrême droite », « Rassemblement national », « Reconquête » ou « union de l’extrême droite ») conduit 601 listes. Quant à l’extrême gauche – y compris LFI puisque le Conseil d’État a confirmé la semaine dernière son appartenance à cette nuance –, elle conduit 620 listes (dont 243 conduites par un candidat LFI). Les listes politisées les plus nombreuses sont celles conduites par un candidat divers droite (2 215), divers gauche (1 888) et divers centre (1 169), ce dernier chiffre intégrant les listes du camp macroniste.
Place désormais à la campagne électorale, qui s’est ouverte, ce matin, à zéro heure.
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Santé publique
Le Sénat adopte en première lecture un texte pour interdire la vente de protoxyde d'azote aux particuliers
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Les sénateurs ont adopté jeudi dernier – en première lecture – un texte visant à réserver la vente de protoxyde d'azote aux seuls professionnels. Les sénateurs attendent désormais son inscription à l'ordre du jour à l'Assemblée nationale.
Marion Canalès, sénatrice du Puy-de-Dôme et auteure de la proposition de loi adoptée jeudi dernier en séance publique au Sénat, estime que l'usage du protoxyde d'azote doit être uniquement professionnel. « C'est un enjeu de santé publique et de soutien aux collectivités, en première ligne face à ce fléau sanitaire et écologique », a-t-elle déclaré à la tribune.
Dans un contexte d’explosion de l’usage de ce gaz comme drogue et où les municipalités sont de plus en plus nombreuses à édicter des arrêtés d’interdiction, ce texte propose de sécuriser juridiquement la situation de ces élus en interdisant la vente de protoxyde d'azote à tous les particuliers et non plus seulement aux mineurs, et d'introduire des mesures de prévention dans le Code de l'éducation (lire Maire info du 26 février).
Depuis la loi du 1er juin 2021, la vente du protoxyde d’azote aux mineurs est interdite et cette interdiction s’applique également aux majeurs dans les bars, discothèque, débits de boissons temporaires, et bureaux de tabac. Cette loi n'a pas suffi à prévenir la progression des usages détournés et dangereux de ce gaz et les sénateurs, en adoptant ce nouveau texte, veulent passer « un cran de plus dans la lutte contre la consommation détournée. »
Sanction de l'abandon des cartouches et amendes reversées aux communes
L’article 1er du texte propose de remplacer l'interdiction de vente aux mineurs par une interdiction générale de vente au public. La vente serait réservée aux seuls professionnels dont la liste serait définie par décret. Le texte s’inspire du cas du GBL, produit employé dans l'industrie de la peinture et précurseur chimique du GHB, plus connu sous le nom de « drogue du violeur », interdite à la vente depuis 2011.
La commission des affaires sociales « a ajouté une interdiction de transport et de détention, a rappelé en séance la sénatrice de la Haute-Garonne Émilienne Poumirol, rapporteure du texte. Elle a aussi renforcé les sanctions applicables. Cet arsenal plus complet permettra de lutter plus efficacement contre les revendeurs. »
L’article 2 propose, lui, d'introduire des mesures de prévention dans le Code de l'éducation avec notamment une sensibilisation spécifique dans le cadre des enseignements scolaires ainsi que ceux liés à la sécurité routière, portant sur les risques liés à l'usage détourné du protoxyde d'azote pour en obtenir des effets psychoactifs.
D’autres amendements importants ont été adoptés par les sénateurs en séance publique. Un amendement défendu par le sénateur de la Seine-Saint-Denis Ahmed Laouedj – auteur lui-même d’une proposition de loi pour renforcer la lutte contre les usages détournés du protoxyde d'azote adoptée au Sénat en mars 2025 – crée une infraction spécifique sanctionnant de 1 500 euros d’amende le dépôt ou l’abandon sur la voie publique de « contenants de protoxyde d’azote, afin de prévenir les risques environnementaux et de sécurité. » L’amendement a été adopté par les sénateurs malgré l’avis défavorable du gouvernement.
Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur chargée de la citoyenneté, a expliqué au Sénat que le code pénal prévoit déjà une contravention de quatrième classe pour réprimer l'abandon des déchets sur la voie publique et que le gouvernement ne souhaite « pas multiplier les contraventions selon les types de déchets, au risque de créer des incohérences. »
Parmi les amendements importants qui ont été adoptés, citons également celui porté par la sénatrice des Alpes-Maritimes Alexandra Borchio Fontimp. Le texte propose ainsi que « le produit des amendes soit reversé aux communes, qui subissent les dommages liés aux usages détournés du protoxyde d'azote et en supportent le coût », a expliqué la sénatrice. « Ces sommes vont au budget de l'État, ce qui n'est ni juste ni cohérent. Donnons-leur un effet utile sur le terrain à travers le financement du ramassage des déchets ou d'actions locales de prévention. »
Estimant que l'année dernière, il n'y a eu que 96 infractions verbalisées, la rapporteure du texte a souligné que « le produit des amendes sera loin de couvrir les besoins des communes pour lutter contre la consommation de protoxyde d'azote et ses conséquences » mais que la mesure est cependant bienvenue pour les communes.
Avis de sagesse du gouvernement
Malgré cette adoption, la discussion générale autour du texte fut teintée de « regrets ». Premièrement plusieurs sénateurs ont regretté l’avis de sagesse émis par le gouvernement. « Si nous adoptons un cadre national, nous prenons un risque juridique, au regard de la libre circulation des biens ; un risque pratique, celui du contournement par des achats transfrontaliers et par le commerce en ligne ; enfin, un risque politique, celui d'un affichage d'une interdiction forte à l'effectivité limitée. Or il faut préférer les lois effectives », a justifié la ministre chargée de la Citoyenneté. Les sénateurs, à l’instar de la sénatrice de Paris Anne Souyris, ont regretté le « manque d’enthousiasme » du gouvernement tout comme « l'absence de la ministre de la santé dans ce débat ».
La lenteur de la prise en charge de cette problématique a aussi été fustigée par les élus. La sénatrice de la Meurthe-et-Moselle Silvana Silvani a regretté en séance ce choix de déposer un nouveau texte plutôt que de poursuivre la navette d’un texte déjà voté en première lecture au Sénat et qui « aurait permis de gagner un temps précieux ». « Les textes examinés à l'Assemblée nationale ou au Sénat ne sont jamais inscrits à l'ordre du jour de l'autre chambre... Oui, que de temps perdu », a renchérit la sénatrice Anne Souyris.
Les sénateurs nourrissent le maigre espoir de voir enfin ce texte inscrit à l’ordre du jour à l’Assemblée nationale et poursuivre la navette parlementaire. « Les élus alertent, mais rien ne se passe. Nous prenons nos responsabilités, il est plus que temps que le Gouvernement prenne les siennes », a finalement lancé la sénatrice de Paris Colombe Brossel.
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Éducation
Les cités éducatives ont rempli, « au moins partiellement », leur objectif de transformation
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Ce label a notamment entraîné « des transformations organisationnelles et structurelles » affectant les collectivités locales, selon une étude. Parmi eux, la réorganisation des services enfance jeunesse ou la création de pôles transversaux (culture, éducation, jeunesse, sports/loisirs).
Après le rapport de la Cour des comptes publié il y a deux mois, au tour du Réseau national des centres de ressources de la politique de la ville (RNCRPV) en collaboration avec l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) de faire paraître une étude sur les cités éducatives.
Lancé en 2019, le programme des cités éducatives vise à améliorer la prise en charge des jeunes de 0 à 25 ans dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), en réponse aux difficultés scolaires et d’insertion professionnelle. Avec la labellisation de 40 nouvelles cités éducatives au printemps dernier, ce programme bénéficie dorénavant à quelque 260 communes et 600 QPV.
Pour mémoire, ces cités éducatives reposent sur une gouvernance tripartite dite « troïka » (la préfecture, l’Education nationale et la commune) chargée de coordonner et d’assurer la continuité entre temps scolaire, périscolaire et extrascolaire. Concrètement, elles consistent en une grande alliance des acteurs éducatifs dans ces quartiers : parents, services de l’État, des collectivités, associations et habitants.
Différents stades de « maturation »
Si le Réseau national des centres de ressources politique de la ville estime, en préambule de l’étude, que les cités éducatives ont « rempli, au moins partiellement, leur objectif de transformation et peuvent constituer un modèle pour l’action publique dans les quartiers prioritaires », ils reconnaissent que des « défis demeurent ». Notamment le « renforcement des coopérations, l’association des parents et des enfants, la réflexion sur le temps libre extrascolaire, la place de la sphère numérique de co-éducation, etc. »
Réalisée sur la base d’entretiens menés auprès de 34 cités éducatives et de l'exploitation de données visant 208 cités éducatives, l’enquête indique que les instances de pilotage (comités techniques, comités de pilotage) jouent « un rôle clé » dans la structuration des alliances éducatives alors que « l’Éducation nationale est l’institution la plus représentée dans ces instances (42 %), suivie des villes (33 %) et des préfectures (15 %) ».
Malgré « des tensions [qui] subsistent entre les cultures institutionnelles » et des « turn-over fréquents », l’organisation et le fonctionnement des instances de gouvernance et de pilotage des cités éducatives produisent « des effets structurants », expliquent les auteurs de ce travail.
Rappelant qu’il existe « trois stades de maturation » des coopérations qui les caractérisent, ces derniers constatent que « 15 % des 208 cités répondantes » en sont au premier stade, celui de la « communication et de l’entraide », qui se distingue par des « échanges informels et actions ponctuelles ».
Près de la moitié d’entre elles (47 %) sont parvenues au deuxième stade, celui de « la coordination », qui permet un « ajustement systématique des actions et des projets », tandis que les autres (38 %) ont atteint le dernier stade, celui de « la coopération et de l'intégration », qui se caractérise par « des stratégies communes, une mutualisation des ressources et une gouvernance partagée et fusionnée ».
Effets « significatifs » sur l’école
Mais quels effets a eu le label sur les différentes sphères éducatives ? Alors que 29 des 34 cités éducatives interrogées affirment que leur territoire a été « labellisé dans un contexte d’urgence à agir », les auteurs de l’étude notent, d’abord, que leur travail « ne permet pas de déterminer si des effets majeurs sont constatés sur les quartiers », bien qu’il y ait notamment « un effet en termes de regards et de représentations ».
En revanche, elle assure que le label Cités éducatives produit « des effets significatifs » sur la sphère scolaire, en « favorisant un rapprochement entre le premier et le second degré et contribuant à une meilleure continuité des parcours éducatifs ». Celui-ci encourage notamment « la structuration de réseaux de compétences entre enseignants et partenaires associatifs, la perméabilité des sphères professionnelles et l’émergence d’alliances éducatives renforçant le dialogue entre familles et école », tandis que « des effets positifs » sont observés sur « la motivation des élèves ».
S’agissant des effets sur la sphère de la famille, les cités éducatives tendent à « favoriser une prise en compte progressive de la parole parentale, perçue comme légitime et indispensable, bien que son intégration dans les instances de gouvernance demeure limitée ». Cependant, « des attentes persistent », telles qu’un « meilleur soutien parental dans l’accès aux soins » ou « une approche éducative plus cohérente et partagée ».
À noter également que, à l’heure du numérique, certaines de ces cités intègrent désormais les enjeux de santé mentale des jeunes en lien avec ces usages (cyberharcèlement, addictions, influence des réseaux).
« Remunicipalisation » des questions éducatives
En parallèle, le label a entraîné « des transformations organisationnelles et structurelles sur certains territoires, affectant les collectivités locales, l’Éducation nationale et les institutions partenaires », constatent les auteurs de l’étude.
Des changements qui « incluent la réorganisation des services enfance jeunesse, la création de pôles transversaux (culture, éducation, jeunesse, sports/loisirs) et le repositionnement de métiers, dans l’objectif de favoriser la coopération interne et externe et d’améliorer la lisibilité des dispositifs ».
Reste que, selon le périmètre des cités éducatives, l’étude observe que « le label a éloigné les intercommunalités des enjeux éducatifs ». Ainsi, il est constaté qu'« un effet de remunicipalisation des questions éducatives » dans certains contextes, alors que dans d’autres il est observé « un portage qui s’est diversifié ».
Les auteurs de l’étude notent au passage que « la fonction de Chef de projet opérationnel (CPO) est centrale, articulant la coopération interinstitutionnelle et la mise en œuvre d’actions éducatives, tout en étant appuyée par de nouveaux postes spécialisés (référents emploi, parentalité, médiateurs) ».
Et si le label tend à « favoriser la valorisation de l’éducation populaire, la diffusion de méthodologies de projet et la co-construction de réponses aux besoins des enfants et des jeunes », certains effets attendus restent néanmoins « partiellement atteints ». C’est notamment le cas de la « reconnaissance des associations sur leur contribution à l’atteinte des trois objectifs nationaux du label », « le renforcement de l’engagement bénévole » et « la généralisation de la participation des associations aux instances d’évaluation ».
Éviter un « label de façade », prévient la Cour des comptes
Selon l’étude, la pérennisation des transformations repose ainsi sur « plusieurs conditions » : « l’inscription du label sur le temps long, la continuité de l’accompagnement national et régional, un financement suffisant, la valorisation des dépenses d’ingénierie et la reconnaissance institutionnelle des temps dédiés à la coopération et à la coordination interprofessionnelle ».
Fin décembre, la Cour des comptes a toutefois publié un rapport qui pointe les limites de ce programme qui a été déployé à marche forcée. Si « les cités éducatives favorisent la coopération locale et l’intégration de l’éducation nationale », reconnaissaient les magistrats financiers, ces derniers soulignaient que « leur succès dépend du contexte local ». Selon eux, « le programme repose fortement sur l’engagement des agents locaux, avec des ressources centrales insuffisamment mobilisées ».
D’ailleurs, l’extension du dispositif aurait dû « tirer toutes les leçons des facteurs de réussite, comme des constats d’échec, de certaines cités éducatives ». À ce titre, ils estimaient plus « sage » d’éviter un déploiement d’un « label de façade » dans le cadre d’une généralisation « à tout prix ».
« Les évolutions que connaîtront les cités éducatives localement, à l’issue des prochaines élections municipales et dans le contexte de la généralisation annoncée, seront un test important de la résilience du programme comme de son efficacité à bâtir des coopérations locales durables, au-delà de la question de sa pérennisation au niveau national », concluait la Cour des comptes.
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Associations
Baisse du soutien de l'État aux tiers-lieux : une menace pour le dynamisme des territoires
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Dans un communiqué de presse diffusé la semaine dernière, l'Association nationale des tiers-lieux alerte sur la disparition des soutiens publics pour 3 500 tiers-lieux qui accompagnent aujourd'hui partout des millions d'usagers.
En février dernier, l’Association Nationale des Tiers-Lieux (ANTL) a dénoncé par voie de communiqué et « avec la plus grande fermeté la suppression des aides directes aux tiers-lieux » dans la loi de finances 2026.
« Cette décision, prise sans concertation, met en péril l’équilibre de 3 500 tiers-lieux en France, qui emploient 30 409 personnes en CDI, hébergent 47 858 structures (entreprises, associations, artisans) et génèrent un chiffre d’affaires annuel de 882 millions d’euros », indique l’ANTL.
Des moyens en constante baisse
Les acteurs du mouvement associatif et des tiers lieux dénoncent à la fois la fin des aides directes aux tiers-lieux qui « sonne comme un coup d’arrêt pour des milliers de projets locaux » et la fin programmée du GIP « France Tiers-Lieux » qui risque d’entrainer la fermeture de « centaines de tiers-lieux risquent la fermeture pure et simple, incapables d’assumer seuls le poids de leurs charges, malgré une diversification des sources de financement ». Rappelons que 49 % du financement des tiers-lieux provient de subventions publiques.
« Pour les collectivités locales, le message est clair et brutal : après avoir misé sur ces lieux pour redynamiser leurs communes, les voilà abandonnés en pleine crise, sans filet de sécurité ni perspective de relance, explique Olivier Ruault directeur du plaidoyer de l’ANTL. Un signal désastreux, qui risque d’aggraver encore les fractures entre métropoles et territoires ruraux. »
Dans une question écrite publiée au Journal officiel en février, le député Stéphane Mazars interroge le gouvernement sur le soutien de l’État aux projets de tiers-lieux. Il explique que le « projet de loi de finances pour 2026 ayant été définitivement arrêté par l'engagement de la responsabilité du Gouvernement sur le fondement de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution, les crédits inscrits en loi de finances ne permettent pas, en l'état, d'identifier de manière suffisamment lisible le niveau d'engagement financier de l'État en faveur de cette politique publique pour l'année 2026. » Le député interroge ainsi le gouvernement les orientations budgétaires que le gouvernement entend retenir pour l'année 2026 en matière de soutien aux projets de tiers-lieux.
Rappelons que les tiers-lieux, tout comme le reste du monde associatif, connaissent des difficultés financières graves et font face à la baisse drastique du soutien financier de l’État depuis plusieurs années. Alors que 13 millions d’euros de crédits avaient été votés en 2025, seulement 7,5 millions d’euros ont finalement été accordés.
« Infrastructure vitale pour les territoires »
« Les tiers-lieux ne sont pas un luxe, mais une infrastructure vitale pour les territoires. Les supprimer des budgets publics, c’est condamner des milliers de projets et fragiliser l’économie locale, souvent rurale ou dans les quartiers de la politique de la ville », insiste Olivier Ruault dans le communiqué.
Le député macroniste Stéphane Mazars rappelle de son côté l’importance des tiers-lieux qui « constituent aujourd'hui un levier reconnu de revitalisation économique, sociale et culturelle des territoires, en particulier dans les zones rurales, périurbaines et les quartiers en renouvellement urbain. Ils jouent un rôle structurant en matière d'innovation sociale, d'accès aux services, de développement de l'économie locale et de renforcement du lien social, en lien étroit avec les collectivités territoriales et les acteurs locaux. »
Dans ce contexte, l’ANTL appelle à une mobilisation générale des territoires et interpelle les équipes municipales futures à soutenir les tiers-lieux : « Montrez à vos électeurs que vous défendez les espaces qui font vivre vos communes », peut-on lire dans le communiqué. L’ANTL interpelle enfin les préfectures afin qu’elles se saisissent du dossier « pour alerter les ministères et proposer des solutions de substitution des crédits. »
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Elections municipales
Les Restos du Cœur appellent les futurs maires à lutter contre la pauvreté
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Les Restos du Cœur ont lancé samedi un appel aux candidats aux élections municipales à s'engager pour renforcer la lutte contre la pauvreté et soutenir l'action associative au niveau local.
L'association formule dans un appel publié dans le journal Ouest-France « cinq demandes aux candidats » aux élections du 15 et 22 mars: la mise à disposition gratuite de lieux d'accueil, la lutte contre la pauvreté des enfants, le renforcement du « lien social et de l'accès aux droits », la protection du « principe d’accueil inconditionnel » et le soutien au bénévolat. L'association souligne que près de 80 % de ses « 2 318 lieux d'accueil sont mis à disposition » gratuitement ou presque, « très souvent par les municipalités ». Les municipalités doivent « agir pleinement » pour « garantir l'accès à l'alimentation des enfants et soutenir les familles monoparentales », plaident les Restos du Coeur.
Bénévolat, accueil, collecte
La moitié des familles accueillies par l'association sont monoparentales et 40 % des personnes soutenues sont mineures. En 2025, l'association, qui accueille 1,3 million de personnes chaque année, a distribué 161 millions de repas. « On a aussi besoin des élus pour nous aider à développer le bénévolat et renforcer le lien social, l'accès au droit et la lutte contre la solitude » qui s'accroît, plaide Jean-Michel Richard, élu président des Restos du Cœur en octobre 2025.
Les Restos demandent également la protection du « principe d'accueil inconditionnel », y compris pour les personnes en situation irrégulière.
« Les lieux de solidarité doivent être préservés d'un certain nombre de contrôles des forces de l'ordre, à l'exception des cas prévus par la loi », demande-t-elle. « Nous demandons le respect de nos principes: neutralité politique et religieuse, inconditionnalité de l'accueil et sanctuarisation de nos lieux », souligne le président.
Les ressources issues des collectivités représentent environ 35 millions d'euros par an, en baisse de 7 % sur un an, selon les Restos.
72 000 places ont été vendues pour le concert des Enfoirés, diffusé vendredi sur TF1, une opération qui rapporte 13 millions d'euros, soit 5 % des ressources de l'association. La prochaine collecte nationale aura lieu du 6 au 8 mars. Elle permet à elle seule de réunir 12 % des dons en nature annuels : 8 100 tonnes en 2025, 8 500 espérées cette année. Elle a mobilisé l'an dernier 98.000 bénévoles, dont 15 % sont aussi des bénéficiaires, observe l'association qui vise 100 000 bénévoles en 2026.
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Journal Officiel du dimanche 1 mars 2026
Ministère de l'Économie, des Finances et de la souveraineté industrielle et numérique
Journal Officiel du samedi 28 février 2026
Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie
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