Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du lundi 25 septembre 2023
Société

Immigration, inflation, écologie : ce qu'il faut retenir de l'interview d'Emmanuel Macron

Le président de la République Emmanuel Macron a évoqué de nombreux sujets hier soir dans les journaux de 20 heures de TF1 et France 2. De la crise migratoire à la crise inflationniste, le président s'est exprimé sur le plan d'actions qui va être mis en place par le gouvernement à la veille de la rentrée de l'Assemblée nationale.

Par Lucile Bonnin et F.L.

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© France 2

Visite d’État du roi Charles III et de la reine Camilla en France, messe géante du pape François au stade Vélodrome de Marseille, matchs de la Coupe du monde de rugby : la semaine dernière était une semaine chargée pour le président de la République. Malgré cet agenda particulièrement chargé, Emmanuel Macron s’est prêté au jeu de l’interview hier soir à 20 heures pour les JT de TF1 et France 2... au moment même où tombaient les résultats des élections sénatoriales, ce qui avait un aspect quelque peu surréaliste. 

Car si le chef de l’État a souligné que « peu de pays aujourd’hui au monde peuvent relever des défis concomitants de cette nature »  en évoquant ces visites d’invités de marque, d’autres défis qui touchent davantage la vie des citoyens et des élus restent à relever. Ainsi, Emmanuel Macron a balayé plusieurs thématiques qui préoccupent actuellement fortement le pays. 

Immigration 

C’est le discours du pape François qui a inspiré la première question posée hier au président de la République. Depuis la cité phocéenne, ce dernier a appelé à lutter contre l’indifférence au sujet de l’immigration – phénomène qui a fait 28 000 morts en Méditerranée depuis dix ans. 

Il y a quelques semaines, 12 000 migrants sont arrivés clandestinement sur l’île de Lampedusa en Italie. Sur cette question, Emmanuel Macron a estimé que l’Italie jouait « son rôle de premier port sûr (1) »  et que par conséquent l’Europe doit « jouer [son] rôle et aider les Italiens ». Il a détaillé cette aide en trois points. D’abord Emmanuel Macron explique qu’il faut « mieux conditionner les aides publiques en développement à une politique responsable en matière d’immigration en Afrique Sub-saharienne ». Ensuite, un travail doit être fait avec les pays de transit et notamment en Tunisie avec le port de Sfax où il faut « proposer d’embarquer des experts pour démanteler les passeurs »  comme cela a été fait à Calais où des experts britanniques travaillent à « mieux protéger les frontières ». Enfin, selon le président, l’Europe doit davantage aider à enregistrer les arrivées et les situations des migrants. 

Le projet de loi immigration – qui divise au sein même de la majorité –, va, selon le chef de l’État, « mettre le système français au diapason des autres pays européens » . « Le cœur du texte est d’accélérer les procédures »  pour avoir « une politique plus efficace pour mieux instruire les situations et renvoyer plus efficacement dans leurs pays les femmes et les hommes qui n’ont pas vocation à rester ». 

La régularisation des travailleurs clandestins qui sont déjà en France sur des métiers en tension va bel et bien être une mesure soutenue dans le texte. Cependant, pour trouver un compromis avec la droite qui y est fermement opposée, le chef de l’État rappelle que la priorité est que, sur ces métiers, se soient « nos concitoyens »  qui sont au chômage qui puissent occuper ces emplois. Le projet de loi Plein Emploi le prend en compte. Il rappelle enfin qu’il n’y aura « pas de droit inconditionnel à la régularisation et qu’il faudra lutter contre les réseaux clandestins ; pénaliser les employeurs qui utilisent ces réseaux ; mais prendre en compte les situations et ne pas les laisser en précarité administrative »  ces femmes et ces hommes. Le chef de l’État a fini par réaffirmer, reprenant la célèbre formule de Michel Rocard : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». 

Inflation 

Face à la crise inflationniste, le gouvernement va œuvrer sur trois axes principaux : création d’emplois, travail avec les branches qui ont un salaire minimum sous le smic légal à l’occasion d’une conférence sociale (début octobre) et négociations des salaires par le dialogue social plutôt que par l’indexation de ces derniers. 

Alors que les prix de l’alimentation ont augmenté de 20 % en deux ans, Emmanuel Macron a annoncé que mercredi, en Conseil des ministres, « un texte arrive qui va nous permettre de rouvrir les négociations commerciales avec les grands industriels »  notamment « les 60 plus gros industriels de l’agroalimentaire »  afin de « mettre en place un accord sur la modération des marges dans tout le secteur ».

Sur l’essence, le président avoue ne pas avoir de « solution miracle » . « On paye notre dépendance » , a regretté le chef de l’État. « Depuis le début de l’année 2023 le prix du baril a augmenté d’un tiers environ »  et la raison de l’augmentation n’est « pas les taxes [mais] la géopolitique internationale » , selon le président. C’est pour cela qu’il a « demandé au gouvernement de continuer à accompagner les Français qui travaillent et ont besoin de rouler », ainsi « 50 % des travailleurs les plus modestes »  pourront bénéficier d’une aide qui « ne dépassera pas les 100 euros ». L’indemnité carburant va donc être renouvelée mais on ne sait pour le moment pas quand ni sous quelles conditions. 

Quant à l'éphémère idée lancée par la Première ministre, la semaine dernière, de permettre aux distributeurs de carburant de vendre à perte – qui aurait nécessité un changement de la loi – elle a été aussitôt enterrée par le chef de l'État, qui a dû se rendre à l'évidence devant le refus unanime des distributeurs. Emmanuel Macron leur a demandé, hier, de bien vouloir vendre le carburant « à prix coûtant » , mais il semble que les distributeurs n'y soient guère plus disposés. 

Pied de nez aux élus

Le président en a profité pour rappeler que les taxes servent, pour la moitié d’entre elles, « à financer la transition écologique et la rénovation des bâtiments » , pour un quart à financer la Sécurité sociale et pour l’autre à financer les régions. Le président a profité de l’occasion pour lancer quelques piques aux présidents de régions : « Quand j’entends des présidents des régions dire qu’il faut baisser les taxes sur le carburant… faites-moi une proposition pour baisser vos budgets ! Je n’ai pas le sentiment qu’ils me fassent une proposition là-dessus ». 

Certains élus ont également été visés lorsque le président a évoqué la taxe foncière. Il a affirmé que la taxe foncière qui augmente n’est pas du fait du gouvernement mais bien « de la commune ». « C’est un scandale quand j’entends des élus qui osent dire que c’est la faute du gouvernement, a-t-il lancé. Il y a beaucoup de maires qui ont décidé de ne pas augmenter la taxe foncière et c’est dur parfois pour leurs finances et à côté de ça nous n’avons pas baissé les dotations des collectivités. Quand je vois des communes comme Tourcoing ou Angers […] qui n’ont pas augmenté d’un centime leur taxe foncière et que Paris l’a augmenté de plus de 60 %, c’est la responsabilité des élus ». On imagine que le chef de l'État n'a pas choisi par hasard les communes naguère dirigées par ses ministres de l'Intérieur et de la Transition écologique.Et l'on suppose que le président doit également juger « scandaleuse »  l'étude de la DGFiP, publiée début septembre, qui explique précisément que cette augmentation « n'est, dans une grande majorité de cas, pas vraiment le fait des communes, ni des EPCI »  et que, pour beaucoup, les hausses sont limitées voire inexistantes (lire Maire info du 5 septembre)

Il faut en effet rappeler que c'est bien le gouvernement et le législateur qui ont décidé d'une hausse des bases de 7,1 %, que les communes ont bien été obligées de répercuter. Beaucoup d'élus ont d'ailleurs vigoureusement réagi à cette attaque, dont on peut se demander pourquoi elle a occupé tant de temps dans une interview d'une trentaine de minutes. « C'est absolument faux, mensonger, tacle Nicolas Soret sur X (Twitter). À Joigny, la taxe foncière a augmenté de 7%, du seul fait de la décision du gouvernement, votée par le Parlement. »  Anne Vignot, maire de Besançon, rappelle : « Ici, nous n’avons pas augmenté la taxe foncière, vous l’avez augmentée  de 7,1 % dans toutes les communes : Vous, pas nous. »  Pour Thomas Hennequin, maire de Montcornet : « Que le gouvernement assume d’avoir augmenté les impôts ! ». David Lisnard, maire de Cannes et président de l'AMF, a quant à lui déclaré que les maires « n'ont pas de leçon de gestion à recevoir de l'État surdépensier et surpréleveur ». 

Transition écologique

Emmanuel Macron a enfin évoqué son idée de « l’écologie à la française »  et a réaffirmé son objectif d’atteindre en 2030 une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre. « On a fait la moitié du chemin ces 5 dernières années, s’est félicité le président. Maintenant il faut faire l’autre moitié du chemin mais deux fois plus vite ». 

Pour ce faire, 40 milliards d’euros vont être investis dès l’année prochaine. Au programme dans un premier temps : la sortie du charbon d’ici à 2027. En France, deux centrales à charbon sont toujours en activité à Cordemais (Loire-Atlantique) et Saint-Avold (Moselle). Ces dernières vont être converties « à la biomasse » . Le gouvernement va redoubler d’efforts en ce qui concerne l’électrification des véhicules en incitant « les ménages à céder les vieux diesels pour aller vers de l’hybride et de plus en plus de l’électrique ». Le gouvernement travaille notamment à la mise en place d’un leasing social pour permettre aux plus modestes d’accéder à une voiture électrique européenne pour 100 euros par mois. Le dispositif devrait être finalisé à la fin de l’année. Enfin, le président a précisé que les « chaudières au gaz »  n’allaient pas être interdites afin de ne « pas laisser les citoyens dans les zones rurales »  sans solution. Le gouvernement opte plutôt pour « développer les pompes à chaleur ». 

Le chef de l’État n’a malheureusement pas évoqué le sujet de la rénovation écologique des écoles dont l’objectif fixé par le gouvernement est celui de 40 000 écoles primaires rénovées en 10 ans. Pour le moment, le flou demeure sur la méthode de gouvernance pour laquelle l’AMF attend encore davantage de précisions. 

(1) Selon l'Organisation maritime internationale, « Le lieu sûr est un emplacement ou les operations de sauvetage sont cense[e]s prendre fin. C'est aussi un endroit ou la vie des survivants n'est plus menacee et ou l'on peut subvenir a leurs besoins fondamentaux (tels que des vivres, un abri et des soins medicaux). De plus, c'est un endroit a partir duquel peut s'organiser le transport des survivants vers leur prochaine destination ou leur destination finale. » 

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