| Édition du jeudi 25 septembre 2025 |
Gouvernement
Formation du gouvernement, négociations sociales : pas de sortie de l'impasse en vue
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Extrêmement discret dans les médias et absent sur le terrain, le Premier ministre poursuit ses consultations, d'une part avec les partis politiques et d'autre part avec les partenaires sociaux. Quant aux associations d'élus, il leur a été demandé une « contribution » sur le futur projet de loi de décentralisation.
Il est difficile, une quinzaine de jours après la nomination du nouveau Premier ministre, de définir « la méthode Lecornu ». L’ancien ministre des Armées n’a fait presque aucun déplacement sur le terrain et, contrairement à son prédécesseur qui avait saturé les médias avant sa démission, aucune apparition sur le moindre plateau télévision depuis sa nomination.
Sébastien Lecornu communique par voie de communiqués de presse – il en publie presque un par jour, par exemple, avant-hier, pour annoncer le gel des dépenses de communication des ministères – et par courrier envoyés à ses interlocuteurs, aux maires, aux associations d’élus, aux parlementaires… Quant à ses rencontres avec différentes forces politiques, elles sont plus ou moins au point mort : une seule rencontre cette semaine, qui a eu lieu avant-hier, avec « les chefs de parti du socle commun ». Sauf à penser que des rencontres ont lieu en coulisse, sans communication, la situation donne l’impression d’être totalement bloquée. D’ailleurs, l’agenda officiel de Sébastien Lecornu est étonnement peu rempli : trois rendez-vous, en tout et pour tout, entre lundi dernier et vendredi.
Gagner du temps ?
Parmi ces rendez-vous, une rencontre hier avec l’intersyndicale, répondant à « l’ultimatum » posé par celle-ci vendredi dernier : les confédérations avaient donné jusqu’à ce mercredi 24 septembre au Premier ministre pour « répondre à l’ensemble de (leurs) revendications », dont, notamment, l’abrogation pure et simple de la réforme des retraites. Le tout donnant une curieuse impression de jeu de dupes – il est peu probable que quiconque, au sein de l’intersyndicale, ait sérieusement cru que Sébastien Lecornu pût, en cinq jours, renoncer à une réforme qui est l’un des socles du deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron.
Sans surprise, l’intersyndicale est sortie de Matignon « sans avoir obtenu aucune réponse », et a donc programmé une nouvelle journée de mobilisation pour le jeudi 2 octobre. Les organisations patronales, de leur côté, se sont félicitées hier que le Premier ministre n’ait pas cédé à l’intersyndicale et « ne renonce pas à la politique de l’offre ».
Peu après l’annonce par l’intersyndicale d’une nouvelle mobilisation, Sébastien Lecornu a fait savoir, toujours par communiqué, qu’il souhaitait « rencontrer à nouveau » celle-ci « dans les prochains jours », sans préciser ce qu’il aurait à leur dire de plus que lors de la rencontre d’hier. Sophie Binet, pour la CGT, a d'ores et déjà décliné cette invitation, déclarant qu'elle n'avait pas « de temps à perdre ». Il annonce, dans ce communiqué, son intention de demander aux partenaires sociaux – syndicats salariés et patronaux – « une contribution sur cinq thématiques » : financement de la protection sociale, réindustrialisation et souveraineté économique, conditions de travail et vie au travail, renforcement du paritarisme et modernisation du marché du travail.
Sébastien Lecornu assure aux partenaires sociaux qu’il n’a pas l’intention de « passer en force », voulant apparemment marquer une rupture avec son prédécesseur François Bayrou qui, en juillet, avait annoncé que les mesures de simplification demandées par les entreprises seraient prises dès l’automne par ordonnance.
S’agit-il, pour le Premier ministre, d’une véritable volonté de négocier, ou plus prosaïquement d’une tentative de gagner du temps ? Il est bien difficile de le dire aujourd’hui, tant ses intentions paraissent floues. Sébastien Lecornu a reconnu auprès de ses interlocuteurs, hier, selon plusieurs témoignages, être le Premier ministre « le plus faible de la Ve République » – ne faisant évidemment pas allusion à son caractère personnel mais à sa position politique. Ce constat est lucide : non seulement Sébastien Lecornu ne dispose pas de majorité à l’Assemblée nationale, mais il doit de surcroît faire face à une attitude décomplexée du RN et du Parti socialiste, qui, contrairement à leur attitude à la prise de fonction de François Bayrou, ne semblent prêts à aucun compromis. Sans compter une situation sociale qui se tend – ce à quoi n’avaient pas été confrontés Michel Barnier ni François Bayrou.
Décentralisation
C’est également une « contribution » que le Premier ministre a demandée, en fin de semaine dernière, aux associations d’élus, d’ici au 31 octobre. Dans un nouveau courrier adressé aux présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, aux présidents des délégations aux collectivités territoriales des deux chambres, aux présidents de conseils régionaux et départementaux et aux associations d’élus, il dit vouloir « s’appuyer sur leurs propositions » pour élaborer le projet de loi de décentralisation qu’il veut porter. Il propose notamment de réfléchir à des transferts de compétences permettant de « répondre aux besoins de nos concitoyens » notamment dans les champs « de l’offre de soins de proximité, des politiques environnementales, de l’urbanisme et du logement » ou encore « des transports et de la mobilité ».
Autant de bonnes intentions qui ne font pas oublier aux associations d’élus que pour elles, la question des moyens financiers dont elles disposent est bien plus urgente que de nouveaux transferts de compétences. Elles considèrent, pour la plupart d'entre elles, que cette question des moyens est un préalable à toute discussion sur des transferts de compétence... alors que ce sujet, pour l'instant, est soigneusement évité par Sébastien Lecornu dans sa communication, et que rien ne filtre sur ses intentions en matière budgétaire.
Quoi qu'il en soit, le « grand acte de décentralisation » voulu par le Premier ministre, pour intéressant qu'il soit, a hélas de très fortes chances d’en rester aux déclarations d’intention. Même si le projet de loi évoqué par Sébastien Lecornu doit être présenté dès l’automne – c’est ce qu’il a promis en tout cas – il ne pourra être débattu qu’après l’adoption du projet de loi de finances. Et les chances que le futur gouvernement Lecornu soit encore aux affaires après ce débat budgétaire semblent aujourd’hui bien minces.
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Santé publique
Baisse du plafond de remise sur les médicaments génériques : le Premier ministre fait marche arrière
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Les représentants des pharmaciens d'officines ont été reçus hier par le Premier ministre. Dans un communiqué diffusé hier soir, il annonce annonce suspendre partiellement, pour une durée minimale de trois mois, l'application de l'arrêté actant l'abaissement du plafond des remises sur les médicaments génériques.
La publication de l’arrêté modifiant le plafond de remise sur les médicaments génériques au Journal officiel du 6 août avait déclenché la colère des pharmaciens. Concrètement, il prévoit la baisse du plafond de remises commerciales pour les médicaments génériques de 40 à 30 % à partir du 1er septembre, avant un passage à 25 % en 2026, puis à 20 % en 2027.
Ces remises accordées par l’industrie pharmaceutique aux pharmaciens d'officines à l'achat de médicaments génériques représenteraient pas moins de 600 millions d'euros, « une ressource légitime et indispensable au fonctionnement du réseau officinal » du point de vue des professionnels (lire Maire info du 23 septembre).
Après plusieurs mobilisations des organisations de pharmaciens où quasiment toutes les pharmacies avaient fermé leurs portes le 16 août et le 18 septembre dernier, le Premier ministre Sébastien Lecornu a finalement reçu la présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens et les syndicats représentatifs de la profession (FSPF et USPO) pour leur délivrer une bonne nouvelle.
Le taux de remise sur les génériques revient à 40 %
Le Premier ministre a donc annoncé suspendre « partiellement, pour une durée minimale de trois mois, l’application de l’arrêté : le taux de remise sur les génériques revient à 40 %. Les biosimilaires gardent le même taux à la hausse prévue dans l'arrêté à hauteur de 15 %. »
Rappelons qu’au lendemain de la mobilisation du 18 septembre, le gouvernement avait déjà souhaité faire « un geste » en annonçant une réduction des baisses de prix imposées sur les médicaments génériques. Selon un communiqué de l’Union de syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), l’État a accepté de réduire à 198 millions d’euros l’effort de baisse des prix demandé, dont 177,3 millions d'euros sur les médicaments génériques, contre 241,5 millions d’euros initialement prévus.
La décision du gouvernement d’abandonner, pour trois mois, cette baisse des remises, est une bonne nouvelle pour les professionnels qui estiment cette remise commerciale essentielle à l'équilibre des officines. C’est aussi une bonne nouvelle pour les territoires qui comptent des pharmacies en difficultés et alors que déjà, chaque année, environ 200 à 300 pharmacies ferment. Tout cela évidemment dans un contexte de désertification médicale inquiétant. Simple sursis ou marche arrière complète ? L’avenir nous le dira.
Nouvelles missions confiées aux pharmaciens
Les services du Premier ministre ont annoncé en parallèle qu’une mission vient d’être lancée pour analyser les flux financiers du circuit de distribution du médicament et que l’offre de soins de proximité est renforcée.
Dans le cadre d’un protocole d’accord, les pharmaciens pourront désormais proposer de réaliser des tests d’orientation diagnostique pour les angines ou les cystites, avec prescription d’un traitement si nécessaire, renouveler les ordonnances de contraceptifs oraux jusqu’à six mois après leur expiration et enfin prolonger, jusqu’à trois mois, le renouvellement de traitements chroniques stables (comme l’hypertension ou le diabète), afin d’éviter toute rupture de soins. Ces nouvelles prérogatives des pharmaciens sont essentielles notamment parce que dans les déserts médicaux, les pharmacies jouent souvent un rôle essentiel pour la santé publique.
« Ce protocole d’accord marque une avancée concrète dans la transformation du rôle des officines, en les inscrivant pleinement dans la réponse aux besoins de santé de proximité, peut-on lire dans le communiqué. Sa mise en œuvre fera l’objet d’un suivi régulier. »
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Santé publique
Légionellose, botulisme, chikungunya : plusieurs alertes sanitaires en cours
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Deux foyers de légionellose relativement importants ont été détectés, en Savoie et en Haute-Saône. Le chinkungunya continue de progresser dans le pays, et la Direction générale de la santé a lancé une alerte vigilance, la semaine dernière, sur le botulisme.
45 cas en Savoie – et huit patients en réanimation –, 6 en Haute-Saône, dont deux mortels. Ce sont bien deux « clusters » de légionellose qui ont été repéré ces derniers jours en France, notamment dans le secteur d’Albertville, en Savoie. Hier, la préfecture du département a diffusé un « point de situation » et annonce travailler, en étroite collaboration avec les services de santé, la mairie d’Albertville et la communauté d’agglomération d’Arlysère, pour déterminer « l’origine de la contamination ».
Contamination par inhalation
Pour rappel, la légionellose est provoquée par l’inhalation de bactéries (légionelles) présentes dans l’eau, qui s’attaquent aux poumons. Cette maladie n’est pas contagieuse et ne peut être contractée en buvant de l’eau infectée – seule l’inhalation par le système respiratoire présente un risque. Dévaliser les hypermarchés pour se procurer des packs d’eau minérale à titre préventif, comme c’est le cas depuis quelques jours autour d’Albertville, est donc inutile.
Les vecteurs de contamination sont les réseaux d’eau domestiques, notamment les douches, mais également les systèmes d’arrosage ou les brumisateurs. La préfecture de Savoie fait savoir que « c’est ce type d’équipement qui fait l’objet d’investigations » à Albertville. Dans certains cas, la légionellose peut également se diffuser via les systèmes de climatisation ou les tours aéroréfrigérantes.
La légionellose se traite par antibiotiques, mais peut, dans certains cas et notamment chez des patients atteints d’affections de longue durée et les personnes âgées, être mortelle. Les symptômes sont la fièvre, des maux de tête, une fatigue extrême et une toux violente, et des difficultés respiratoires dans les cas les plus graves.
Entre 1 600 et 2 000 cas de légionellose sont déclarés en France chaque année. Le « cluster » repéré en Savoie n’est pas exceptionnel, mais préoccupant par le nombre de patients infectés. Jusqu’à présent, la plus importante épidémie de légionellose repérée en France a eu lieu en 2003 dans le Pas-de-Calais (90 cas et 17 morts). Mais contrairement à un virus comme le covid-19, qui se transmet d’un humain à l’autre, le caractère non contagieux de la légionellose conduit à des épidémies toujours localisées.
Botulisme
La Direction générale de la santé a également lancé, la semaine dernière, une « vigilance nationale » sur le botulisme, après la découverte de « plusieurs cas » depuis le début du mois de septembre. Dû à une neurotoxine bactérienne, le botulisme est une maladie grave, voire mortelle, qui provoque des troubles neurologiques et respiratoires. Tout cas repéré de botulisme, rappelle la DGS, doit être obligatoirement déclaré auprès de l’agence régionale de santé.
Le plus souvent, le botulisme est contracté par ingestion de denrées en conserve ou en bocaux, mal stérilisées. En septembre, un cas « évocateur du botulisme » a été repéré chez une personne ayant consommé un produit vendu sur un marché en Occitanie (de l’ail confit). Ce produit a été vendu sur plusieurs marchés dans l’Hérault, le Gard et l’Aude, sur les communes de Sommière, Lattes, Sète, Béziers, Vendres-Plage et Port-la-Nouvelle. Eu égard au fait que ces produits ont été vendus dans des zones très touristiques, il est « attendu » par la DGS que des cas soient repérés dans d’autres régions dans les jours et semaines à venir.
Chikungunya : 570 cas, un record
Enfin, le chikungunya, véhiculé par les moustiques tigres, se développe de façon inquiétante en métropole : pour la première fois, le nombre de cas autochtones (c’est-à-dire contractés en métropoles et non pendant un voyage) a atteint les 570, a annoncé hier Santé publique France. Il s’agit bien là d’une épidémie, puisqu’il suffit qu’une personne infectée soit piquée par un moustique tigre pour que celui-ci devienne porteur de la maladie, et la transmette à d’autres personnes par piqûre.
Les principaux foyers ont été repérés « dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Corse, Île-de-France, Occitanie, Provence-Alpes-Côte-d'Azur, déjà affectées les années précédentes, et pour la première fois cette année en Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val-de-Loire, Grand Est et Nouvelle-Aquitaine », précise Santé publique France.
Hier, pour la première fois, le dispositif FR-Alert a été utilisé à Antibes pour dire à la population de se protéger. La ville d’Antibes est en effet le principal foyer de la maladie à ce jour, avec plus de 100 cas détectés. La préfecture a donc envoyé une alerte sur tous les smartphones des habitants de la commune, avec un message de prévention : « Protégez-vous des piqûres du moustique et consultez un médecin en cas de symptômes (fièvre élevée, douleurs articulaires, éruptions cutanées », et un numéro de téléphone dédié.
La mairie d’Antibes a également lancé une série d’opérations de démoustication et d’actions d’information par porte à porte, notamment pour demander aux habitants de supprimer tout dépôt d’eau stagnante.
Il est maintenant à espérer que la baisse notable des températures, ces derniers jours, ralentisse la propagation du virus. Mais le chikungunya et surtout son vecteur, le moustique-tigre, sont désormais installés de façon pérenne en France, et des épidémies importantes de la maladie devraient hélas devenir monnaie courante.
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Culture
Culture : des signaux inquiétants envoyés aux festivals, malgré un public au rendez-vous
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Les festivals souffrent d'une maladie invisible. D'un côté, le public leur reste fidèle dans les territoires mais, de l'autre, leur modèle économique ne semble plus tenable. Les acteurs du secteur appellent à repenser la politique culturelle en France.
Le Baromètre des festivals du ministère de la Culture montre que sur l’année 2024, 46 % des festivals répondants à l’enquête déclarent un déficit tandis que seulement trois festivals sur dix sont à l’équilibre et un sur quatre enregistre des recettes supérieures à ses dépenses.
C’est dans ce contexte qu’une table ronde – organisée par la commission de la culture du Sénat – s’est tenue hier matin sur la situation des festivals en France, après la concertation nationale qui a eu lieu de janvier à juin dernier et la saison estivale 2025.
Pour le secteur des festivals et du spectacle vivant, « la concertation lancée il y a un an et les propositions de la ministre faites en juillet ne sont pas à la hauteur des enjeux », estime Stéphane Krasniewski, président du Syndicat des musiques actuelles (SMA).
Aurélie Foucher, directrice déléguée de Scène Ensemble (organisation professionnelle des arts de la représentation) alerte sur un « risque de rupture humaine, économique et artistique » qui mènerait de surcroît à un « risque de déséquilibre entre les territoires » de l’offre culturelle selon Stéphane Krasniewski.
Succès sur scène, menaces en coulisses
« Année après année, les saisons se succèdent et mettent en exergue les mêmes difficultés », résume Malika Seguineau, directrice générale d'Ekhoscènes, syndicat national du spectacle vivant privé, qui dénonce avant tout « une fragilisation globale des modèles économiques des festivals largement partagée ». 85 % des adhérents du syndicat national du spectacle vivant privé déclarent devoir faire face à des difficultés financières alors que le public est plus que jamais au rendez-vous. Alexandra Bobes, directrice de France Festivals, réseau d'une centaine de festivals, confirme ce succès : « Nous enregistrons en 2025 une moyenne proche de 90 % de taux de remplissage avec des progressions spectaculaires avec 25 % de public en plus pour certains festivals ».
L’inflation joue un rôle dans cette crise économique. « Faire une édition de festival c’est sortir une ville de terre chaque année » selon Malika Seguineau alors que tous les coûts sont en forte hausse, notamment le cachet des artistes, les installations de sécurité, la logistique, etc. Ekhoscènes observe une augmentation des coûts liés à l’organisation d’un festival de 30 à 40 % tandis que les prix des billets n’ont augmenté que de 4 à 5 %. Le SMA indique que deux tiers des festivals enregistre un taux de remplissage supérieur à 90 % et ce malgré un déficit qui a augmenté de 26 points par rapport à l’année dernière. « L’effet ciseaux s’amplifie », déclare Stéphane Krasniewski.
Dans la perspective de la prochaine loi de finances 2026, les acteurs appellent notamment à déplafonner la taxe sur la billetterie affectée au Centre national de la musique (CNM), dont le plafond est aujourd'hui fixé à 50 millions d'euros.
L’État ne facilite pas non plus le quotidien des professionnels du spectacle en imposant des obligations réglementaires lourdes à porter comme celles sur le son qui exposent ces événements à des annulations. Les aléas climatiques sont aussi une menace pour ces festivals qui ont de plus en plus de difficultés à s’assurer. Des problématiques qui ne diffèrent pas vraiment de celles rencontrées par les collectivités, finalement…
Scène Ensemble indique aussi être régulièrement saisi pour des accompagnements sur des ruptures conventionnelles ou licenciements économiques. « Les festivals tiennent mais au prix de cette érosion et on arrive au point de rupture », signale Aurélie Fouché, comme Alexandra Bobes, qui regrette que la soutenabilité des festivals se fasse au « prix d’un effort humain pas soutenable à long terme ».
Renforcer le dialogue avec les collectivités
Dans un contexte de disette budgétaire, les aides publiques se font plus minces et notamment celles des collectivités. Selon Stéphane Krasniewski, c’est une « coupe massive de 67 millions d’euros de la part des collectivités locales sur la culture » qui est à déplorer cette année.
L’inquiétude sur la baisse des subventions entre 2024 et 2025 concerne surtout les régions et les Délégations régionales académiques à l’éducation artistique et culturelle (Draeac) rattachées aux directions académiques. Les festivals de photographie par exemple ont été particulièrement ébranlés alors qu’ils ont « un ancrage territorial fort en zone rural » et qu’ils sont un « medium pertinent pour l’éducation artistique et culturelle (EAC) », comme l’explique Sylvie Hugues, présidente du réseau LUX, réseau professionnel de festivals de photographies. Un festival a par exemple été annulé alors que la subvention de la région Pays-de-la-Loire est passée de 12 000 euros à zéro, pour un budget total de 50 000 euros. La sénatrice Annick Billon donne un autre exemple avec l’annulation du festival des Arts par nature, à Vix (Vendée), après que la subvention de la région, dont la part était de 30 %, a été brutalement supprimée.
La sénatrice observe aussi un effet de désengagement en domino : « Lorsqu’une collectivité se retire, les autres aussi ». Elle alerte sur le risque à long terme de suppression de festivals dans les territoires ruraux.
Comme l’indique la sénatrice Karine Daniel, le renforcement du dialogue avec les collectivités territoriales pourrait être à l’ordre du jour d’un prochain Conseil national des territoires pour la culture. Les professionnels s’accordent sur la nécessité de réarticuler un cadre d’action partagé pour les festivals avec les collectivités territoriales, à l’heure où « certaines régions quittent les Comités régionaux des professions du spectacle (Coreps) » et où les moyens des collectivités ne cessent de diminuer.
Liberté de création
Autre problématique soulevée lors de la table ronde : la liberté de programmation de certains festivals est de plus en plus mise à mal – ce qui n’est d’ailleurs pas sans lien avec les difficultés économiques qu'ils connaissent. « C’est un sujet qui nous préoccupe, indique Malika Seguineau. Certaines tournées théâtrales sont compliquées en région et certaines programmations ne sont plus acceptées. » Le syndicat a d’ailleurs lancé un comité de pilotage dédié avec des élus. Il a largement été fait allusion à l’épisode de cet été, lorsque la région Ile-de-France a annoncé retirer son aide financière au festival Rock en Seine, celui-ci ne souhaitant pas déprogrammer le groupe Kneecap en raison de son soutien appuyé à la Palestine.
Le sujet a cependant été pris en compte cette année par le gouvernement. La ministre démissionnaire de la Culture, Rachida Dati, a lancé un plan en faveur de la liberté de création artistique « face à la montée des cas d’atteintes » et pour « lutter contre toute forme de censure » et a nommé une haute fonctionnaire pour la liberté de création pour une durée de deux ans.
Autant de sujets d’inquiétudes qui seront abordés lors du forum « Culture et sports : simples variables d’ajustement ou outils de cohésion sociale ? » qui se tiendra le mardi 18 novembre dans le cadre du 107è congrès des maires.
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Logement social
Logement social : près des deux tiers du parc HLM exposé aux fortes chaleurs, selon une étude
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Près des deux tiers (64 %) du parc actuel de logements sociaux est exposé au risque de fortes chaleurs, et près de la moitié (46 %) à au moins un risque climatique, selon une étude publiée mercredi à l'occasion du congrès HLM.
Les fortes chaleurs constituent le premier risque lié au changement climatique pour le parc social, risque qui pourrait toucher 79 % des logements en 2050 et la quasi-totalité d'ici à 2100, selon l'étude de la Fédération nationale des offices publics de l'habitat (FOPH) et de la Banque des territoires.
Le parc HLM compte 5,9 millions de logements en France, dont 4,8 millions appartiennent aux bailleurs sociaux. Sur les 2,24 millions de logements analysés dans l'étude, 1,44 million se révèlent déjà exposés aux fortes chaleurs.
« Si l'impact de la chaleur sur le bâti en lui-même reste limité, les conditions de vie des occupants en sont fortement dégradées », notent les auteurs, « en particulier pour les seniors ». Le retrait-gonflement des argiles, qui touche essentiellement les maisons, concerne 14 % des logements sociaux individuels, et potentiellement 58 % d'ici à 2100.
Les inondations, feux de forêt, tempêtes et recul du trait de côte concernent également déjà « plusieurs milliers de logements dans certains territoires », avec 163 000 logements déjà exposés aux crues de cours d'eau et 188 000 aux remontées de nappes phréatiques. Moins de 1 % sont exposés aux submersions marines et 3 % aux feux de forêt (61 000 logements).
« Avec l'accentuation des sécheresses et de la chaleur, de nouveaux foyers pourraient néanmoins apparaître dans des massifs forestiers aujourd'hui épargnés », prévient l'étude, qui appelle les bailleurs à anticiper leurs stratégies d'adaptation. L'équation financière est toutefois compliquée à trouver pour les bailleurs, pris entre l'objectif de construction de 100 000 nouveaux logements sociaux par an et l'impératif de rénovation énergétique des logements pour atteindre la neutralité carbone à horizon 2050.
Or selon une étude de la Banque des territoires publiée le 11 septembre, les bailleurs sociaux n'ont pas les capacités d'investissement suffisantes pour affronter ces deux défis. Parmi les recommandations formulées pour les bailleurs, les auteurs préconisent de réaliser des diagnostics d'exposition et de vulnérabilité, de s'appuyer sur les locataires pour identifier les bâtiments les plus vulnérables ou encore de mettre en place des procédures de gestion de crise en cas d'événements climatiques majeurs.
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Journal Officiel du jeudi 25 septembre 2025
Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles
Ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative
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