Édition du lundi 12 janvier 2026

Élections
Les élections municipales sous la menace d'élections législatives anticipées 
Le Premier ministre a demandé au ministère de l'Intérieur de préparer la possibilité d'une élection législative anticipée le 15 mars et le 22 mars, en même temps que les élections municipales. Même si cela ressemble à un coup de pression sur les députés, une telle issue est loin d'être impossible. Et serait une mauvaise nouvelle pour les maires.

Pour beaucoup, la ficelle est un peu grosse : vendredi, grâce à des fuites savamment organisées dans la presse, on a appris que le Premier ministre avait – en accord avec le chef de l’État – demandé au ministre de l’Intérieur de préparer l’éventualité d’élections législatives anticipées en même temps que les municipales. Avec un message clair : si le gouvernement devait être renversé dans les jours ou les semaines à venir, ce sera la dissolution. 

« Chantage »

De nombreuses voix se sont fait entendre, tout le week-end, pour dénoncer ce qui s’apparente à « un coup de pression » voire « un chantage » sur les députés. Tandis que l’ancien président socialiste François Hollande dénonçait une dissolution qui n’aurait « aucun sens », les propres alliés du Premier ministre – les députés du bloc central – se sont largement épanchés dans les médias pour dénoncer « une manœuvre grossière », selon les mots du député Horizons du Cher Loïc Kervran. L’ancien Premier ministre LR Michel Barnier a, lui, dénoncé une tentative de « prise d’otage » des élections municipales. 

Il apparaît évident que cette annonce du Premier ministre constitue bien une menace directement adressée aux deux partis qui auraient le plus à perdre en cas de législatives anticipées : le Parti socialiste et Les Républicains. Cette manœuvre ressemble bel à bien à une façon de leur tordre le bras pour les obliger à ne pas renverser le gouvernement.

Mais rien ne dit que cette stratégie portera ses fruits : l’hypothèse d’un renversement du gouvernement n’a rien d’inimaginable, malgré la volonté affichée du Parti socialiste de l’éviter.  

Ce ne sera toutefois sans doute pas dans les tout prochains jours. Plusieurs motions de censure ont en effet été – ou vont être – déposées sur le sujet de l’accord sur le Mercosur. La première est issue du groupe LFI : elle dénonce le fait que, bien que la France ait voté contre cet accord commercial, « le gouvernement ne s’est jamais donné les moyens d’empêcher l’adoption de cet accord ». Par ailleurs, les auteurs de la motion dénoncent l’alignement du président Macron sur la politique de États-Unis après l’enlèvement du président vénézuélien Maduro. 

Le Rassemblement national a lui aussi annoncé le dépôt à venir d’une motion de censure sur le Mercosur.

Ni l’une ni l’autre de ces motions ne devrait être adoptée, dans la mesure où le Parti socialiste a déjà annoncé qu’il ne les voterait pas. 

Vers un 49-3 ?

Mais c’est ensuite, lors de la suite de la discussion budgétaire, que les choses pourraient se gâter pour le gouvernement. Si celui-ci espère toujours aboutir à « un compromis », la manière dont les débats se sont déroulés en commission des finances (lire article ci-contre) laisse peu d’espoir sur la possibilité de voir ce compromis trouvé. 

Dans ces conditions, et dans la mesure où il va bien falloir faire adopter un budget, de plus en plus de voix s’élèvent pour pousser le Premier ministre à revenir sur son engagement et à faire usage du 49-3. C’est la position défendue par Michel Barnier ce week-end, mais aussi par l’ancien ministre de l’Économie Éric Lombard et par des proches de Gabriel Attal et des députés MoDem. 

Si le Premier ministre devait se résoudre à prendre cette décision, le risque politique serait considérable, et c’est sans doute là que la possibilité d’un renversement serait la plus importante : les socialistes en effet ont fait de ce sujet une ligne rouge. Si le Premier ministre rompt cet engagement, il sera bien difficile pour le PS de ne pas voter la censure – ou alors il faudra alors qu’il assume de ne plus être dans l’opposition, ce qu’il cherche à tout prix à éviter. 

Le Premier ministre est donc face à une situation qui semble parfaitement inextricable : soit il continue à refuser le 49-3, et le pays pourrait, des semaines ou des mois durant, ne pas avoir de budget – avec toutes les conséquences que cela emporte ; soit il se résout à faire usage du 49-3, mais avec au bout la presque certitude d’être renversé. D’où le coup de pression de vendredi – un message adressé aux socialistes pour tenter de les obliger à ne pas censurer. 

Les élections municipales polluées ?

Conséquence de ce coup de pression : Sébastien Lecornu et le chef de l’État sont maintenant coincés par leurs propres déclarations. Sauf à apparaître comme particulièrement versatiles, ils n’auront plus le choix, si le gouvernement devait être renversé : Emmanuel Macron devra dissoudre l’Assemblée nationale.

Ce serait, à tous égards, une bien mauvaise nouvelle pour les maires. D’abord, d’un point de vue pratique, parce que cela obligerait à organiser un double scrutin le 15 et le 22 mars – chose qui n’est pas exceptionnelle mais reste tout de même compliquée. Et l’on ne peut que plaindre le maire de Lyon, qui devrait, en cas de législatives anticipées, organiser pas moins de 4 scrutins le même jour (conseil municipal, conseils d’arrondissement, métropole et législatives) !

Mais c’est surtout sur le plan politique que cette situation serait dommageable : vu les enjeux, de nouvelles élections législatives risqueraient non seulement de polluer considérablement le débat des élections municipales, mais surtout de faire passer celles-ci au second plan – toute l’attention étant fixée sur des élections législatives qui pourraient avoir pour conséquence de porter le Rassemblement national à Matignon. Le moment de démocratie locale très important que représentent les élections municipales se verrait ainsi grandement dévoyé. David Lisnard, président de l'AMF, a estimé ce week-end « désolant que l’élection locale soit prise en otage par l’exécutif ». 

Était-il vraiment nécessaire de choisir ce moment pour annoncer une possible dissolution, et n’aurait-il pas été possible de le faire avant, ou après ? Cette décision ne marque pas, c’est le moins que l’on puisse dire, un grand respect pour les élus locaux. 




Budget de l'état
Budget 2026 : les députés rejettent le texte en commission et divergent toujours sur les collectivités
Alors qu'un compromis entre parlementaires semble s'éloigner, la ministre des Comptes publics doit recevoir aujourd'hui les partis politiques pour trouver des « convergences », notamment sur « les collectivités ». Avant le rejet du projet de budget, la commission avait notamment voté la suppression du nouveau Dilico.

Retour à la case départ. Comme en première lecture à l'automne dernier, les députés réunis en commission ont rejeté, samedi, en nouvelle lecture, la partie « dépenses » du projet de loi de finances (PLF) pour 2026, après avoir fait de même la veille avec la partie « recettes ». 

Partant de la copie adoptée au Sénat en décembre pour l’amender, aucun député n’a finalement voté en faveur du texte modifié en commission. Les groupes RN, LFI, écologiste et LR ont choisi de voter contre, le PS, le MoDem et les macronistes s'abstenant. De leur côté, les groupes Liot, Horizons, ainsi que les « ciottistes » et les communistes étaient absents lors du vote, selon certains participants dont les observations ont été relayées par l’AFP. 

Les collectivités, un des points de friction

Si les débats en commission s’apparentent généralement à un tour de chauffe et n'ont qu'une valeur consultative, ils auraient pu permettre d'entrevoir les termes d'un éventuel compromis entre le gouvernement et les socialistes. Ce qui n’a pas été le cas, la perspective d’un accord apparaissant toujours bloquée au moment où le texte arrive – demain – dans l'hémicycle et où l’hypothèse d’un recours au « 49.3 » est, chaque jour, davantage réclamée afin de trouver un budget pour le pays. 

« On retrouve en commission les mêmes antagonismes qu'avant entre la gauche et la droite, et le gouvernement ne fait rien pour faire naître le compromis espéré », a notamment déploré le rapporteur du budget, Philippe Juvin (LR) qui a proposé un « rabot général » visant à diminuer les crédits de toutes les missions budgétaires, à l'exception des fonctions régaliennes.

Pour ne rien arranger, le gouvernement a brandi ce week-end la menace d'une dissolution (lire article ci-contre) si le gouvernement devait être renversé après l'adoption d'une motion de censure.

C’est dans ce contexte que la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, reçoit aujourd’hui les partis politiques à Bercy pour tenter de trouver des « convergences » sur le projet de budget pour 2026, et enfin parvenir à un compromis. Celle-ci a d’ailleurs réitéré son objectif de « trouver une solution avant la fin » janvier, alors que seule une loi spéciale permet, pour l’heure, d'assurer la continuité de l'État.

La réunion a pour objectif de « poursuivre le dialogue (...) sur les points qui n'ont pas encore fait l'objet de convergence », a expliqué le cabinet de la ministre, laquelle a mentionné les « collectivités locales » et les « dépenses d’avenir » comme deux points de friction à résoudre. 

Dilico supprimé

Concernant les collectivités, la commission avait pourtant choisi, via deux amendements de LFI et des écologistes, de supprimer la reconduction du Dilico, ce « dispositif de lissage conjoncturel » de leurs recettes fiscales créé en 2025 et dont la version remaniée en 2026 est largement critiquée.

Constituant « une atteinte à la libre administration et à l’autonomie financière des collectivités », les députés écologistes estiment ce système d'épargne forcée les « placerait une nouvelle fois (...) dans une situation d’incertitude budgétaire majeure », en imposant aux exécutifs locaux « des choix financiers contraints, souvent au détriment des investissements nécessaires à la transition écologique et à la cohésion sociale ».

Même réprobation de la part des élus Insoumis qui voit dans ce « prélèvement injustifié » une manière de « les forcer à participer à la cure d'austérité » en les contraignant à « réduire des services essentiels à la population » et à « devoir abandonner des politiques publiques malgré les besoins ». 

En décembre, les sénateurs avaient toutefois atténué l’effort réclamé aux collectivités en abaissant le montant du Dilico de 2 milliards d’euros à 890 millions d'euros, et en exonérant entièrement les communes. Le palais du Luxembourg avait aussi rétabli les conditions d'éligibilité de 2024 afin qu’« une soixantaine » de départements y soit éligible, et non pas simplement « une trentaine ». Ils étaient aussi revenus aux modalités de reversement de la version 2025 de ce prélèvement.

« Un vote, ça compte »

Insuffisant pour les sénateurs socialistes qui enjoignent, ce matin, dans une tribune parue dans Libération, l’Assemblée nationale à « s’opposer à la vassalisation des collectivités territoriales », ceux-ci pointant « le double discours » de la majorité sénatoriale et estimant que « les fonds des collectivités territoriales ne doivent pas être sacrifiés sur l’autel des négociations budgétaires nationales ».

Bien que le projet de budget remanié par la commission ait été finalement rejeté, on peut rappeler que celle-ci avait choisi, en fin de semaine dernière, à la surprise générale, de supprimer la DGF pour l’année 2026 en retoquant l’article fixant le montant de la dotation principale des collectivités. 

Un vote censé exprimer le désaccord autour de « l'année blanche » que pourrait subir la DGF l’an prochain, expliquait le président de la commission, Eric Coquerel (LFI), en rappelant que cette décision ne restait « qu’un avis » et en supposant qu’« en séance, il y aura(it) des modifications pour avoir un autre article ».

Jugeant cette suppression « à la fois incompréhensible et inacceptable », l’AMF a à nouveau rappelé vendredi, sur X, que la DGF « constitue le fondement budgétaire de la décentralisation ». « Minimiser la portée de ce vote en commission par son absence de conséquences revient à abaisser le travail du Parlement, et méconnaître la place des collectivités dans le fonctionnement du pays. Un vote, ça compte », a ainsi dénoncé l’association.




Sports
Fin de la vidange annuelle obligatoire pour les piscines publiques : les textes publiés
Au congrès de l'AMF, en novembre dernier, le Premier ministre a annoncé vouloir mettre fin à la vidange annuelle obligatoire des piscines publiques. Un mois plus tard, un décret et plusieurs arrêtés ont été publiés au Journal officiel. Ce changement réglementaire – très attendu par les élus – permettra notamment « d'alléger les charges des collectivités ».

Elle avait été particulièrement applaudie lors du dernier congrès des maires. La décision de « supprimer l’obligation annuelle de vidange des piscines municipales », annoncée par le Premier ministre Sébastien Lecornu (lire Maire info du 21 novembre 2025), a finalement été officialisée par la publication d’un décret et de ses arrêtés d'application au Journal officiel la veille de Noël.

Cette évolution règlementaire constitue une petite révolution pour les collectivités. « Depuis dix ans, l’Association nationale des élus en charge du sport (Andes) rappelle que les maires et élus locaux attendent cette nouvelle mesure de simplification, qui doit marquer le passage d’une obligation de moyens à une obligation de résultats », peut-on lire sur le site de l’Andes. 

Rappelons qu’en 2016 le nombre de vidanges obligatoires avait été abaissé de quatre à une seule par année. Puis, à la suite de la sécheresse de l'été 2022, le ministère chargé de la santé a saisi l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) sur l'opportunité d'envisager une vidange au cas par cas, en lieu et place d'une vidange périodique minimale obligatoire. C’est sur la base de ces travaux que ce « nouveau dispositif a été finalisé par la Direction générale de la santé » puis détaillé et officialisé dans les textes publiés au Journal officiel fin décembre 2025. 

De nouvelles dispositions techniques 

Trois textes viennent modifier les règles applicables aux piscines publiques et privées à usage collectif : un décret et deux arrêtés. Le décret vise à mettre en conformité les dispositions relatives à la sécurité sanitaire des eaux des piscines, notamment aux produits et procédés de traitement, avec la procédure d'approbation des substances actives biocides réalisée au niveau communautaire au titre du règlement n° 528/2012 du Parlement européen.

C’est l’arrêté relatif aux dispositions techniques applicables aux piscines la vidange annuelle systématique qui supprime la vidange annuelle systématique. L’article 17 abroge l’arrêté qui prévoyait une vidange complète des bassins au moins une fois par an. Mais cette suppression d’obligation n’exclut pas les contrôles ni les cas où une vidange serait nécessaire. 

Ainsi, désormais, « la vidange complète des bassins, à l'exception des pataugeoires, des bains à remous et des bassins individuels et sans remous, est assurée en cas de non-respect d'indicateurs de vieillissement ou de dégradation des eaux de piscine. » Ces indicateurs sont fixés dans le troisième texte qui est un arrêté relatif aux eaux de piscine et aux eaux de baignade artificielles. Il modifie les tableaux qui fixent les « limites et références de qualité de l'eau de baignade et de l'eau de remplissage d'une baignade artificielle », les « paramètres et fréquence du programme d'analyses du contrôle sanitaire de la qualité des eaux de piscine réalisé à la diligence du directeur général de l'agence régionale de santé », « paramètres et fréquence de surveillance des eaux de piscine réalisée par la personne responsable de la piscine » et les « paramètres microbiologiques » et « physico-chimiques ».

Pour résumer : la vidange complète ne sera requise qu’en cas de non-respect de ces indicateurs.

Selon la ministre de la Santé, ce nouveau cadre « apporte plus de souplesse aux collectivités tout en maintenant l’exigence sanitaire » qui garantit « une eau sûre, des fermetures réduites et une gestion plus responsable des équipements publics. » L’Andes estime que cette mesure va permettre de préserver « jusqu’à 3 milliards de litres d’eau potable chaque année et plus de 30 millions d’euros (personnel, eau, énergie). »

Situation préoccupante des piscines publiques

« Chaque élu local le sait, la vidange d’une piscine municipale, c’est une semaine de fermeture et la consommation d’eau qui augmente », constate la ministre des Sports qui estime que cette nouvelle règle « allège la charge pesant sur les collectivités ».

À l’heure où près de 80 % des piscines ont plus de vingt-cinq ans et nécessitent aujourd’hui d’importants travaux de rénovation ou de mise aux normes, l’Andes perçoit dans ce changement de règles une opportunité pour les collectivités de faire des économies « qui pourront être réinjectées (…) dans la rénovation de leurs équipements ».

Mais au vu de l’ampleur du chantier ces seules économies ne suffiront pas. « Désormais, au seuil des élections municipales, les communes et intercommunalités, propriétaires des piscines publiques attendent un Etat stratège, affirme Vincent Saulnier, secrétaire général de l’Andes. Cela passera par un engagement budgétaire pluriannuel, la mise en place d’un Fonds Bleu co-financé par les certificats d'économies d'énergie (CEE) » et doté de 1,7 milliard d’euros sur la période 2026-2030.

Dans une réponse à une question écrite au Sénat, publiée tout début janvier, le ministère des Sports indique que le projet de loi de finances pour 2026 prévoit « de nouveaux crédits (deux enveloppes de 10 millions d’euros chacune) qui seront affectés à l’ANS pour soutenir la construction et la rénovation des équipements sportifs innovants et dédiés à la haute performance. Une priorité sera donnée à l’accompagnement de projets de piscines particulièrement en territoires carencés. » Il rappelle par ailleurs que les piscines doivent « pleinement bénéficier des dispositifs de droit commun de soutien à l’investissement des collectivités territoriales (DSIL, DETR, fonds vert, etc.) ». 

Dans le contexte budgétaire que l’on connaît, et alors que le coût de fonctionnement moyen d’une piscine est estimé à plus de 3 000 euros par jour (lire Maire info du 13 janvier 2023), il est difficile d’imaginer qu’une commune puisse aujourd’hui se lancer dans un chantier de rénovation de ce type d’équipement très coûteux sans une aide à la hauteur des enjeux. 




Transports
Projet de loi-cadre sur les transports : un texte qui ne répond pas à bien des interrogations des collectivités
On commence à en savoir plus sur le projet de loi-cadre sur le développement des transports que le gouvernement prépare, à la suite de la conférence Ambition France transports qui s'est tenue au printemps dernier. La « remise à plat » du financement de la voirie routière, demandée par les associations d'élus, ne semble toujours pas au rendez-vous.

Les choses ont pris du retard, mais le projet de loi-cadre sur le développement des transports fait son chemin : alors qu’initialement, le ministre des Transports espérait un examen « à la mi-décembre », le texte vient seulement de passer l’étape du passage en Conseil d’État, et aucune date n’est encore fixée pour sa discussion au Parlement.

Néanmoins, la newsletter spécialisée dans les transports Mobily-Cités s’est procurée une version de ce texte – et son exposé des motifs –, ce qui permet de connaître enfin les ambitions du gouvernement en la matière.

Financement pluriannuel

Rappelons qu’entre mai et juillet dernier, la conférence Ambition France transports avait fixé un certain nombre de priorités sur la question des transports, que le gouvernement s’était engagé à traduire dans une « loi-cadre » pluriannuelle. 

Le texte que le gouvernement a présenté devant le Conseil d’État envisage des mesures pour répondre à « quatre défis » : l’état du réseau existant et sa nécessaire « régénération » (tant sur le routier que sur le ferroviaire et le fluvial) ; la décarbonation des transports ; le renforcement de « la résilience » du réseau face aux catastrophes (inondations, canicules…) ; et enfin « la réponse aux besoins de mobilité des citoyens », notamment dans les zones actuellement trop pauvres en offre de transports collectifs.

Conformément aux conclusions de la conférence Ambition France transports, la réponse à ces défis devra s’appuyer sur plusieurs principes : une programmation financière « pluriannuelle », afin de donner « de la visibilité aux maîtres d’ouvrage » ; une « priorité absolue » donnée à la régénération de l’existant plutôt que dans la création d’infrastructures nouvelles ; la « réaffirmation » de l’affectation du principe selon lequel le transport paye le transport – en particulier le fait que le produit des péages autoroutiers doit aller au financement du transport ; la « diversification du modèle économique des autorités organisatrices de la mobilité » (AOM) ; et enfin « la mobilisation des financements privés ». 

Financement des routes décentralisées : rien de nouveau

Le projet de loi comprend une vingtaine d’articles. 

Le premier pose le principe d’une « loi de programmation décennale » fixant les investissements dans les infrastructures de transport, réaffirme le rôle de l’Agence de financements des infrastructures de transport en France (Afitf) pour assurer la répartition des financements entre les réseaux routier, ferroviaire et fluvial, et alloue « la totalité » les recettes issues des concessions autoroutières au financement des infrastructures.

On ne peut que relever que le premier titre du projet de loi, consacré au « réseau routier », fait totalement l’impasse sur la question des routes appartenant aux collectivités et à leur financement, malgré la demande réitérée des associations d’élus de remettre à plat cette question. 

Les articles suivants, consacrés au ferroviaire, ne fixent aucun montant sur les investissements mais proposent un certain nombre de mesures de « simplification » des financements et créent de nouvelles possibilités de montages financiers.

Transports collectifs : alignement des tarifs sur l’inflation

Les collectivités sont plus directement concernées par le titre III du projet de loi, consacré aux transports en commun. 

Le premier chapitre de ce titre a trait aux Serm (services express régionaux métropolitains, les fameux « RER régionaux »). Il est notamment confirmé, comme le prévoyait la loi du 27 décembre 2023, que la Société des grands projets (ex-Société du Grand Paris) sera étroitement associée à la mise en œuvre des projets régionaux, notamment en tant que coordinatrice des maitres d’ouvrage. Une nouvelle structure de gouvernance des projets serait créée, « associant les autorités organisatrices et les financeurs ». 

Un article qui fera sans doute couler beaucoup d’encre est l’article 11, qui a pour but d’inciter les AOM à augmenter les tarifs de leurs transports collectifs. Cet article pose le principe d’une indexation systématique des tarifs sur l’inflation, au 1er janvier de chaque année. Toutefois, pour respecter le principe de libre administration, l’article prévoit que les AOM peuvent refuser une telle augmentation, « par décision motivée ». Malgré cette possibilité, l’inscription d’une telle obligation dans la loi semble un sérieux accroc au fait que les transports locaux sont une compétence décentralisée et que les collectivités sont censées être parfaitement libres de fixer leur politique tarifaire. 

Par ailleurs, le texte propose de réformer « le rôle des comités de partenaires en matière de tarification ». Il est notamment prévu de rendre obligatoire la consultation de ces comités « en amont de toute réforme tarifaire », ainsi que l’élaboration par les AOM d’un rapport annuel « présentant notamment les moyens et ressources dévolus à la compétence d’organisation de la mobilité ».

Gare routières

Autre article important : l’article 14, qui « crée un cadre de gouvernance pour les gares routières ». Partant du constat que celles-ci ne sont trop souvent pas à la hauteur des enjeux, le gouvernement souhaite ajouter une « nouvelle mission » aux AOM : « La planification, la conception et la réalisation de l’accueil des services de transport par autocar, en intégrant les différents types de transports collectifs urbains ou interurbains. » Cette mission devra en outre être intégrée « dans les plans de mobilité des AOM ». Dans les agglomérations de plus de 200 000 habitants, l’existence « d’au moins une gare routière répondant à un niveau de service approprié » deviendra obligatoire. 

La question du financement de cette nouvelle compétence n’est, en revanche, absolument pas abordée.

Notons enfin que le projet de loi prévoit de modifier les règles sur la fameuse RIIPM (raison impérative d’intérêt public majeur), afin de tenter d’éviter les déboires comparables à ce qui s’est passé pour l’autoroute A69 : le texte prévoit de faire reconnaître la RIIPM « plus tôt dans la vie des projets, pour réduire le risque que des décisions de justice n’interviennent alors que les travaux auraient été engagés ». La RIIPM pourrait ainsi intervenir dès le stade de la DIP. 

Ce texte devrait, logiquement, être présenté au Conseil national d’évaluation des normes, puisqu’il comprend plusieurs dispositions qui présentent un impact financier pour les collectivités. Il sera ensuite présenté en Conseil des ministres avant de débuter son parcours parlementaire.




Catastrophes
Neige : week-end noir dans les Alpes, six morts dans des avalanches
Trois skieurs de plus sont morts dimanche dans des avalanches dans les Alpes, au lendemain du décès de trois hommes emportés alors qu'ils pratiquaient le hors-piste dans les massifs, classés à haut risque tout le weekend en raison de l'instabilité du manteau neigeux.

La préfète de la Savoie, Vanina Nicoli, a déploré dans la soirée que la pratique du ski hors-piste, pourtant « fortement déconseillée » depuis vendredi dans un massif alpin en risque avalanche 4 sur une échelle de 5, ait conduit à de nouveaux décès et mis en danger la sécurité de skieurs et des secouristes.

L'alerte de Météo-France déclenchée vendredi sur la quasi-totalité des massifs alpins et les conseils d'« extrême prudence » de la préfecture restent « de mise pour les prochains jours » et le ski hors-piste « fortement déconseillé tant que le manteau neigeux n'est pas stabilisé », a exhorté la représentante de l'Etat.

A La Plagne, un skieur britannique d'environ 50 ans évoluant hors des pistes balisées a été enseveli en début d'après-midi sous une coulée de neige. Au total 52 secouristes, des chiens d'avalanche et un hélicoptère ont été mobilisés mais il a fallu 50 minutes pour le localiser sous 2,5 mètres de neige et il n'a pas pu être réanimé.

Douzaine d'avalanches

A Courchevel, en fin de matinée, un skieur hors-piste enseveli sous une autre avalanche a été retrouvé mort. Et dans la Haute-Savoie voisine, une avalanche sur le domaine de Vallorcine a emporté en milieu d'après-midi un homme de 32 ans qui skiait hors-piste et l'a précipité contre un arbre. Il n'a pas survécu à ses blessures, selon le Peloton de Gendarmerie de Haute-Montagne (PGHM) de Chamonix qui est intervenu.

Les secouristes -- gendarmes, médecins du SMUR, pompiers et pisteurs -- sont intervenus sur une douzaine d'avalanches dimanche et pour le seul département de la Savoie, selon la préfète, qui a salué leur « travail exemplaire ». Outre les décès, certaines ont fait des blessés, certains grièvement touchés.

Comme un surfeur hors-piste à Tignes, emporté par une avalanche dans la matinée, retrouvé à moitié immergé dans le lac et transporté à l'hôpital en état d'hypothermie dimanche. La veille, malgré ces alertes répétées, trois skieurs évoluant en hors-piste avaient déjà péri dans deux coulées de neige distinctes en Savoie, deux dans la grande station de sports d'hiver de Val d'Isère et un dans celle d'Arêches-Beaufort.

Les deux premiers, deux hommes, qui n'étaient pas équipés de détecteurs de victime d'avalanche (DVA), n'ont pu être localisés que grâce à leurs téléphones portables, ensevelis sous 2,5 mètres de neige mais trop tard pour pouvoir les réanimer.

Risque élevé les prochains jours

En Savoie, « le risque élevé d'avalanches va se maintenir dans les prochains jours: il sera fort (4/5) sur les massifs de la Maurienne, Haute-Maurienne, Tarentaise, Vanoise et Beaufortin, et marqué (3/5) sur le massif de Belledone et des Aravis », a prévenu la préfète Nicoli. « Il n'y a pas de petits hors-pistes ni de petites avalanches », a-t-elle martelé.

Après les congés de Noël, les stations de ski demeurent généralement très fréquentées tout le mois de janvier, selon la préfecture. Les abondantes chutes de neige de vendredi et samedi avaient aussi perturbé la circulation, contraignant quelque 800 personnes à passer la nuit de samedi à dimanche dans trois gymnases de la ville de Moûtiers, un noeud routier pour accéder aux stations de ski de la Savoie, et 29 autres dans un centre d'hébergement d'urgence dans la station de Val Thorens, selon la préfecture. Environ 40 personnes avaient par ailleurs passé une partie de la nuit coincées dans un autobus sur la route vers la station de sports d'hiver Arc 2000, en Savoie, selon la gendarmerie.






Journal Officiel du samedi 10 janvier 2026

Ministère de l'Intérieur
Arrêté du 5 janvier 2026 fixant la date limite des élections des représentants des communes et des établissements publics de coopération intercommunale au conseil d'administration du service d'incendie et de secours et des élections des représentants des sapeurs-pompiers et des fonctionnaires territoriaux du service départemental d'incendie et de secours n'ayant pas la qualité de sapeurs-pompiers professionnels à la commission administrative et technique des services d'incendie et de secours

Copyright 2020 AMF - www.maire-info.com - Tous droits réservés